‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en général (volume 2)Chapitre 94 sur 253 · CONQUÊTE. — CONSENTIR · texte numérisé non relu

CONQUÊTE. — CONSENTIR

connaitre pour reconnaître se trouve employé même en prose ;

J'eus encore assez de jugement pour me tenir en la même posture, dans l'espérance de n'en êire point connu, et je ne fus point trompé, (Cyrano, Hisi. corn. di$ étais ei empires du Soleil.)

— CONNAITRE MAL QUELQi'cN , ue pas avoir é{>ard à sa diguit»;, à sa condition :

Faites venir le roi, appelez votre Attaie,

Que je conserve en eux la dignité royale:

Ce peuple en sa fureur peut les connoiire mal. [ISicom., v, 7.)

— NE PAS SE CONNAITRE A, sulvi d'un infinitif, ne pas savoir :

Je 7»c me cannois point à combattre d'injures. (La Gai. du ['al., v, 2.)

CONQUÊTE, fig. PETITES CONQUÊTES, pctltes faveurs que l'on con(iuiert en amour :

J'en reçus des faveurs secrètes, mais honnêtes,

Et j'étendis si loin mes petites conquêtes,

Qu'en son quartier souvent je me coulois sans bruit.

Pour causer avec elle une part de la nuit. [Le Ment., ii, 5.)

CONSCIENCE. NE POINT faire de conscience DE, comme -w /joint faire conscience de :

De six pièces de théâtre qui me sont échappées, en ayant réduit trois dans la contrainte qu'elle nous a prescrite, je n'y ai point fait de consciettce d'allonger un peu les vingt et quatre heures aux trois autres. ILa Veuve, au lect.)

— PARLER A SA CONSCIENCE, parler selon sa conscience ;

Je parle seulement de ce qu'a vu le roi.

Seigneur, et qui voudra parle à sa conscience. [D. Sanclte, i, 3.)

CONSENTIR, employé activem. :

Mon indulgencL', au dernier point venue, Consentoii à tes yeux l'Iiymen d'une inconnue. Le Ment., v, l.i

« Consentir, dit Voltaire, est un verbe neutre, (pii régit le datit, c'est-à-dire, notre préposition à qui sert de datif. On ne dit i)as : « consentir quelque chose, mais k cpielque chose. » Dans quelques éditions on a substitué approuvait à consentait. »

Le conscntiras-lu cet elïort sur ma flamme? {Rodog., m, 3.)

Voltaire dit encore : « Consentira, et non consentir /e. Ceverbe gouverne toujours le datif e\|iriin»'' chez nous par la préi)osition à. Il est vrai qu'au barreau mi \iole cette règle; mais le style du barreau est celui des barbarismes. ■

La dernière édition de l'Académie dit moins allirmativemenl tt

|;jS CONSENTIR.

moins absolument que le célèbre auteur du Commentaire : « Consentir est quelquefois actif; alors il n'est guère d'usage qu'au palais et dans le langage diplomatique. » L'emploi de consentir, comme verbe actif, dans le sens de souffrir, permettre, est assez fréquent chez des auteurs dont le stylo n'a pas coutume d'être entaché des barbarismes du barreau.

Notons d'abord que Corneille a dit encore :

Trop heureux accident si la terre entr'ouverte

Avant ce jour fatal eût consenti ma perte. {Mél., v, 2.)

L'amitié le consent si l'amour l'appréhende. {Rodog., iv, 1.)

Aussi bien que Neptune Junon consentira notre bonne fortune. (Androm., v, 3.)

Consens-tu qu'on diffère, honneur, le conseHs-tuV [Sanche, ii, 3.i

N'est-ce point que le ciel ne cousent qu'avec peine Cette triste union d'un sujet à sa reine. {Ibid., m, 5.)

Vous m'en dites assez pour mériter ma haine, Si je laissois agir les sentiments de reine. Par un trouble secret je les sens confondus. Parlez, je le consens, et ne les troublez plus. {Ibid., iv, 5.)

Voltaire, ayant dédaigné de faire aucune remarque sur le troisième comme sur le quatrième acte de Don Sanclie, n'a pas relevé ces derniers barbarismes :

Mais, seigneur, le voici, tâchez de pressentir

Ce qu'en votre faveur il pourroit consentir. [Agés., ii, 1.)

Corneille dit encore, parlant de ses premiers poèmes :

J'aurois laissé périr entièrement ceux-ci, si je n'eusse reconnu que le bruit qu'ont fait les derniers obligeoit déjà quelques curieux à la recherche des autres, et pourroit être cause qu'un imprimeur, faisant sans mon aveu ce que je ne voulois pas consentir, ajouteroit mille fautes aux miennes. [Préf. des œuvr. de Corn., l" p., 1644, pet. in-12.)

Notre grand poète est toujours dans la tradition ancienne et constante de la langue :

Qui en gieu entre, le gieu doit cotisenlir, Et l'on doit bien grever son anemi.

( Garin le Loher., 2= chans., xsxv, éd. P. P.)

Or iront luit ensamble, li viel et li enfant.

Le chemin vers Luiserne, se diex le lor cousant.

(Gui de Bourg., bibl. elzév., v. 3448.)

Ja fusmes nos nez en un jor, Et en un jor devions morir.

Se Diex le volsist consautir.

[Floire et Rlunceflor, éd. du Mér., v. 1534, 2« vers. )

Ce seroit trop dure chose pour nous si nous consentions ce que vous dites.

(Froiss., Chroniq., Redd. de Calais.) — Si voulez comeutir la trêve. (R. de Col-

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