U PURGER
Cette locution s'emploie particulièrement en termes de poétique, pour signifier détruire, modérer, épurer les passions. C'est ainsi que Corneille dit :
La crainte tragique ne devance pas le malheur du héros, elle suit; elle n'est pas pour lui, elle est pour nous ; et, se produisant par une prompte application que la vue de ses malheurs nous fait faire sur nous-mêmes, elle purge en nous les passions que nous en voyons être la cause. [D. Sanche, Epître.)
Le poète dit de même purger telle ou telle passion particulière, l'amour, la curiosité, l'orgueil, des attachements d'amour, l'opiniâtreté, la facilité de confiance :
La mort de Théodore peut servir de preuve à ce que dit Arlstote, que quand nn ennemi tue son ennemi, il ne s'excite par-là aucune pitié dans l'âme des spectateurs. Placide en peut faire naître, et purger ensuite ces forts attachements d'aniour qui sont cause de son malheur; mais les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie, bien que l'une ni l'autre ne fasse de pitié, sont encore plus capables de purger l'opiniâtreté à faire des mariages par force. [Exam de Tliéod.) — Cette pitié nous doit donnei: une crainte de tomber dans un pareil malheur, et purger en nous ce trop d'amour qui cause leur infortune et nous les fait plaindre. [Deux. Disc.) — Si sa représentation d'Œdipe) nouspeut imprimer quelque crainte, et que cette crainte soit capable de purger en nous quelque inclination blâmable ou vicieuse, elle y purgera la curiosité de savoir l'avenir, et nous empêchera d'avoir recours à des prédictions qui ne ser\ent d'ordinair.e qu'à nous faire choir dans le malheur qu'on nous prédit par les soins même que nous prenons de les éviter. [Ibid.] — La mort du comte peut mieux purger en nous celte sorte d'orgueil envieux de la gloire d'autrui, que toute la compassion que nous avons de Rodrigue et de Chiméne ne purge les attachements de ce violent amour qui les rend à plaindre l'un et l'autre. {Ibid.) — La crainte d'une infortune semblable, ou approchante, peut purger en une mère l'opiniâtreté à ne se pomt dessaisir du bien de ses enfants, en un mari le trop de déférence à Une seconde femme au préjudice de ceux de son premier lit, en tout le monde l'avidité d'usurper le bien ou la dignité d'autrui par violence. (/Zfic^.j—Sinous imputons son désastre à sa bonne foi, quelque crainte pourra suivre la pitié que nous en aurons; mais elle ne purgera qu'une facilité de confiance sur la parole d'un ennemi réconcilié, qui est plutôt une qualité d'honnête homme qu'une vicieuse habitude, et celle purgation ne fera que bannir la sincérité des réconciliations. {Ibid.)
Corneille dit enfin absolument :
La pitié qu'il prendra de lui n'ira point jusqu'à celte crainte qui purge, parce qu'il ne lui ressemble point. {Deux. Disc.)
On a dit d'une manière analogue :
Si quelqu'un est purgé par cette voie-la, à la bonne heure; encore ne vois-je pas trop bien à quoi il peut être bon d'être guéri de la pitié. (Fo.ntkn., Réflex. sur la Poél., XLV.)
QUAND. — OLE. un
QUAND. A QUAND RENDRE? Mot à mot : pour rendre quand, h quelle époque, quand le rendrez-vous?
LISE. Mais enfin à quand rendre?
DORANTE. Dés demain, {Suite du ^fent., ii, 6.)
QUARTIER, pour signifier lieu en général, comme on disait canton :
Prépare ton départ, et pense à ta retraite.
Pour en délibérer et choisir le quartier.
De grâce ma bonté te donne un jour entier. (Mêd., ii, 2.J
— AVOIR DES AMANTS PAR QUARTIER , avoir des amauts (jui n'occupent chacun qu'une partie du cœur :
On ne doit point avoir des amants par quartier;
Alidor a mon cœur et l'aura tout entier. {[.a PI. Roy., i, 1.)
— A QUARTIER, loc. adv., à part :
Écoute : quatre mots à quartier. [Mél., v, 6.)
A quartier, à part, c'est au fond exactement la même image.
— METTRE A QUARTIER, mettre à l'écart, négliger, ne pas tenir compte de :
On ne prend point néanmoins pour incroyables les incidents de ces deux Imgédies, et ceux qui savent le désaveu qu'en fait l'histoire la mettent aisément à quartier pour se plaire à leur représentation. [Deux. Disc.]
