‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 135 sur 344 · PROSTERNER · texte numérisé non relu

PROSTERNER

Hacan lui respomlit que M. de Malherbe avoil usé de ce mot prospère en ces vers :

0 que nos fortunes prospères....

M. de -Mallieibe, qui cstoit présent, lui dit assez brusquement : « Eh bien, mort Dieu ! si je fais un p.., en voulez-vuns faire un autre ? » (Racan, Vie de Malli.)

Racan, plus tard, ne s'est pas fait scrupule d'employer encore prospère exactement comme Malherbe :

La fortune prospère Veut déjà me tourner le dos. [Psaum., xxx.)

Du reste, ce scrupule sur l'emploi de prospère dans le sens de favorable, heureux, est étonnant; car cette signification est ancienne dans la langue et s'est maintenue sans interruption :

Un vent prospère. (Lariv., Le Fidèle, i, 7,) — Je veux retenir ceste consolation de ne luy avoir jamais manqué de loyauté, tant en prospère comme en adverse fortune. (Id., ibid.)

yo'xQÂ, bien avant Malherbe et Racan, l'expression de fortune prospère^ et nous allons encore la rencontrer dans une tragédie du cardinal de Richelieu.

C'estoit à la vérité une façon de traicter peu sortable pour donner prospère acheminement aux affaires. (Du Villars, Mém., n. 1551.) Quant à moy, j'espère aujourd'huy Voir la fin de tout nosire ennuy :

Car ce mal-ci, comme j"espére.

Vous sera heureux et prospère. (Godard, Les Desyuis., v, 4.)

G Dieu, le bon Dieu soit loué. Qui m'a aujourd'huy envoyé

Une rencontre &[ prospère! (Id., ibid., v, .5.)

Est-ce donc Azamor? ô fortune prospère!

Il servira lui-même à l'éclaircissement. (Richelieu, Minime, v, 4.^

Que Tancréde est heureux ! que ce jour m'est prospère!

iVoLTAiRE, Tancréde, ni, 1.)

PROSTERNER, act., faire prosterner* jeter, mettre à terre :

Qu'une douleur sensible, un véritable ennui,

Un profond repentir le prosterne à ma face. [Imit., iv, 7.)

Exauce cette indigne et vile créature,

Que prosterne à tes pieds un humble repentir. [Ibid., iv, 9.)

Oui, tandis que le roi va lui-même en personne

Jusqu'aux pieds de César prosterner sa couronne,

Cléopâtre s'enferme en son appartement,

Et, sans s'en émouvoir, attend son compliment. [Pomp., ju, 1.)

Voltaire n'a pas senti la beauté de cette hardiesse. Il dit en-

nuyeusement :

« On ne prosterne point une couronne ; on se prosterne. On dépose une couronne ; on la dépose aux pieds, et non jusqu'aux pieds. »

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