LAISSER
LAISSER, suivi d'un infinitif, dans le sens de permettre, avec un nom de cliose pour sujet :
Je crois vous avoir dil Que je ne l'ai point vu depuis qu'on le perdit. Madame, un si long temps lan^c mal reconnoître Un prince qui pour lors ne faisoil que de naître. [Œd., iv, 3.)
— L.\issER A (un subst. ou un pron.), suivi d'un infinitif, permettre à., de, ou abandonner à., le soin de :
Faites voir, si je meurs, une entière tendresse : Mais vivez après moi pour toute notre Grèce, Et laissez à l'amour conserver par pitié
De ce tout désuni la plus digne moitié. [Œd., i, 1.)
Priligerne leur laissa assouvir leurpremiére rage. (Flkch-, Uist. de Tliéod.. i, lu.) Laissons aux Scythes inhumains Mêler dans leurs banquets le meurtre et le carnage.
fJ.-B. Rouss., Cani., ix.)
— De même avec un second à devant l'iiifinitif :
Et, déjà dépouillant tout naturel humain,
Je laisse à ses transports « gouverner ma main. [Ctii., i, 4.)
Et d'ailleurs, si le ciel vous choisit pour victime
Vous me devez laisser à punir ce grand crime. {Œd., iv, 3.)
C'est ainsi qu'on a dit :
Je lairray au sieur de Ségurà vous discourir le surplus. [Lell.miss. de Henri IV, t. Il, p. 55.) — Je brise là-dessus, et laisse à discourir de ce qui en est « ceux qui ont juste suject de s'en plaindre. [Caq. de l'ucc, 5^ journ.) — Laissons à ceux qui ne jugent jamais des événements que par les vues fausses et bornées de la sagesse humaine à s'enorgueillir et a ne chanter que des chants d'allégresse sur nos victoires. (Mass., Mandtm., 28 juill. 1734,)
Va, dil-elle, vieux fou, songe à la sépulture,
Et laisse «!ix jeunes gens à songer à l'amour. (Sénecé, Cent. , Miron etLaïs.)
Laiisons aux astronomes à mesurer la grandeur et le mouvement des astres pour en prédire les éclipses. Laissons aux anatomistes à décomposer les corps des animaux et des plantes pour en reconnaîiie les ressorts et la liaison des parties. Laissons, en un mot, aux physiciens à étudier le détail de la nature pour eu admirer toutes les merveilles. .\rrètons-nous principalement aux vérités générales de votre métaphysique. (Malebu., Enirei. sur la mélaph., x, 7.)
Dans ce sens on trouve quelquefois de au lieu de à devant l'infinitif :
Je laisse au sieur Roger Wilemes et aullres principaux de sa trouppe de dire comment combattirent les Frani;ois qui s'y trouvèrent. [Lett. miss, de Henri IV, t. IV, p. 623, 1" mai 1592.)
— LAISSER (se), avec un verbe suivi de à au lieu de pa?' :
Lysarque et vos archers depuis ce lieu funeste
Se laissèrent conduire aux traces de mon sang
Qui durant le chemin me dégoultoil du flanc. (C/ù., m, 1.)