— NE RIEN LAISSER A QUARTIER, ne rien omettre :
Ne m'importunez point de votre tablature :
Sans vos instructions je sais bien mon mélier,
Et je n'en laisserai pas un traita quartier. [La Suiv., ii, 1.)
QUE, dans le sens de seulement, précédé de point. Voltaire s'élève à plusieurs reprises contre cet emploi :
Qu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu,
Et ne l'auront poi/ii vue obéir qu'à, son prince. 'Jfor., m, 6.)
« Ce point, dit-il, est ici un solécisme; il faut, et ne l'auront vue obéir qu'à. »
Il doit à ses sujets encor plus qu'à personne,
Et cesse de devoir quand la dette est d'un rang
A ne poim s'acquitter qu'aux dépens de leur sang. (Pomp., i, I.)
« Ce point est de trop; jamais on ne l'emploie que dans le sens absolu : « Je n'irai point, je n'irai qu'à cette condition. »
Ici, dis-je, où ma coui Ir.mble en me regardant,
Où je n'ai point encore agi qu'en commandant... [Ibid., m, 2.)
« Est un solécisme; le poiiit est de trop. »
L'offense, une fois faite à ceux de notre rang,
Ne se répare poini que par des flots de sang. {Ntcum., iv, 2.)
« Point que n'est pas français; il faut, « ne se répare que par des flots. »
Outre les exemples critiqués par l'auteur du Commftntaire, cette forme se rencontre encore très-souvent chez Corneille; ainsi :
Je l'avois bien prévu, que ce cœur infidèle
iSe se défendroit point des yeux de ma cruelle.
Qui traite mille amants a\ec mille mépris,
Et n'a poim de faveurs que pour le dernier pris.
Sitôt qu'il l'aborda, je lus sur son visage... [MéL, u, 1.)
Et mon affection ne s'est point arrêtée
Que chez un cavalier qui l'a trop méritée. [Ibid., iv, 2.)
Pymante, tenant Dorise d'une main, le combat de l'autre, ne croyant pus de sûreté pour soi, après a\ oir été vu en cet équipage, que par sa mort. [Aryumcnt de CLiliiiidre.)
Il n'en faut point douter, l'amour a des tendresses
Que nous n'apprenons /;o»i£ qu'auprès de nos maîtresses.
[La Gai. du Pal., \, 7.)
Nous n'apaiserons poiwt celte humeur qui vous pique
Que par un entre-deux mis à votre boutique. [Ibid., iv, 12.)
Chiméne est au palais, de pleurs toute baignée,
Et n'en reviendra point que bien accompagnée. [Le Cid, lu, 1.)
Je ne veux point régner que dessus votre cœur. [L'lllu>i. com., n, 3.)
Gardez ces compliments pour de moins enflammés.
Et ne m'estimez point qu'autant que vous m'aimez. [Méd., n, 6.)
Mon cœur plus incapable encor de vanité
Xe (eroil point de choix que dans l'égalité. [Tliéod., ii,2.)
Je sais qu'on n'entend poitit de telles prophéties,
Qu'après que par l'effet elles sont éciaircies. [La Tois. d'or, iv, 1.)
Le sujet est simple, et du nombre de ces événements connus où il ne nous est pas permis de rien changer qu'autant que... {Exam. de Sert.)
Mon cœur est loul à vous, lit n'a puint eu d'amis
Çu'aulant qu'on les a vus à vos ordres soumis. {Oih., v, 1.)
Mon âme, de ce feu nonchalamment saisie,
Ne la point reconnu que par ma jalousie. {Pulch., ii, 1.)
Donne pour ce grand jour, donne ordre à tes affaires,
Pour ce grand jour, le comble ou la fin des misères,
Où chacun, trop chargé de son propre fardeau,
Son propre accusateur et son propre bourreau,
Répondra par sa bouche, et, seul à sa défense,
N'aura point de secours que de sa pénitence. (Imit., i, -24.)
Voltaire, en condamnant Corneille, condamne encore avec lui noï meilleurs écrivains du seizième et du dix-septième siècle, comme de l'époque antérieure :
Ou bien comme la dame honneste, belle et sage, Qui ne' démasque point qu'à propos son visage.
(Vauqlelin de La Fhes.naïe, Suiiie, a Garnier.)
