XL INTRODUCTION
Corncilln dit d'une manière analogue, au figuré :
«... Souvenez- vous que ces mois insensés
L'avanceront citez moi plus que vous ne pensez. » {MéL, ii, '2.)
Emporter, entraîner, s'accompagnaient aussi de diverses prépositions qui en modifiaient le sens d'une manière très-heureuse et très-variée :
« Mais tous deux s'emporlant à plus d'irrévérence. (P. Corn., Pol., in,2.) « S'emporter à un tel reproche. » (Boss.) — « S'empo?7er d des imprécations. » (M"" DE ViLLED.)— «Laisser emporter son esprit aux impressions de la surprise.» (Vauven.)
« Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance, L'em/;or/e à tous moments a braver ma puissance. » (P. CoRN.,//e>ac/., i, 1.) « S'emporter dans l'insolence, .s'emporter dans des extrémités. » (P. Corn.) — « S'emporter dans des excès. » (Retz.)
On verra encore dans le Lexique des exemples de s'emporter au delà de et de s'emporter jusqu'à, avec un infinitif.
Arrêter se construisait aussi avec dans, ou un adverbe de lieu. Voir le Lexique.
Empêcher, prenait un régime indirect de personne, et, quoi qu'en ait avancé Voltaire, Corneille ne commettait nullement un solécisme quand il disait :
« Cet orgueilleux esprit, enflé de ses succès,
Pense bien de son cœur nous empêcher l'accès. » [ISicom., ii, 4.)
On trouve dans de très-bons auteurs du seizième et du dixseptième siècle, empêcher à quelqu'un le passage, lui empêcher les moyens de faire quelque chose, lui empêcher la liberté de ses actions, lui empêcher le logis, le pillage des recettes, etc., lui empêcher la parole, les effets de quelque chose, etc., etc.
Causer, dans le sens de converser, pouvait aussi avoir un régime indirect, comme parler :
« Tandis que ce vieillard rne cause.
Une heure se passe très-bien. > (J.-A. de Baïf, L'Eunuque, ii, 3.]
o Cette-cy je creignoy Qu'elle ne vous causast de moy. » (Id., ibid., v, 2.)
« Lysis m'aborde, et tu me veux causer. » (P. Cokn., La PL. Roy., ii, 5.)
On pouvait dire, souffrir à quelqu'un de, comme permettre à quelqu'un de :
« Quel monarque est si loing d'icy
Qui me vueille souffrir de vivre
Si mon roy ne le veut aussi? » (Théop., Au Roy sur son exil, ode.)
INTRODUCTION. xli
« Je ne vous puis sou^rir de dire une sollisc, » (P. Corn.) — « Seigneur, encore un coup, souffrez-moi de me taire. » (Tu. Corn.)
S'étudier, dans le sens d'affecter, de rechercher quoh|ue cliose, était'bien plus souvent qu'aujourd'hui accompagné de la préposition à et d'un substantif :
c S'étudier à brièveté. » (Calvin.) — « S'étudier au général repos du royaume, s'étudier à l'emLeliissement de la langue. » (Pasq.) — « S'étudier au mal. » iIIenri IV.) — <; S'étudier à l'acquisition de la prudence. » (La .Mothk Le VAYi:n.) — < S'étudier à une extravagante rhétorique. > (Bayle.)— « S'étudier aux moyens de. » (Malebr.) — « S'éluUier aux encliantemenls. » (Reg.nard.)
« Plus elle s'est étudiée
A ce noble ravalement. » (P. Coun., Iviit., m, 43.)
Corneille donne encore un régime indirect à fléchir. Il dit fléchir â, pour sii^nifier, rendre favorable à, en domptant la résistance :
« Faites qu'(i nos désirs je la puisse yZ^c/aV. v , {Ciinia, m, 3.)
Et en parlant ainsi, il est toujours dans la tradition de la langue :
< Si la raison, le debvoir naturel et les anciennes lois et constitutions de ce royaume n'ont peujléchir vos cœurs à la reconnoissanco de nostre légitime vocation à cette couronne. » {Leii. miss, de Henri IV., 16 juill. 1590, t. m, p. -217.)
