‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 83 sur 253 · CHEZ. — CHOIX · texte numérisé non relu

CHEZ. — CHOIX

La luc'utiuii toute laite est : Prendre l'occasion aux cheveux, pw les cheveux.

CHEZ, auprès de. chez la postérité :

Et vous serez fameux chez la postérité

Moins pourl'avoir conquis que pouilavoii' quitté (l'empire,. [Ciu. ,u,l.]

— CHEZ , dans l'esprit de :

11 le verra sans peine, et cette durcie

Passera chez Sylla pour magnanimité. [Sert., ui,2.)

CHOIR, employé fréquemment pour tomber, au propre et au figuré :

Un grand destin commence, un grand destin s'achève,

L'empire est prêt kchoir, et la France s'élève. [Aiiila, i, 2.)

L'infâme couteau Oui/a» choir les méchants sous la main d'un bourreau. [Hor., v, 3.) •Je l'estime beaucoup, mais en vain il soupire, Quand même sur ma tête il feroii choir l'empire. Vous me verriez répondre à cette illustre ardeur

Avec la même estime et la même froideur. [Théod., n, 4.)

Respect de ma maîtresse, incommode vertu. Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu? Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père,

Sur qui, sans t'offenscr, laisser choir ma colère? (L'Illus. cotn.,ui, 4.) Comme à Lyon le peuple aime fort les laquais, Et leur donne souvent de dangereux paquets. Deux coquins me trouvant tantôt en sentinelle Otit laissé choir sur moi leur haine naturelle. [Suite du Meni., iv,7.)

Que l'amour aime peu ces folles confiances.

Et que pour afi'ermir son empire en tous lieux,

Il laisse choir souvent de cruelles vengeances

Sur qui promet son cœur sans l'aveu de ses yeux! {A<jés., i, 3.)

— L.\issER CHOIR , dans le sens de laisser s'affaiblir, s'évanouir :

Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage. [Le Cid, ii, .',)

CHOISIR DE, choisir parmi :

S'il faut grâce pour moi, choisissez de mes crimes;

Les voila tous, madame. (Nicom., iv, 2.)

CHOIX. SE TROMPER AL CHOIX, se tromper en choisissant, en

parlant d'avis, de conseils :

Mais c'est une imprudence assez commune aux rois,

D'écouter trop d'avis ol se tromper au choix. iPotnp., iv, 1.)

— EUT MIS EN M0> CHOIX, eût laissé à mon choix :

Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée,

A vos seules vertus je me serois donnée. iPol., n, 2.)

CllonlKH. — CJ.AUTE. 121

— (;ii(U\, objet du choix :

Vous êles le choix de ce gianJ génie, qui n'a fait que des miracles. (Disc, de récepi. à l'Acad.)

CHOQUER, attaquer do près et vivement, ciioqif.u l.\ fortlm: :

L'âme doit se roidirplus elle est menacée,

El contre la fortuite aller tète baissée,

La choquer hardiment, et, sans craindre la mort,

Se présenter de front à son plus rude effort. [Méd., i, 5.

CHUTE, suivi de dans, avec un régime :

La chute d'un méchant dam le malheur a de quoi nous plaire par laversionque nous prenons pour lui. [Deux. Disc.)

El te laissera faire une chute effroyable

Dans tes piéyes du monde et les filets du diable. Imit., i, 24.)

On comprend dinicilement qu'un emi)loi si lieureux n'ait pas été seulement indiqué par les dictiomiaires. Le goût autoriserait certes encore aujourd'hui à dire avec Corneille : La chute d'un méchant dans le malheur, faire une chute ef]'royuhle dans les pièges du monde. On pourrait dire aussi bien avec d'excellents écrivains :

La chute de Tertullien dans le montanisnie est une des plus élonnanlus dunt on nous ait conservé la mémoire. {Duglet, Conjer. ceci., yi" dissert., § 3 — Il n'y a que l'Écrilure sainte qui nous donne une notion claire et certaine de l'homme, en nous découvrant les avantages de sa première origine, sa chute dans le péché et les suites funestes de cette chule. (Roll., Traité des études, vu, 1.)