Pource qu'aucuns, de face sourcilleuse,
Ne cherchent /Jo.«z que chose sérieuse. (Jode..le, Euyènc, prol.J
Encore qu'ils aient le cœur contourné à l'amour, si ne veulent-ils pourtant pas
en prendre q«'avec quelque avaiitajje de gloire. (S. Franc, de Sale», Imrod. a la
vie dévoie.] — 11 ne faut pus les employer qu'avec discrétion et réjt.ve. (Id., Lelt.,
à .M. Mich., Nouv. Un. inéd., 296' leit.)
Que vous êtes heureux, vous autres belles âmes.
Favoris d'Apollon, qui gou\ernez les dames,
El par mille beaux vers les charmez tellement,
Qu'il n'est />oi;« de beautés que pour vous seulement.
(RÉG.MER, Saf., via.) Le mérite ne se juge que par la prospérité, et la venu n'a. puait à eciat que dans les ornements du vice. (Theopu., OLuv., 1" part., Epistre au lecl.)
J'aspire à ce repos qui n'est point limité
Que de l'éternité. (Racan, Lett. à Chapelle, Ménage et Conrarl.) Ce régime ne se peut pas aisément pratiquer que dans une maison où l'ou est le maître. (Id., ibid. — Il n'y a p(Ant de passion incurable que la joie... (Sénault, Usage des passions, 2" p., 6" tr., 3= dise.;— Les impératrices n esioienl pas reconnues femmes des empereurs que quand ceux-cy leur a\ oient accordé le privilège de la cérémonie du feu. (Rouan, Iniérêis des princes, llJOU, p. 2.) — Pour exhorter ses pénitents à ne point rechercher l'absolution du prêtre, q«'apiés avoir pleuré leurs péchez. (Arnault, Fréquente communion, 2' p., c. xi.] — 11 me faut combattre dans l'esprit de V. M. des crimes dont on ne parle qu'à elle, et dont le peuple n'a point été informé que par des bruits vagues, confus et incertains. iPelliss., Prem. Di.se. au roi ) — Ils ne connoissent point de bains que le courant de la rivière. (.Mezer., Hist. de France avant Clovis, i, 5 ) — Je me joignis avec ces deux messieurs, dont je ne me separay point que lorsqu'ils voulurent partir de Constanlinople po.ur la Syrie. (Taver.n., Voyaye de Perse, Dess. de l'aut.) — Quoy que le terroir d'Ardeuil soit bon pour la vigne, on n'y en voit point, et on ne fait point de vin qu'à, plus de quatre ou cinq lieues loin de la ville. (Id., iijid., i, 5.) —Rien ne l'afllige tant dans ses plaies que lorsqu'il voit qu'il n'en reçoit point que par autant de sacrilèges. (Boss., lY" Serni. pour le vendr. saint, ii.) — Elle ne vouloit point engager son cœur qu'en établissant sa fortune. (Furet., Le P>oman bourg., i.) — Les brefs ne furent point ouverts à cause de la mort du duc ,
qui arriva la nuit du même jour, les sages-grans n'ayant pa* jugé à propos d'entamer cette alTaire qu'après l'éit ction de son succrsseur. fAMKLOT, Différend de Paul V et de la républ. de Venise.) — On n'a point assez clairement connu la différence de l'esprit et du corps, que depuis quelques années. Malebr., Recherche de la vérité, préf.) — D'autres, pour éviter que les corps ne se corrompent, les mettent dans le fond de l'eau, dans leur cercueil, qui est d'un arbre creux ou de leur traîneau, et ne les en tirent point que pour les porter au cimetière (Regnard, Voyage de Laponie.) — Les juifs n'ont point permission de demeurer à Varsovie que pendant les diètes. ^Id., Voyatje de Poloijue.) — Quand la libéralité naît de la bonté, elle en conserve toujours le caractère, et elle ne connoît point dévoies légitimes pour fournir à ses désirs qu'une sage économie. Duguet, Jnstii. d'un prince, V^ p., c. 18, art. 3.) — Le comle de Burgen ne sortit point de prison, qu'au bout de quelques mois. ;>I°'« d'Aulnoy, Uisi. d'flypol.)
Le puriste Ménage a vu aussi un barbarisme dans l'emploi de que précédé de point. Il l'a criticiué ainsi dans ses Observations sur la langue française [I" p., c. 256) :
« Les daines ne sortent point du logis que pour aller en visite.
