PORTEE. — PORTER
PORTEE, s. t., dans le sens île capacité, n'être point de la PORTÉE DE, comme on dit habituellement it être pas à la portée de :
J"ainie donc niicu\ laisser mourir
L'ardeur qui seroil maitrailée,
Que de prétendre à conquérir
Ce qui n'est point de ma portée. [Poés. div., Stances.)
On lit dans les Curiositez françoises d'Ant. Oudin, cela n'est pas de votive portée, c'est-à-dire cela est trop relevé pour vous.
On trouve de même sans négation :
Cela est clair et de la portée de tout le monde. (Nie, Coui. des F.ss., Sur l'Ëvang. du mardi de la deux. sem. de car.)
— PAR DEL.\ MA PORTEE, au delà de ce que je puis :
Après la grâce qu'ils m'ont faite de ne point dédaigner ce qu'ils en ont vu, je pense avoir quelque droit d'espérer qu'ils ne me refuseront pas celle de se contenter de ce que je puis, et de n'exiger rien de moi par delà ma portée. [Imit., préf. de 1652.)
PORTER, dans le sens d'avoir, au moral, ou de montrer :
Aussi, qui l'ose aimer ]ior te une âme trop haute
Pour souffrir seulement le soupçon d'une faute. [Pomi)., ii, 1.)
Ce que je veux de toi porte le caractère
D'une vertu plus haute et digne de te plaire. {Perili.. m, 3.)
Parmi ces grands sujets d'allégres.se publique,
Vous portez sur le front un air mélancolique. (La Tais- d'or, i. 1.)
On trouve, au sens moral ou matériel, quantité d'exemples
semblables ou analogues, dont le plus grand nombre, si ce n'est
tous, seraient encore aujourd'hui d'excellent français :
Il faudroit donc estre insensible et porter un cœur de roche pour ne recevoir point les douces imprSssions de ses yeux. (Le Moulinet, Les Aijreubles diversitez d'Amour, 1(513, p. 15.)
Ce monsieur Loyal porte un air bien déloyal. (Mol., Le Tart., v, 4.)
Vous me portez tout l'air d'être de ces fripons
Qui rôdent pour entrer la nuit dans les maisons. (REGN'.,Z.e4Fo/iei am.,}, 5.) Quoiqu'il soit Italien, et qu'il porte une face équivoque, il peut être un fort honnête homme. (Le Sage, Esiév., i, 7.) — llporioit bonne trongne et avoit presque dix mentons. (Rabel., i, 7.) — Tout le monde ponoit sur le visage la joie que l'on avoit de mon retour. (M"« de Mo.ntpe.ns., I\lém., 1652.) — La seule lecture du livre suffit pour convaincre qu'il porte tous les caractères d'une histoire très-réelle. (Le Maistre de Sacy, Trad, de Tobie, avert.) — Tout ce que vous recevrez de lui sera net, juste, précis, court et exact; du moins je n'ai rien vu de lui qui ne portai ce caractère. (Fén., Le»., au duc de Chevr., 22 juin 1702.)
— PORTER, dans le même sens, suivi d'un participe passé :
De qui même le front déjà pâle et glacé
Porte empreint le trépas dont il est menacé. [(JEd., i, 1.;
Si mon front porte empreints quelques troubles secrets,
Sachez que je n'en ai que pour vos intérêts. [La Tois. d'or, i, 1.)