‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 195 sur 253 · HAINE. — HASARD · texte numérisé non relu

HAINE. — HASARD

vous suis bien obligée, mon père, de nie donner de si bonnes habitudes. (Danc. l'opérateur I>arry, se. vn.^

HAINE, objet de la haine :

Vous êtes son amour, craignez d'être sa haine. {Tite et Dér., v. 2.)

HALEINE. COURIR d'iialkini:, courir à perte d'haleine:

C'est lorsqu'il court d'haleine, et qu'en pleine carrière,

Quittant souvent la terre en quittant la barrière,

Puis d'un vol élevé se cacbant dans les cieux,

Il rit du désespoir de tous ses envieux. {Excuses à Ariste.)

U peut n'être pas inutile, pour mieux faire comprendre l'expression de Corneille, de rappeler qu'on a dit des ouvrages d'haleine pour exprimer des ouvrages de longue haleine :

Je suis toujours le même, haïssant les ouvrages d'haleine. (La Chapelle, Les Am. de Catulle, 1, ii.)

— HALEINE. Poétique emploi au figuré :

Et ce seroit en vain qu'aux miracles du temps

Je voudrois opposer l'âge de quarante ans;

Au bout d'une carrière et si longue et si rude,

On a trop peu d'haleine et trop de lassitude. (Au roi, sur son ret. de Flandre.)

HANTISE , fréquentation :

Éraste, amoureux de Mélite, la l'ait connoître à son ami Tircis, et, devenu puis après jaloux de leur hantise, fait rendre des lettres d'amour supposées, de la part de Mélite, à Pbilandre. {Mél., argum.) — Je le souiTre encore, afin que par sa hantise je remarque plus exactement ses défauts. (Ibid., m, 2.] , Tant que par la douceur d'une longue hantise,

Comme insensiblement elle se trouve prise. [La Veuve, i, 1.)

... Après les douceurs d'une longue hantise. (Le Ment., v, 1.)

Ce mot était usité dès le quinzième siècle : La hantise et la fréquentation de son oncle. (G. Chastelain.)

Il a été fréquemment employé au seizième siècle, en particulier par Montaigne, par saint François de Sales. On le trouve dans les Marguerites poétiques, p. 513. 11 se rencontre aussi chez Molière, chez J.-B. Rousseau, et même chez des écrivains plus rapprochés de notre époque. Nous croyons qu'on pourrait s'en servir encore, en particulier dans la poésie.

HARMONIEUX. Admirable alliance de mots :

Unissez en votre musique La flûte à la viole, et la lyre aux tambours : Que l'orgue à tant de sons mêle un son magnifique,

Prête un harmonieux secours. [Trad. du Ps. 150.)

HASARD. DANS LE HASARD, daus l'incertitude, dans le péril:

Je vois dans le hasard tous les biens que j'espère. {Rod., i, 2.)

IIASAlU)i:i{. 345

dette e\|>i'essioii, (|iif \ olUiiiM^ trouve impropre et louelie, nous senilde plus poctupu' <|ut' y ruis nu /nisnrt/.

— METTRC Al HASAitii, hasarder:

Mes secours en Judée uclievérent l'ouvrage

Ou'avoil des légions ébauché le sulïrage.

Il m'est trop piécieux pour le nutirc an Itusard. [Tiie el Déi ., m, 5.)

HASARDER, avec un nom de i»ersoiuie, taire courir l»; ris(|ue de, exposer à... :

Et je viens vous cliciclier pour vous prendre en ma garde,

Pour ne hasarder pas en vous la majesté

Au manque de respect d'un grand peuple irrité. [iSicom., v, 7.)

<^ Hasarder une majesti' au nianipic de respect! » encore s'il y •d\ ait exposer. Ce ne sont point là, dit Voltaire, les « pompeux solécismes » que JJoileau réprouve avec tant de raison, ce sont de très-plats solécismes. »

Corneille emploie effectivement hasarder comme il aurait fait exposer. Seulement hasarder paraît plus énergi({ue et plus poétique. C'est certainement pour ces deux raisons que le j5a'and tra- ^^i(jue affectionnait cette locution.

C'est à moi d'obéir puisque vous commandez,

Mais voyez les périls où vous me hasardez. [l'ol., i, 4.)

Je vous la rends, seigneur, mais enfin prenez garde

A quels nouveaux périls cet effort vous hasarde. [l'trth., iv, 1.)

Et du moins par pitié d'un triomphe douteux,

Ne me hasardez plus à des soupirs honteux. [Sur., i, 3.)

Corneille dit encore, dans un sens analogue :

Epargne à mon amour la douleur de te din-

A quels troubles ce choix ha\ardtrou 1 iiii|)ire. {l'ulch., iv, i.)

Il emploie aussi httsarder à, avec un nom de chose potir sujet, dans le sens de porter ii se hasarder sur :

L'ardeur de vous revoir l'a hasardée aitjc flots,

Elle a pris après vous la route de Colchos. {La Tvis. d'or, ii, 1.)

— UASAitUEH, sans ré^'iinc indin-ct . l'aire courir un hasard, un risque :

L'exemple est dangereux, et hasarde nos vies. {Sicom., iv, 2.)

Quand ce qu'il fait pour \ous hasarderait ma vie.

Je ne puis le punir de vous avoir servie. [Penh., v, J.)

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