‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 136 sur 344 · PROTECTION. — PROTESTER · texte numérisé non relu

PROTECTION. — PROTESTER

Palissot a très-bien justifié le grand tragique :

'<. Que voulait peindre Corneille? L'exlrème avilissement d'un roi; et toute autre expression que celle de prosterner sa couronne eût affaibli sa penste.... Prosterner sa couronne est une figure hardie qui sera toujours applaudie de tous ceux qui se connaissent en poésie. »

Nos anciens auteurs se sont servi de prosterner, activement, avec diverses nuances de signification :

Ce faict ont présenté leurs articles au roy, Lors genoux prosternez en toute esjouissance.

[J. Marot, Voyage de Venise, La Prinse du chasteau de Pasquiere.)

[1 a été employé activement au dix-huitième siècle dans le sens d'abattre, de consterner, acception que Desfontaines a placée dans son Dictionnaire néologique pariui les mauvaises locutions :

Les âmes foibles que prosterne le ton hardi de la confiance. (Houtteville, Lu Religion prouvée par les faits.)

On le rencontre plus tard dans la signification de représenter prosterné :

Larliste a prosterné les deux sœurs aux pieds du Christ. (Diderot, Le Salon de 1763.)

On le trouve, dans le dix-neuvième siècle, employé'd'une manière qui se rapproche des acceptions de Corneille :

Nous irons, dans les lieux que la ferveur habite,

Sous l'obscur vêlement du pieux cénobite,

Prosterner à l'autel notre humble repentir. (Lancelot, MariedeBrab.,\v.)

Ce verbe a encore, de nos jours, été pris activement dans le sens de renverser :

Ces arbres ne dépassent pas la hauteur d'un homme, le vent océanique les prosterne à l'instar des fougères. (Chateaubr., Mém. d' outre-tombe, t. ii, p. 169- — La soif qui brûlait leur cœur, la furieuse passion qui les prosternait aux genoux du maître, l'âpre aiguillon du désir invincible qui les précipitait dans les extrêmes terreurs et jusqu'au fond des plus basses complaisances, était la vanité insatiable et l'acharnement du rang. ''Taine, Essais de critiq. eid'hist-, ST-Simon.)

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