Fléchir s'employait aussi avec à et un infinitif :
tLe courage leur revint quand, à force de supplications, les plus basses qu'on se puisse imaginer, ils eurent fléchi le pape à écouler leurs ambassadeurs. » (MÉZER., Abr. de l'ilist. de Fr., ann. l.')09.)
Corneille donne encore un n-gune iiidiii-ct à ravaler. Il dit, ravaler dans, pour signifier, rejeter dans la bassesse de, faire redescendre dans, à :
« Si dans moii premier rang tuii ordre me ravale. » [Sonn. à Louis \IV.)
Il construit aussi ce verlie avec «, suivi d'un substantif :
« Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale. » [l*ol., n, 1)
Et suivi d'un intluilif :
< Il se ravale à craindre sa femme. > {Exam. de Tliéod.) — ■ Se ravaler / exprimer des menues actions. • [Trois. Disc.)
Il dit en outre, se ravaler jusqu'à, suivi tl'un substantif :
« Dois-je me ravaler jusijues à cet époux! » [Otli., ii, 'I.)
XLii INTRODUCTION.
Il emploie enfin ravale?' neutralementavec de, comme baiss^er de, « ravaler de son prix , » expression que Voiture avait employée avant Corneille.
Nous pourrions allonger beaucoup la liste de ces verbes construits avec des prépositions dont on ne les accompagne plus aujourd'hui.
Le dix-septième siècle employait aussi plusieurs substantifs avec une préposition régime indirect, ou déterminatif, comme on emploie les verbes ou les adjectifs coi'respondants. Le Lexique de la langue de Coi^neille présente quelques-unes de ces excellentes manières de dire. On y trouvera :
Chute, suivi de dans, avec un régime :
« La chuie d'un méchant dans le malheur a de quoi nous plaire. » {Deux. Disc.)
« Et te laissera faire une chute effroyable
DuHS les \né(jes du monde et lesfileis du diable. » {îmii.. i, 24.)
Et comme exemples analogues :
« La chuie de Tertullien dans le montanisme, etc. » (Duguet.) — <- Sa chuie dans le péché. >■■ (RoLLiN.)
Nombre d'adjectifs prenaient un régime qui n'en admettent plus aujourd'hui.
On disait être savant* de, comme on dit encore être ignorant de :
« Je me suis fait sçavani de tout ce beau mystère. » (J. de Schelandre.)
<i Quoi qu'il/«< Xxès-sçavanl de son humeur et de ses tromperies. » (D'Urfé.) — « Sçavanls des arts et des sciences. » (Racan.) — « L'on estoit bien plus sruvanl à Paris de ce qui se passoit à Saint-Fargeau. » (M"'= de Montp.)
« Savante à mes dépens de leur peu de durée. » (P. Corn.)
On disait encore savant à, avec un substantif, pour signifier qui se connaît à :
« Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme. » (P. Corn.) « Un homme si savant au langage des yeux. » (Id-)
n Au langage des yeux je ne suis pas savante. n{BovRS., Germanie, i,4.)
Et avec un infinitif, pour signitier qui sait très-bien :
« Sçavant à tourner les bandes en fuite. » (Rons.) — « Savante à fourber. » (P. Corn.)
« Sa haine en cent façons à te perdre est savante. » (Id., Jmù., m, 30.)
INTRODUCTION. xi.iii
Cornnillc dit, èt^'c crojjdhle de (jurlquo chose, pour signifier, être croyable sur, couctM-nant quelque chose :
« Si l'humble saint François en peut être croyable. ■» (Imit., \\, 3.)
Ardent après, pour dire, qui recherche, qui poursuit avec ardeur :
« Arcleul après la nouveauté. » (Pertli., iv, 1.) — « Ardent apr'ex l'estime. > [Atiila, I, 1.;
« Je n'ai point un esprit complaisant à sa rage
J«5ques tt supporter sans réplique un outrage. ;> {Méd., ii, 4.)
Opiniâtre pouvait être suivi de la préposition à et d'un infinitif :
« On cesse d'estre opiniastre à maltraiter une personne qui est opiniasire à nous aimer malgré nos mauvais traitemens. ; (Le .Maistre, Plaid., xxix.)
« Sa haine opiniâtre à croître mes malheurs. (P. Con.N., Œd., n, 2.)