Et en parlant d'une chosi' matt'-rielle :

Nous y venons souvent, a la chute du soleil dans la Méditerranée. Lamaht., youv. Conftd.. 10' lett.)

CLAIR. TiiŒK L.v mLuiïé l'LLS CL.MUi:, comme on dit, firer une affaire à chtir :

(Juclque secret mystère est caché la-dessous.

Allons, pour en tirer la vérité plus claire.

Seules dedans ma chambre examiner 1 affaire. (La Gai. du Pal., m, 8.)

CLARTÉ, fig., avec le plur., lumières île l'esprit :

Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre,

Uui des Césars pour moi puisse grossir le nombre,

Un mari, qui, content d être au-dessus des rois.

Me donne ses clartés ei dispense mes lois. IPulch., v, 3.)

Vous avez des clartés que mon insullisance.... [Sert., ii. 3.)

Sens usuel chez les grands écrivains du dix-septieme siècle.

122 CLAUSION. — CŒUR.

— ci.AiiTK, fig. et avec le plur., lumières, éclaircissements :

Quoi qu'il en soit, madame, allez trouver Phorbas.

Tirez-en, s'il se peut, les clartés iju'on n'a pas. [Œd., iv, 4.1

CLAUSION DE COMPTE, règlement de compte :

A ce que pour sa décharge il soil procédé à l'examrn dudit compte et claunon d'iceiui. {Comptes de la paroisse St-Sauv.)

CLORE, lig. :

.... Oui, seigneur, cette heure fortunée

Par mes derniers soupirs clora ma destinée. (/V/coin., iv, 2.)

Suivant Voltaire, « clore, clos, n'est absolument point d'usage dans le style tragique. » Pourquoi? Ce mot n'est-il pas clair, imagé, harmonieux? Que faut-il de plus pour la dignit'; tragique? Clore, clora, et même clos, se trouvent employés dans les vers les plus relevés, les plus soignés et les plus agréables :

Avant le temps tes tempes fleuriront,

De peu de jours ta lin sera bornée,

Avant le soir se clotra ta journée,

Trahis d'espoir tes pensers périront, (Ro.nsard.)

Hélas! ma fille, hélas! qui me clorra les yeux, Mais que mon pasle esprit soil monté dans les cieux?

(Raca.v, Les Cer^., m, i.)

Mais que, dans cet exemple, signiiie quand. CLOSAGE, enclos :

Qui, seul et désarmé, cherche dedans ces bois

Un bœuf piqué du taon, qui, brisant nos dosages,

Hier, sur le chaud du jour, s'enfuit des pâturages. {Clit., ii, 7, 1" éd.)

Closage, avant le dix-septième siècle, était employé pour signifier non -seulement enclos, mais encore champs voisins d'une ville, champs qui entourent, enclosent une ville. Le vieux français avait aussi la forme clautsage.

C(EUR. ÊTRE LE CŒUR DE QUELQU'UN, être l'objet de toute son aireclion :

l\ fut ainsi que vous le cœur d'nn roi Louis, [liemerc. au card. Mazar.)

— PERDRE LE cœuR DE, suivi d'uii iiiliiiilif, perdre le courage, la hardiesse de :

Les Mores ont appris par force à vous connoître,

El, tant de fois vaincus, ils ont perdu le cœur

De se plus hasarder contre un si grand vainqueur. (Le Cid, ii,6.)

COI. — COLERE. M'i

On trouvt! d'une luanuTc analogue, avoir le cœur rie, pour

av(»ir le coiu'age de :

i'imrois le cueur de le deffaire,

S'il n'y avoil excusalion. {Farce du nouv. marié qui ne pculi fournir à l'appoinctemeiit)

COI, Iranciuille. df. I'If.d coi, comme on dit de pied ferrite :

Allen Js là de pied coi que je l'en avertisse.

