‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 188 sur 253 · GAUCHE. — GAUCHIR · texte numérisé non relu

GAUCHE. — GAUCHIR

— n'avoir garde de, avec un nom de chose pour sujet :

Cette pièce fut mon coup d'essai, et elle n'a yarde d'être dans les règles, puisque je ne savois pas alors qu'il y en eût. {Exam. de Mél.)

— GARDER LES BALLES, conime (jarder les manteaux, taire le j,^uet, ou simplement, regarder les autres :

PHYLis. Puisqu'il me faut résoudre en mes afflictions,

Et que, pour te garder, j'ai trop peu de mérite,

Du moins, avant l'adieu, demeurons quitte à quitte;

Que ce que j'ai du tien je te le rende ici :

Tu m'as offert des vœux, que je t'en offre aussi,

Et faisons entre nous toutes choses égales. LYSis. Et moi, durant ce temps, je garderai les halles? PHYLIS. Je le donne congé d'une heure, si lu \cux. La PL lioij., ii, 7.)

— GARDER QUE, prendre garde que.... ne:

Adieu, sors, et surtout garde hien qu'on te voie. [Le Cid, m, 4.)

J'ai des gens là dehors qui ij'irdeiH qu'on écoule.

Et je puis vous parler en toute sîireté

De ce que mon malheur doità\otre bonté, (Suite du Meni., m, 1.)

GAUCHE. PRENDRE LE SENS DE QUELQU'UN A GAUCHE, le prendre de travers, comprendre le contraire de ce qu'il veut dire :

Pour me connoître mal, tu prends mon sens à gauche. [Le Meni., i, 1.)

GAUCHIR VERS, au sens moral, se laisser entraîner vers..., en se détournant du droit chemin :

Ainsi tu sauras l'affranchir

De tout ce qui te fait gauchir

Vers les passions et les vices. [Imii., iv, 10.)

— GAUCHIR SUR, toiubcr, se jeter sur un sujet par une digression sans propos :

Quoique dorénavant Amarante survienne.

Je crois que nos discours iruul d'un pas égal,

Sans donner sur le rhume, ou gauchir sur le bal? [La Suiv., m, 9.)

— GAUCHIR (se), dans le sens passif:

Ce grand péril ne se peut gauchir. [Imil., i, 23.)

Gauchir était autrefois d'un usage fréquent, au propre et au figuré, pour signifier s'écarter à gauche, s'écarter de, détourner, esquiver, éviter. Ces diverses acceptions se rencontreront mêlées dans les exemples qui suivent :

Gens qui prennent pour patron l'image première de la nature, il n'est pas merveille si, en la pluspart de leurs opinions, ils gauchissent la voye commune. (Montaigne, Ess., ii, 12. î — Pour le voir tousjours reculant devant luy, e\. gau-

GKNE. — «iEiNEU. 333

cliis.smii l;i meslcc. (Id., ibid.) — Je n'ay guère d'art pour sravoir yaucliir la forîiino cl luy escliappcr ou la forcer. (Ici., ibid-, c. xvii.) — Un poignard est plus spur pour assener, mais d'autant qu'il a besoin de plus de mouvement et de vigueur (le bras, que n'a un pistolet, son coup est plus sujet à esire ijnuchy ou troublé. ,Id., ibid., c. XXIX.)

Ce qu'écrit le destin no peut être effacé. Il faut bon gré malgré que l'âme résolue Suive ce qu'a marqué sa puissance absolue; De ses pièges secrets on ne peut s'alTrancbir,

Nous y courons plus droit en pensant les yauc//ii-. (Trust., Marinmue, i, 3.) Il faut donc retarder ou au moins ne précipiter ces exécutions, s'imaginer loua les moyens possibles pour les gauchir et éviter si faire se peut. (Naldé, Des Coups d'f'tai, m.)

A cause des mauvais passages,

Des défilés et mar(''cages

Que nous ne pouvions pas gauchir,

Kt que nous pouvions moins franchir,

Praslin tenant les avenues. {Le Courier burl. de lu guerre de Paris.)

GENE, au fig., torture, supplice :

Alil ne m'imposez point de si cruelles gênes. [La Gai. du l'ai., iv, 6.)

Je ne veux point d'un fils dont l'implacable haine

Prend ce nom pour alïront et mon amour pour gâue. (Héracl., v, 5.j

Je m'impose à vos yeux la plus dure des gênes. \D. Sanche, i, 2.)

L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêne! {Sert., iv, 2.)

Je souffre, et c'est pour vous que j'ose m'imposer

La gêne de souffrir, et de le déguiser. [Oih., i, 4.)

La force de cette exiti-f-sioti liyurée se rrtr(»ii\t' dans les exemples suivants :

Toutes les ijchenites que peut recevoir un esprit sont s.ms cesse exercées sur le mien. [Leti. miss, de Ihnri IV, t. il, p. 31-2.)

Jusques à quand, Amour, au fond de tes enfers, Senliray-je tes feux, les gesues et les fers?

( J. OE ScHEL, , Tyr cl Sidon, 2' juurn., i, 1.)

Mais Dieu, louché de mes gesnes. (KAf.AN. Ps., xvil.)

Aimant sans que je l'aimé, il sera dans des gênes, (Riciiki.., Mirame, m, 5.)

Du reste t/thir s'em|iit»y:»it encore an seii-> |»rn|u-e ;ni dix-septieine siècle :

.Menaces de la yé/fe, ilsi.nl tout décuuvtil. (T. Cors., l'ers, et l>ém..v,'l.) Puiir tous les conjures ini.Tgine/. des y»Wv. (Id., Maxim., m, .').)

(lÈNEH, dans rt-iier^ie du sen.s etvm(do^'i<|iie. mettre à la toiture, lounneiiler cruellenu ut :

Et n'eu duit faire un roi qu'alln de couronner

Ciclle que dans les fers elle aimoil à gêner. Rodo'i-, i. l.)

« Le mot (/rtior, dit l'illustre commentateur, ne sif^nilie |»anui

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