Après nous être si longuement étendu sur l'usage des prépositions, il est temps de dire un mot des conjonctions. Elles présentent aussi un certain nombre de différences remarquables entrt la pratique actuelle et colle du dix-septième siècle. Voyons, par (ixemple, quelques particularités de que conjonction.
Il était souvent précédé de point dans le sens de seulement :
« Et ne l'auront point vue obéir (ju'i son prince.» (P. ConN'.,/7or.,iii,6.)
Et cette maniéie de parler, condamnée par Ménage avant de l'avoir été par Voltaire, n'a tout à fait cessé d'être en usage qu'à la tiii du dix-huitième siècle.
Que s'employait souvent sans négation , pour signifier si ce n'est, autre que, autrement que, autre chose que :
« Si j'ay rien prononcé que saincte vérité. » (1) Aubigné.)
« El lui défend d'agir que sur elle et son père.» (P. Corn.)
€ Si je conçois des vœux que pour voire service. » (Id.)
« Si Rome se pouvoit éviter (ya'à ce prix. » (Id.)
Comme ijtic, ni était souvt'iil accompagné de point :
« Je vous avois jtrié de lallaquer lui-même,
El de ne mêler /)oi//(, surtout dans vos desseins,
Ni le secours du roi, ni celui dus Romains. » (P. ConN., Nicom., m, 6.)
Voltaire a vu Ih un barl>arisrne de phrase contre leijuel il recommande do se précautioniuîr. Cependant , parmi les nombreux exemples de cette manière de dire, rapportés dans notre
xnv INTRODUCTION.
Lexique, on en trouvera plusieurs où la négation explétivc donne plus d'énergie à la phrase.
Si présente également quelques acceptions particulières. Par exemple, nous le voyons employé avec le conditionnel : « Si ton intérieur... ne lui murait offrir d'agréables victimes. » (P. CouN.) Nous relevons aussi beaucoup d'emplois elliplii[ues pour lesquels nous renvoyons à notre article.
Si^ adverbe, est encore l'objet de quelques observations qu'on ne trouve ni dans les dictionnaires, ni dans les grammaires. Nous signalons particulièreiiSent l'emploi de si peu que pour le peu que :
« Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte. » (P. Corn.)
« Deussé-je pertire si peu (/«c j'ay \ aillant en ce monde. ,•> (Tournebu.)
Quelques conjonctions qui aujourd'hui gouvernent toujours le subjonctif se rencontrent assez souvent, au dix-septième siècle, avec l'indicatif. Tel est quoique, dont nous n'avons pas parlé, sous ce rapport, dans notre Lexique. Corneille a dit :
« Eh! bien, pour t'arracher ce scrupule de l'âme
{Quoique je n'eus jamais pour elle aucune flamme),
J'épouserai Clarice. » [La Veuve, iv, 4, éd. 1G82.)
Avant et après lui, on trouve aussi quoique employé avec h", passé déterminé, avec le passé indéterminé, et môme avec l'imparfait :
« Quoique tous leurs complots ont conspiré ma perte,
Toy seul me peux garder De leur liaine cachée et de leur force ouverte, u ^Racan, Ps., cxxxix.) « Quoique nous eûmes encore deux conférences, ils ne firent que rebattre les mêmes difficultés. » (D'Avaux, Négoc. en Hollande, depuis 1619 jusqu'à 1G84.) — «. Elle jugea qu'il y avoit plus de sûreté pour elle à se mettre dans les Glles de Sainte-AIarie , d'où elle ne sortoit que deux ou trois fois pour aller voir M. de Nemours, quoique des officiers qui vinrent à Orléans en ce temps-là me dirent qu'elle alloil tous les soirs voir M. de Nemours toute seule avec une écharpe. » (M"^ DE MoNTPENS., Mém., 1652.) — « La reine croyoit être bien malade, quoiqu'elle se portail beaucoup mieux. » (Id., ibid., 16G4.)
En latin quamquam, licet, s'employaient de même avec l'indicatif comme avec le subjonctif, quamquam gouvernant habituellement l'indicatif, et iicet habituellement le subjonctif.