{La Place Roy., iv, i, ]'<= édit. jusqu'à 1054 inclus.

La locution de pied coi, ou simplement pied coi, était d'un

usage très-fréquent autrefois, et se trouve employée jusqu'à

l'époque de Corneille, en prose comme en poésie :

Quand ils virent de prés la profondeur de leur bataille si bien serrée, et ou les hommes estoient plantés si fermes et depitdcoy, ils reculèrent arrière. (.Amyot, ^ies. Crassus. ) — Si les ennemis vous couni.l sus, allendez-les de pied coy : s'ils atlendentdf pied coy courez leur sus. (Montaigne, E.yv., i, 47.) — A la bataille de Pharsale entre autres reproches qu'on donne àPompeius, c'est d'avoir arresté sou armée pied coy allendant l'ennemy. :Id., Ibid.) — Il attendit de pied coy l'empereur. (E. Pasq. , /.e»., 1, 2.) — Et M. de Guise, sorti de sa chambre pour se trouver au conseil, fut attendu de pied coy sur la terrasse du chasteau par un jjenlilhomme auvergnat. ( Id., lùid., .xni, 5.) — De faire une armée plus nombreuse que la noslre de six mille hommes, et qui atlendoit de pied coy dans de bons retranchements qu'il nous falloil forcer. 'Naudé, Le Mascurul, in-4'', p. 412.)

COLÈRE, indignation, vengeance :

Sans emprunter ta main pour servir ma colère.

Je saurai bien venger mon pays et mon père. [Le Cid, ni. 4.1

« Le mot de colère, dit Voltaire, ne paraît peut-être pas assez juste. On ne sent point de colère pour la mort d'un pî-re mis au nombre des proscrits il y a (rente ans. Le mot de ressentiment serait plus |)i'oj)re; mais, en poésie, colère peut signilier indignation, ressentiment, souvenir des injures, désir de vengeance. >

— coLKRE, avec le plur. :

Pressé de toutes parts des colères célestes... J'ompee, i, 1

Voltaire l)làme encore légèrement cet enJi)loi. « Colère, sul>slantil", dil-il, n'admet [)oint de pluriel. »

— Corneille se sert j)lusieurs autres l'ois de ce pluriel :

Puissent briser mon chef les Irails les plus sévères

Uuc lancenl des grands dieux les plus âpres colères;

Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir,

Si je ne perds la vie avant ton souvenir. ,Méd., m, 'J.

Les nymphes de la mer ne lui sont pas si chères.

Qu'il veuille s'abaisser à suivre leurs colères. \Aiidrom., i, 1.

Ma fille, si lu sais les nouvelles funestes

De ce dernier elTorl des colères célestes. {Ibid., ii, 4.)

\n COLERER. — COMBATTRE.

Colette au pluriel n'est-il point français, n'est-il ixùiit ('nergi(jue, n'est-il point nécessaire dans les exenijjles suivants, comme dans ceux du grand tragique :

11 fallut du vainqueur supporter les colères. (Hardy, Âlcesteoula Fidél.)

.... Les astres sévères Ont contre mon amour redoublé leurs colères. (Mol., Les Fâcheux, m, 2.)

Injuste dans ses entreprises, impatient dans ses désirs, emporté dans ses colères. (Fléch., Panég. de Si. Tlioni. de Caiii., i.)

Dans ])lusieurs exemples, colore est synonyme de accès de colère.

COLERER CONTRE (se), se mettre en colère contre :

Ne le colère point contre mon insolence.

[Mél., IV, 0, depuis la 1" cdit, jusqu'à 16â4 incl.)

— COLÉRÉ, AME COLÉRÉE :

Modère ces bouillons d'une âme colérée. (Clii.. i, 4.)

COLORE, tig. OMBRE COLORÉE, apparence spécieuse, mais trompeuse et fausse :

Car souvent un désir peut sembler vertueux,

Qui n'a de la vertu qu'un air tumultueux.