« Cette expression, qui est de M. d'Ablancourt, t. ii, p. 62, de son Mmmol, n'est pas françoise. Point fait là un barbarisme. Pour parler régulièrement, il faut dire : Les daines ne sortent point du logis, si ce n'est pour aller en visite. »
Cette façon de parler, aujourd'hui tout à fait tombée, se
retrouve chez quelques auteurs du dix-huitième siècle :
Tout est soumis à la même syntaxe : la règle ne varie point que dans l'idée de ceux qui, confondant tout ce qu'ils entendent avec la pratique du bon usage, ne distinguent pas les fautes et les négligences de .-tyle des bonnes expressions exigées et dictées par le génie de la langue. (Girard, Principes de la lung. franc., 8' dise. y — Garrick... a fait connoissaiicc avec nos acteurs^ sur lesquels il ne s'explique point que vaguement et avec des louangeâ qui indiquent des restrictions- (Bachalm., Mém. secr., l'^'^oct. 1763, t. i, p. idl.)
— QUE, signilîant si ce n'est, autre que, autrement que, autre chose que, sans négation qui précède :
Et ce grand équipage Dont je vous ai fait \oir le superbe éialage. Est bien à \otre fils, mais non pour s'en parer Qu'alors que sur la scène il se fait admirer. [L'Illus. com., v, 5.)
Ne crains pas leur vei tu (des puisons), mon charme la modère,
Et lui défend d'agir que sur elle et son père. [Méd., iv, 1.)
Revoyons les vainqueurs sans penser quk la gloire
Que toute leur maison reçoit de leur victoire. [Uor., m, 1.)
Puisse à vos yeux M'écraser à l'instant la colère des cieux, Si j'adore autre objet que celui de Jlélisse, Si je conçois des vœux que pour votre service. {Suite du Ment., v, 3.)
La chasser, c'est vous faire un puissant ennemi.
Sans obliger par là le vainqueur qu'à demi. (t'omp., i, 1.)
Je combats vos amants, sans dessein d'acquérir
Que l'heur d'en faire voir le plus digne, et mourir. (D. Sunche, u, 2.)
Cependant je me trouve inceste et parricide,
Sans avoir fait un pas que sur les pas d'Alcide,
Ni recherché partout que lois à maintenir,
Que monstres à détruire et mechanls à punir. (ÛErf., v, 5.)
Allons, je veux encor seconder \os projets.
Sans remonter au ciel qu'après leurs pleins effets.
{La fois, d'or, iv, 5.) Voilà quelle je suis, et quelle je veux être. J'accepte votre hymen, mais pour vivre sans maître. Et ne quitterois point l'époux que j'avois pris, Si Rome se pouvoit éviter quk ce prix. [Sophon.-. ii, 4.)
Les historiens ne marquent point qu'elle se soit donnée qu'aux deux premiers hommes du monde, César et Antoine. [Examen de Pumpée.) — (">es prologues doivent avoir beaucoup d'invention, et je ne pense pas qu'on y puisse raisonnablement introduire que des dieux imaginaiies de l'antiquité, Pumitr Discours.)
Et sa manne cachée est difficile a voir
Qu'à ces j« ux épurés que la grâce il. aminé. [Li.it., i, 1.)
Et combien se méprend qui songe à quelque chose
Qu'à ce qui peut conduire au chemin du salut. [Ibid., i, 2.}
Le désir de savoir est naturel aux hommes,
11 naît dans le berceau sans mourir qu'avec eux. (Ibid.)
Recommande en commun aux bontés du Très-Haut Celles dont les vertus embellissent leurs âmes ; Et sans en voir jamais qu'avec un prompt adieu,
Aime-les toutes^ mais en Dieu. [Ibid., i, 8.)
On trouve en très-grand nombre des emplois analogues qu'il peut être utile de remettre sous les yeux :
Viens, Mort, viens, prompte Mort (ce disoit l'effronté), Si j'ay rien prononcé que saincte vérité.
^D'Adbigxé, Les Trag., vi.)
Sans qu'il reste à pas un, pour vingt ans de services. Que des cheveux blanchis, de larges cicatrices.
^Cyrano, La Mon d' Afjrippine. iv, 3.^
Ah! ne présumez pas que son amour extrême Voulût pour l'acquérir employer que lui-même.
(T. Corn.. Le Beujer exiruviKjuni, iv. 1.) Non que j'aspire enfin qu'h mériter un bien Sans qui tout m'est fatal, sans qui tout ne m'est nen.
\là., La Mon de l'empertur Commode, ii, 5.)
Rarement s'affranchit-il d'un favori insolent que par un autre , irrité de sa faveur. (Duguet, Insiii. d un prince, 2' p., c. 10, art. 1.) — Sans que les refformez perdissent qu'un cadet. (D'Aubigné, Hist. univ., 1. m, c. xii, 1" éd.)