Une autre particularité de la conjonction quoique, c'(!st que dans les ouvrages du seizième siècle et de la plus grande partie du dix-septième, elle s'écrivait en deux mots : quoy que, quoi que, ou quoi-que, de même qu'on écrivit longtemps puis que pour puisque,
INTRODUCTION. , xlv
lors que ])ouv lorst/tœ^ etc. On allait quelquefois jusqu'à séparer grwoi do que par jiliisicurs mois, comme le montrera suffisamment cet exemple d'un des t'crivains lrs])lus corrects delà m» illeure époque :
« Quoi, dit-il, que cet homme ne soit pas péri par le scandale que vous lui avez donné, vous ne laissez pas d'être homicide. » (Nie, Décal., l"' comm., 1' inslr., sect. 2, c. 2.)
« L'ancienne manière d'écrire cette conj onction, avons-nous dit dans le Supplément du Lexique, est parfaitement justifiable, et peut même paraître préférable à celle qui a été adoptée depuis, l'n écrivant quoi que, en deux mots, quoi gardait sa valeur de pronom, et que était seul conjonction. Quoiqu'il soit généreux, écrit à l'ancienne manière, voulait dire à quelque point, à quelque dej^ré qu'il soit généreux, ce qui offrait une nuance différente et donnait plus d'énergie à la pensée. Le sens de cette conjonction est devenu plus vague et plus restreint depuis qu'on en a fait un seul mot, seulement la clarté a gap;né quelque cho*e à la distinction établie par les grammairiens entre le pronom et la conjonction. »
Aujourd'hui la locution conjonctive à moinx que régit le subjonctif avec ne. Autrefois, on pouvait ne pas mettre la négation, très-peu nécessaire pour le sens, souvent fort gênante en vers, et qu'on supprime quand on rend la pensée par l'infinitif, au lieu de l'exprimer {)ar le subjonctif:
« A moins //«'à vos projets un plein ofTet réponde. >
(P. ConN., Le Ment., ii, 1.) « A moins que vous ayez l'aveu de Lysander. » (Agés., iv, 2.)
« .1 moins que ton secours me relève le cœur,
A moins que ta bonté ranime ma langueur. » {Imii., ni, 10.)
<; A moins que les continuelles assurances du bonheur de Voslre Majesté nous apprennent à souffrir son absence. (M"* de La Slze.)
Plusieurs prépositions de temps, ou locutions conjonctives, ont changé de signification. Ainsi, nous montrons, en réfutant une critique de Voltaire, qu'au seizième et au dix-septième siècle depuis que voulait souvent dire dès (pie, du moment que, dès là que :
« Et di/JHiï qit'uuc fois il commence à déplaire,
Il ne manque jamais d'occasion contraire. » [Suite du Mcnt.,i\, 1.)
€ Il n'est rien qui ne redc à l'ardeur de légncr ;
Et, depuis qu'une fois elle nous inquiète,
La nature est aveugle et la vertu muette. > {Nicom., ii, 1.)
xLvi INTRODUCTION.
On verra dans \e Lexique les autres exemples de Corneille avec ceux de ses prédécesseurs et de ses contemporains.
Si depuis que s'est dit pour dès que, dès que, au contraire, se trouve employé, notamment dans les Lettres de saint François de Sales, pour depuis que.
Tant que, reproché à Corneille comme un solécismo, par le rédacteur des Sentiments de l'Académie sur le Cid, et par Voltaire, a été employé assez lonp;temps comme locution conjonctive pour signifier jusqu'à tant que, jusqu'à ce que, et môme par des écrivains comme Bossuet.
Jusque vers 1630, il était fréquent d'employer paravant pour auparavant, avant, adverbe ou préposition, et paravant que pour auparavant que, avant que.
Le seizième et le dix-septième siècles avaient une excellente locution conjonctive dont nous n'avons pas l'équivalent, soudain que, tout soudain que :
« Soudain que cette défaite est advenue. » (Pasq.) — <; Soudain qu'elle m'a vue.» (P. Corn.) — « Tout soudain qu'il en eut avallé une cuillerée. :> (Rabel.)
On disait aussi, soudain après que :
« Soudain après que ces gens de bien eurent depesclié leurs deux ambassades. » (Pasq.)
