L INTRODUCTION
Nous ûinettous lîoaucoup d'antres différences de syntaxe et de construction, afin de pouvoir nous étendre un peu sur la plus impoitantc que nous ayons eu à constater et à c^tudier, c'est-àdire l'ellipse du pronom personnel après certains verbes. Nous croyons très-utile de Reproduire ici, sous une forme un peu différente, la substance de ce que nous avons dit sur ce point de grammaire et sur ce procédé de style demeurés jusqu'à maintenant inexpliqués et même inaperçus. La théorie que nous avons tirée de l'observation d'un nombre immense de faits se réduit à ceci :
Le pronom personnel se supprime généralement après les verbes faù^e, laisser, mener, regarder, sentir, voir, entendre, écouter, suivis eux-mêmes d'un autre verbe qui achève le sens. Alors le régime suit les verbes qu'accompagnent faire, laisser, etc., ou bien, s'il les précède, c'est un pronom personnel, un pronom relatif, ou un adjectif indéfini, comme tout.
Nous espérons qu'on lira dans son entier cette étude capitale, qui comprend près de deux feuilles de notre second tome; c'est pourquoi nous nous bornerons â rappeler ici d'une manière abrégée quelques-uns des nombreux exemples que nous avons empruntés à des écrivains de mérite très-divers, afin que la généralité de l'usage fût mieux constatée.
Qu'on observe d'abord comment le pronom se supprime après les verbes que nous avons dits, précédés du régime :
« Seigneur Dieu! tu me fais esbahir! :> (Larivey, Le Morf., ii, 2.)
Me fais ébahir, et non pas me fais m'ébahir.
c ... Révolter tous les citadins d'un Estai et les j'ahs cntreluer. » (Cholièrks, Les Apres-Dinees, mi, f" 137, v.)
Les faire entretuer, et non pas les faire s'entretuer.
« Voyez à quoy l'amour la faisoii abaisser, n {ï)'\jRFÉ,t'Astrée, i, 1.)
La faisait abaisser, et non pas la faisait s'abaisser.
< La peur ne me fera ny taire ny dédire. » (Racan, Berg., iv, 5.)
Me fera taire, me fera dédire, et non pas me fera me taire, me
fera me dédire.
■ Mais ce flatteur espoir qu'il rejette en mon âme...
Méfait plaire en ma peine et m'obstine à souffrir. »{?. Con.v., Mél., i, I.)
iMe fait plaire, et non pas me fait me flaire.
liNTKUDL'CTION. Li
« Lui procuninl du bien elle croit la ficher,
Kt cette vaine peur la fuit ainsi cacher. » ^Id., La Suiv., m, fi.)
La fait coche?', et non pas la fait se cacher.
« Hélas ! mais qu'à propos le ciel l'a fait méprendre. »
(Id., La l'I. lioij., IV, 7.)
L'a fait méprendre, et non pas fa fait se méprendre.
« Voilà cet accident qui le fait retirer. » (Id., ibid., v,5.)
Le fait retirer, et non pas le fait se retirer.
t. Cela le fit opiniàircr davantage en son entreprise. * (Furet., Le Itorn. ùoitrg., i.)
Le fit opiniatrer, cl non [)as le fit s'opiniiUrer.
<i Kt va errant par un chemin
Oui, le détournant de sa route.
Le J'aici efjuarer à la lin. » (Lariv., Le Laquais, ii, 2.)
L^e fait égarer, et non pas le fait s'égarer.
a Et si du bon chemin on l'a fait écarter, Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter. »
(Mol., L'Ecole des Jemm.^m, 3.)
L\i fait écarter, et non pas l'a fait s'écarter.
'< L'honneur qu'il a (le clergé de France) d'être assemblé presque sous vos yeux le Jaii acquitter avec plaisir d'un devoir qu'il vous rend avec justice. » Fléch., Leit.)
Le fait acquitter, et non pas le fait s'acquitter.
« El me fil consumer dans une plainte vaine... • Sé.necé, Sat.)
Ml' fit cimsutner, et non pas me ft me consumer.
« Ceux que l'opinion /ni/ plaire aux vanités. » (Malh.)
Fait plaire, et non pas fuit se plaire.
« Le sieur César lit un pas de c^erc de s'amuser aux forts, cl nous laisser cependant Jorii/ier. s (MoNTLUC.)
\ous laisser fortifier, et non [>as nims laissi-r nous fhi'tifier. 1 Les Romains les /aivvouH/ consumer par leurs propres forces. » (Mézeu.) Les laissaient cnn'^iuner, et non pas les laissaient se consumer.
« Pour moi, je suis d'avis que vous les /«mvic: battre. «
P. CoiiN., /.'///liN. 'om., ni, 3.
Les laissiez battre, et non (las les laissiez s< battre.