‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 2 sur 344 · LAISSER · texte numérisé non relu

LAISSER

Notre plume à lui seul doit se laisser conduire. {La Gui. du Pal , i, 7.)

Écoute ses soupirs, considère ses larmes.

Laisse-loi vaincre enfin à de si fortes armes. [La PL Roij., iv, 5.)

Aveugle que j'étois, mon peu de jugement

?ie se laissait yuider qu'à mon ressentiment. {lùi't , se. 7.)

Elle (Sabine] ne sert pas davantage à l'action que l'infante à celle du Cid, et ne fait que se laisser loucher diversement comme elle à la diversité des événements. (Exam. d'Hor.) — Les uns se laissent si bien persuader à cet enchaînement, que... [PoL, Abr. du mart. de S. Pol.)

Il soupçonne aussitôt son manquement de foi,

Et se laisse surprendre à quelque peu d'effroi. [Pomp., ii, 2.)

Impatient déjà de se laisser séduire

^i: premier imposteur armé pour me détruire. [Héracl., i, l.)

Le commentateur fait cette remarque :

« Se laisser séduire à quelqu'un » n'est plus d'usage, et au fond c'est une faute; *. je me suis laissé aimer, persuader, avertir par vous; » et non pas, « aimer, persuader, avertir à vous. »

Ce n'est pas du tout une faute au fond. A, dans ce sens, vient du latin a, ab, et la forme française n'est que la reproduction exacte de la forme latine. Cette manière de parler, très-ancienne dans la langue, s'est conservée sans interruption, au moins grâce à quelques écrivains, jusqu'à nos jours :

Et enfin, se laissant à ce sexe conduire,

S'est vu consumer vif en feu par Déjanire. {Le Dany. de Mar.)

Ne vous laissez vaincre au desespoir. (Lariv., Le Fid., ii, 2.) — Son fils se laissait p\ns goucerner à d'autres qu'a elle. {LaSat. Ménipp., Har. de M. d'Aubray.) — Cédés donc un peu à vos passions , et vous laissés conduire à ceux qui vous aiment. [Lett. miss, de Henri IV, t. v^ p. 23.) — Ne vous laissez point euourdir à la tristesse. (Théoph., Lett., à Des Barreaux.)— Les plus incrédules se laissaient vaincre au rapport d'une infinité de gens de bien qui croyoient avoir veu véritablement des effects par dessus les forces de la nature en la personne de cesle fille-là. fId., Fragm. d'une liist. cam., c. m.) — Ne nous laissons donc pas abattre à la tristesse, et ne croyons pas que la piété ne consiste qu'en une amertume sans consolation. (Pasc, Lett., à M"^ de Roannez, vi, édil. L.) — Au lieu donc de se laisser persuader à Montanus, il se mit à le flaler, si bien qu'il l'obligea de se ranger au parti de la liberté. (Mézer. , Hist. de Fr. av. Clovis , ii, 6.) — L'antiquité s'est étrangement laissé jouer aux astrologues. ( Bayle , Lett. sur les com., 1682, p. 52) — Don Juan n'osoit *e laisser flatter aux conjectures de l'amiral. (M""' DE ViLLED., Journ. amour., 5° p., 7* j.) — Vous laissez-soxxs, abattre aux rigueurs de la fortune? (Fén., FabL, \\.)

Racine a dit, dans Phèdre :

A quel affreux dessein i;o«y laissez-vous tenter? (a. i , se. 3.)

Et dans un chœur d'Athalie :

A leurs traits délicats se laissent pénétrer.

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