On verra, aux articles ai'ec, pour, une remarquable particularité de l'usage des prépositions au dix-septième siècle, celle de séparer la préposition, par un ou plusieurs mots, du verbe auquel <^lle se rapportait.
Il y avait aussi des locutions conjonctives qui se coupaient en deux; ainsi, ljie7i que :
•■( Bien, dit-il, que je touche à la fin de mes jours. »
(P. Corn., Pomp., i, 1.)
Selo7i que :
0, Et selon, bien uu mal, que vous en userez. »
(Th. Corn., Les Engagem. du liasard, ii, 2.)
Les adverbes donnent encore lieu à constater un certain nombre de difTérences considérables entre la langue du dixseptième siècle et la nôtre. Ainsi, comme a très-longtemps remplacé que dans les phrases comparatives :
« Aussi haut comme lui. « (P. Corn., La Suiv.) — <■'■ Effrontée autant comme traîtresse. » [La PI. Roy.)
INTRODUCTION. xlvii
« Vous en prendrez autant comme vous en verrez.» {Suite du Ment., i,G.)
« Tous les rois ne sont rois qu'autant comme il vous plaît. »
{.\ic(jm., m, '2.)
Nous croyons inutili? d'indiquer ici, même d'une manière Irèsabré^ée, les exemples analogues que nous ont Tournis les écrivains les plus célèbres des quinzième, seizième et dix-septième siècles. Disons seulement que l'auteur le plus rapproché de nous, chez qui nous avons rencontré cette manière de dire , est le fameux jurisconsulte Polhier, en particulier dans son Traité du prêt à usage, publié vers 1770.
Quehiues grammairiens modernes ont établi une distinction assez subtile (Mitre au moins et du 7noïns, tout au moins et tout du moins. Dans l'ancienne langue, ces deux locutions adverbiales n'otlVaient entre elles aucune ditlérence, et de bons écrivains du ilix-lmitième siècle les prenaient encore, à leur gré, l'une pour l'autre.
Dedans aujourd'hui ne peut être qu'adverbe ; il a été prépo- ^^ition, et ce n'était pas du tout un solécisme, comme l'a cru Voltaire, de lui donner un régime. On s'en convaincra en lisant, avec les exemples de Corneille, ceux de Jean de La Taille, de d'Aubigné, de Théophile, du cardinal dfi Richelieu, de Racan, de la marquise de Courcelles, de Charles Sorel, de Montlleury, etc.
/k'ssus, dessous, ont aussi été prépositions, et ont longt»imps joué le même rôle que sur, sous.
L'adverbe de lieu oh se prenait quelquel'ois pour quand, comme l'u/ji des Latins, et aussi pour tandis qw. 11 s'etn[tloyait, en outre, et pourrait encore s'em[)loyer pour dire dans lequel, dans laquelle, en qui ; auquel, à huiuelle, à quoi, sans ou avec itifeirogation; sous lequel, sous la(juelle; chez leijuel, chez laquelle.
Knliu cet adverbe taisait Irèqueiument pléonasme, et se mettait pour que :
'■ Ce n'est pas là, mailanic. où je priMids intén}!. »
(P. CoB\., Sophon , V, 4.
• Aussi ce n'est (ju'cii eux où mon espoir se fonde. »
(I{.\c.\.\, lleni., V, -2.)
L'adverbe /jrestjue s'écrivait (juelquet'ois avec une *•, noii-senb'iiient en vers, mais même en prose, par euphonie :
» l'res'jues au desespoir. * (J.-.V. de Uaif, Èclo'j.. mu.
XLVHi INTRODUCTION.
« Et presquc.t entre nous Nous vînmes en un rien des paroles aux coups. » (Id., Antig., ii, 2.)
c J'en eus presi\ues envie aussitôt que de vous. » (P. Corn., Méd., u, 4.)
< Dans les occasions presques inévitables de corrompre leur innocence. > (A. GoDEAU, Disc, sur les ordres sacrez, il, 1.)
Même, advcirbe, s'écrivait aus.si généralement, en prose et en vers, mêmes, mesmes.
Longtemps, que nous n'employons plus guère que comme un adverbe, et en l'écrivant en un seul mot, était une sorte de locution substautive qui se prêtait aux modifications les plus variées :
<i. Avoir un si long temps des sentiments si vains, C'est assez mériter l'honneur de vos dédains. »
(P. Corn., Poés. div., Sur le départ de la marquise de B. A. F.)