Et la bonne déesse à qui, dés ma naissance,
Mes parents ont remis le soin de mon enfance,
M'apparoist, en dormant, presque toutes les uuicts,
Et menasse mes jours d'incurables ennuis
Si jamais je me lie au nœud de mariage
Qu'à, ceux de mon pays et de mon parentage. Rac.vn, Herij., ii, 3.)
Dieu nous a tant donné de diverlissemcns, Nos sens trouvent en eux tant de ra\issemen5, Que c'est une fureur de cherclier qu'en nous-mesme Quelqu'un que nous aimions et* quelqu'un qui nous aime.
(Théophilk, Élégie.) On fait à sçavoir que Farel Ne rime plus à cabaret; Ce seul départ l'en rend indigne, Il est dégradé de la vigne, Et Bacchus, noslre puissant roy, Suivant les règles de sa loy, Le casse, et luy défend de boire Que dans la Seine ou dans la Loire, Puisqu'il délaisse, amy de l'eau,
Paris pour un J'onlaine-bleau. (Saint-Amant, Les Cabarets.)
La pratique générale et universelle défendoit de communier les pécheurs qu'aprés l'accomplissement de leur pénitence. (Arnauld, Fréq. comm., 2« p., c. 15.) — 'Vivez sans penser qu'au jour où vous êtes. (M"^ de Maintenon, Leii., Iiisi., à M"'^ de Monfort, l"' janv. 1689.)— 11 n'est pas en doute parmi les gens du métier que si le prince d'Orange eût agi en capitaine s'empéchant de combattre qu'avec un avantage entier, et ne se proposant pour but que de faire lever le siège, il n'en fût venu à bout. (Pelliss., Leu. Iiisi., 16 mai 1677.) — Ils ont changé le gouvernement des Etats sans considérer qut' l'avantage de leur parti. {Arsavld, Apol. pour les caihol. d'Anglei-, \'^ p., c. 2.)
Que la terre à mes pieds s'ouvre pour m'abîmer,
Si je cherche en l'aimant que le bien de l'aimer. (Maucroy, Œuv. div.)
Après qu'il eut perdu toute espérance d'en pouvoir obtenir que de l'amitié, il chercha les moyens de se guérir. (Fléch., Mém. sur les grands jours d'Auvergne, •2* éd., p. 13.) — Il n'a pas seulement exercé son courage dans des occasions où il s'agissoit de sa vie autant que du bien public, mais encore dans celles où il n'y avoit pour lui aucun péril que volontaire, (FoNTEN.,Ê/ùt/t' des Acad., d'Argenson.)
C'est par la même figure qu'on a pu dire :
Je le quittai et je le pleurai, sans lui dire que cela. {W' de Montpens., Mém., 1671.) — Sans application que fort légère et fort médiocre. (.Pelliss., Réflex. .sur lesdiffér. de la reliy., inirod., sect. 2, vu.)
— Corneille a dit, et on a dit comme lui par la même ellipse, dans des phrases interrogatives :
POLLLX. Dieux! et que fera-t-elle"?
JASON. Et que fit Hypsipile,
Que pousser les éclats d'un courroux inutile? Jléd,, i, 1.)
Et que dois-je espérer qu'un tourment éternel,
Si je poursuis un crime aimant le criminel? {Le Cid, m, 2.)
D'où viendroit cette adresse à faire vos messages,
A jouer avec vous de si buns personnages,
Ce trésor de lumière et de vivacité,
Que d'un sang amoureux que j'ai d'eux hérité ? [Suite du .Ment., iv, 1.)
Car d'où pourrait mon trône attendre un ferme appui,
Et pour qui mépriser tous nos rois, que pour lui? Sert., ii, 1.)
QUK. 221
Quand il faut m'arraclier tout cet amour de l'âme,
Puis-je que dans mon sang en éleindre la flamme? (Oth., i, 3.)
Quand la reine a paru, m'a-t-ii considérée?
A t-il jeté les yeu\ sur moi qu'en me quitlanl? (Tite cl Bér., ii, 7.)
Ai-je employé mes soins, mes amis que pour vous?
Ai-je cherché par là qu'à, vous voir mon époux? {Pulcli., m, 3.)
Que suis-je, las! moy, chetif amoureux,
Pour trop sentir, qu'un Sisyphe ou Tantale? (Rons., Amours, i, lvi.)