Qu'une ombre colorée, et ce n'est pas à dire,

Quoiqu'il paroisse bon, que c'est moi qui l'inspire. [Imii , m, 15 )

COMBAT, fig. COMBAT d'esprits, lutte intérieure d'un esprit agité par des sentiments divers :

Votre amour à tous deux fait ce combat d'esprits.

Et vous allez tous deux en recevoir le prix. ,Cinua, ii, 1.)

COMBATTRE, act., aufig., s'opposer à :

Souvent les beaux désirs n'j^ servent qu'à gêner.

Ce qu'on se doit combat ce qu'on se veut donner. {Pulch., i, 1.)

— combattre, balancer :

Ma passion s'oppose à mou ressentiment.

Dedans mon ennemi je trouve mon amant ;

Et je sens qu'en dépit de toute ma colère

Rodrigue dans mon cœur combat encor mon père.. [Le Cid, m, 3.)

— COMBATTRE, ucut. , au fig., avcc uu nom de chose pour sujet :

Et, possédant déjà le cœur de la maîtresse,

Pour vaincre un point d'Iionneur qui combat contre toi,

Laisse faire le temps, la vaillance et Ion roi. [Le Cid, \,S.)

{Ciiina.,

. Il,

[Ibid.

[Audroin.,

COMHLE. — COMMANDER. 125

COMBLE, subst., au fig. :

Indiscrolo vengeance, imprudentes chaleurs,

Dont l'impuissance ajoute un comble à mes mullteurs.

[La Gai. du Pal., v, 1.) Ce jour est donc pour moi le grand jour des mallieurs. Puisque vous apportez uti comble à mes douleurs. {OEd., v, 4.)

On ne trouve qu'assez rarement comble employé avec un :

Par là nous nous privons d'un comble infini de mérites et de trésors célestes, que nous j)ourrions amasser en celte vie, et que nous retrouverions dans l'éternité. (BoLi\D., Serm. pour le 5" dim. de la Pentec, 1.)

Corneille offre encore des emplois remarquables du mol comble au ligure :

Dieu\! ce comble manqiioit à mon afïliction. [La Veuve, i\, 3.)

Rome a reru des rois ses murs et sa naissance; Elle tient des consuls sa gloire et sa puissance, Et reroit maintenant de vos rares bontés Le comble souverain de ses prospérités.

Dieux, (/«t7 comble d'ennuis!

Allons, amis, allons dans ce comble de joie Rendre grâces au ciel de l'heur qu'il nous envoie. Quoi, des ambassadeurs que Bérénice envoie, Viennent ici, dis-tu, me témoigner sa joie, M'apporler son hommage et me féliciter Sur ce comble de ijtoire où je viens de monter? [Titeet Dér., ii, 1 .)

COMBLER, remplir jus(|u'aii CDiiiItlt' :

Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles,

Que ses proscriptions comblent de funérailles. [Sert., in, J.)

— C0.MHLK. AVOIR l'.VME TOUTE CdMIU.Ki; PC Ql Kl.ul li CHOSK, Cil

avoir ràine toute comblée de joie :

Ce bonhomme en paroît l'àme toute comblée. (D. Sancbe, v, G.)

COMMANDEMENT, .woiu dix langues a so.n co.m.mande.ment, les parler avec facilité :

CLiTON. Vous savez donc l'hébreu I

DOUANTE. L'hébreu? |)arfaitoment.

J'ai dix lamjues, Cliton, (i mon commandement. {Le Ment., iv. :i.]

COMMANDER (jielqu'i.n, comme ronmifindcr à (jurlt/n'mt :

Ce titre en eux me choque, et je ne sais pourquoi

Un roi que je commande ose se nommer roi. Mtila, i, 1.1

Chélif trouve à ta honte un barathie plus bas;

N'accepte, désormais, que le titre d'esclave.

Puisqu'un entrejireneur ic commande, te brave.

Te prescrit une paix selon sa Noionte. (Hardy, .Alceste.)

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