« Son père peut venir, quelquelong temps qu'il tarde. » (Id., Le Ment., i,2.)
« Je n'ay pas délibéré le faire pour un si long temps, ■» [Leti. miss, de HenrilV-) — « J'ai repris ces études que d'autres occupations avoient interrompues un fort long temps. » (Maucroix.)
Nous renvoyons au Lexique pour voir d'autres exemples, dont plusieurs appartiennent à notre temps. Ils montrent tous que la locution substantive remplace avantageusement l'adverbe, lequel n'est pas susceptible des mêmes variétés d'emploi.
Entre la langue du dix-septième siècle et la nôtre, il n'y a pas seulement des différences de mots et de significations. Les dilférences de construction et de syntaxe ne sont pas moins nombreuses ni moins essentielles. Par exemple, l'infinitif était trèssouvent régime indir<;ct d'un autre verbe :
« Ma guérison dépend de parlera, Mélile. » (P. Corn., Mél., v, 2.)
« Votre bonheur dépend de vous aimer toujours. > (Quin., Roi., m, 6.)
<; Notre salut dépend de tout précipiter,
De n'être point surpris. » (Id.; Asir., iv, 1.)
< L'espoir de votre amour, la paix de vos États.
Tout dépend d'immoler cette grande victime. » (Id., Thés., v, 3.)
« Il vit que son salut Dépendoit de lui plaire, et bientôt il lui plut. (Rac, Baj., i, 1.)
On n'a pas tout à fait abandonné cette manière de dire, mais elle est bien moins usitée qu'autrefois.
Par imitation des constructions latines, on employait souvent
INTRODUCTION. xi.ix
le subjonctif dans dos cas où l'on mettrait aujourd'hui l'indicatif:
« Nous ne nous soucions pas quels nous soyons en efTecl, comme quels nou^ soyons en la connoissance publique. » (Cuaruon,)
On dirait on latin qiniles sinnis.
c Je crois qu'il soit fou. » ^Malii.)
Ici le sul»jonctif est employé parce que la pensée renferme quelque doute, et qu'en latin ce mode était spécialement allVcté à l'expression d'une idée dubitative. C'est par la môme raison <[ue Corneille a dit aussi avec le subjonctif:
« Il croit que mes regards soient son propre héritage. 7. (Mél.. iv, 1.)
« Tous présument qu'il ail un grand sujet d'ennui. » (Ciniiu, 1, 4.)
Que, ainsi placé entre deux verbes, exigeait généralement que il' second tïit mis au subjonctif.
Souvent aussi l'on ernjjloyait l'imparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait :
€ Un mol seul, un souhait dut l'avoir emportée. 3
(P. Corn., La Tois. d'vr, i, 5.) c Mais puisque son dédain au lieu de te guérir Ranime ton amour qu'il dût faire mourir. > (Id., Clil., 1, 4.)
Dût, c'est-à-dire ciit dû.
Notre Lexique établit, par di's excmitles qui remontent jusqu'au Livre du chevalier de la Tour, combien cette construction est ancienne dans la langue. Elle s'exijlifjue, d'ailleurs, parle fait que notre imparfait du subjonctif a été formé du plus-que-parfait latin.
L'imparfait du suhjonclif s'employait aussi fréquemment pour le couditionnel, et parmi les exemples que nous citons, il y en a d'empruntés à de très-anciennes poésies françaises, comme la Vie du jiajie Grégoire le Grand. Conti'iitons-nous d'en rappeler un de Pierre Corni'illc :
c. El toutes vous dussiez prendre, en un jeu si doux,
Comme même plaisir, même intérêt que nous. > {Clil., v, 3.)
Vous dussiez, c'est-à-dire vous drvricz.
Enfin l'imparfait Otw subjonctif se prenait quelquefois pour l'imparfait de rin(Ii<';itif :
c Tu croyois que son cteur n'cii; point d'autres atteintes. »
(P. CoBN., La Gai. du l'ul., iv, 4.)
C'est-à-dire, tu croyais que son c(pur u'urait point...