‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 189 sur 253 · GENER · texte numérisé non relu

GENER

nous qu' embm'rasser, inquiétei'. Ainsi Pyrrhus dit à Andromaque : Ah ! que vous me gênez ! Il vient à la vérité originairement de géhenne, vieux mot tiré de la Bible qui signifie torture, prison; mais jamais il n'est pris en ce dernier sens. »

Corneille a encore dit :

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,

Le forçoil de ses fils à voir le sacrifice,

Ce prince vil l'échange et l'alloit empêcher;

Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à trancher. [RéracL, ii, 6.)

Et le commentateur a encore répété la même critique ; « Forcer un père à voir égorger ses enfants, est-ce là simplement le gêner? n'est-ce pas lui faire souffrir un supplice affreux? Que le mot propre est rare, mais qu'il est nécessaire! »

La remarque de Voltaire et ses interrogations et exclamations sont étonnantes, et presque risibles.

Corneille a dit encore dans le même sens, et d'une manière également irréprochable :

Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet? ciNNA. Emilie et César. L'un et l'autre me gêne;

L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine.

Plût aux dieux que César employât mieux ses soins,

Et s'en fît plus aimer, ou m'aimât un peu moins. [Cin., m, 2.)

C'est trop me gêner^ parle. {Ibid-, m, 4.)

La reine, à la gêner, prenant mille délices,

Ne commeltoit qu'à moi l'ordre de ses supplices. [Ibid., i, 6.)

Ah ! que vous me gênez Par cette retenue où vous vous obstinez! IJljid., m, 5.)

Mais quoi! vous soupirez?

PERSÉk. J'en ai bien lieu, Madam.e!

CASSiôPE. Le sujet?

PERsÉE. Votre joie.

CASSioPE. Elle vous gêne l'âme! (Androin.. i, 4.)

Et puisqu'ici le ciel vous offre un autre époux,

D'un rang pareil au vôtre, et plus digne de vous,

Ne vous obstinez point à gêner une vie

Que de tant de malheurs vous voyez poursuivie. [La Tois. d'or, m, 2.)

Certes, si je l'osois, je nommerois caprice

Ce trouble ingénieux à vous faire un supplice,

El l'ùbslinalion des soucis superflus

Dont vous gêne ce cœur quand vous n'en voulez plus. [Sopli., i, 2.j

Cependant cours au temple, et presse un peu la reine

D'y terminer des vœux dont la longueur me gêne. ilbkl., m, 1.)

Page 1