Qui en connoîtra (ju'eux-mêmes? (Pelliss., Conùdér. sur le procès de Fouquel.) — A quoi nous servent les biens que pour les dépenser honorablement? (Souel, Francion, xii.) — Qui l'auroit pu porter à ce changement, que la force de la vérité? (Arnauld, Apol. pour les catliol. d'AnijIel., 2° p., c. 25.) — Si les choses s'étoient passées comme il dit, auroit-on pu le regarder que comme un méchant, qui... (Id., ibid., 1" p., c. 15.) — A quoi peut-on attribuer, qu'à, la puissance de sa grâce, des événements si prodigieux? (Id., ibid., 2» p., c. 13.)
Qu'étoient les Mahomet, qu'étoient les Tamerlans, Que des ravisseurs insolents?
(SÉNECÉ, Contes, Le Poëte donné aux chiens.)
Qu'a-t-on à faire dans cette courte vie que de s'amuser? (Volt., Leit., à M. de Bordes, 6 sept. 17G9.)
Quel lien nous faut-il que notre propre cause?
Et quel autre serment que l'honneur, la parole? (Id., Jules César, ii, 2.)
Cette ellipse n'est pas sortie de l'usage; ainsi on a dit d'une manière analogue, de nos jours :
Excepté ma voix lente et monotone qui traduisait littéralement à des pêcheurs de la mer ce poëme du cœur, on n'entendait aucun bruit que les coups sourds et éloignés de la mer qui battait la côte là-bas sous nos pieds. (Lamaut., Graziella.)
— QUE, suivi d'un infinitif, et précédé d'une négation équivalant à rien à :
Te voilà sans rivale, et mon pays sans guerres.
Ma fille ; c'est aemain qu'elle sort de nos terres;
Nous n'avons désormais que craindre de sa part. {Méd., n, 4.)
« Nous n avons que craindre est un barbarisme, » dit Voltaire.
Corneille avait déjà dit dans la comédie de la Suivante, m, 10: Surpris, ravi, confus, je n'ai que repartir.
Et dans Me lit e, i, 2 :
Et je l'amène ici n'ayant plus que répondic. Assuré que vos yeux le sauroienl mieux confondre.
Dans Clitandre, ii, 6 :
Ainsi rien désormais ne pourroit m'enflamnier ; N'ayant plus que haïr, je n'aurois plus f/a'airaer.
S'il y avait barbarisme dans les phrases de Corneille, il en faudrait voir aussi dans les suivantes d'auteurs très-difTérents et Irès-corrects des époques les plus reculées de notre littérature, aussi bien que du dix-septième siècle :
N'unt que beivre ne que mangier.
(Benoît, Cliron. des Ducs de Norm,, ii, 5525, éd. F. M.) Assez june qui n'ad que maunger. [Provtrbes de Fraunce.)
N'avoient qxemengier, de faim sentent la rage.
(CcvELiER, La Vie vaillani Bcriran du Gueiclin, Var. des v. 4385-4396.) Arrive à l'avenlure à sa meson à telle heure qu'il est aussi prés du matin comme du soir, et ne trouve que souper, car la dame et tout son ménage sont couchez. ,Les Quinze joyes de mariage, la quarte joye.) Corte descient sur le flanc senestrer, Dusqu'à boiaus ni laissa que trancher.
(Raimbert de Pabis, Ogier de Dan., v. 1148Ô.) £t quant il voit qu'il n"a en lui
Que reprendre, ne tant ne quant... (Le Lai du conseil.]
Va, pille ceux qui les richesses oni
Car sur les nuJs les larrons n'ont que prendre. (Forcadel, Épig»-}
Dames, où n'y a que reprendre, Et qui tenez l'honneur très-cher,
(Cl. Marot, EiJiii., Excuse d'avoir faict aucuns adieux, 15-29.) Vous n'avez que chercher en cecy. (Lariv., Le Fidèle, iv, 2.) — Quand ils n'avoient plus rien que leur donner, ils les menoient chez d'autres. (Facchet, Les Aniiq. fjauL, i, 6.) — Tout ainsi que les choses furent ordonnées elles furent exécutées par les uns et par les autres, el la place de toutes parts reduicle en si bon estât qu'il n'y avoit plus que craindre. (Du Villars, Mém., iii, 1552.)—... Tirants pour néant, et ne trouvants que succer. [Satyre Ménippée, Har. de M. d'Aubray.) Le païsan de cent ans, dont la teste chenue Est couverte de ncge, en suivant sa charrue, Voit galopper de loin l'argolet outrageux. Qui d'une rude main arrache les cheveux, L'honneur du vieillard blanc meu de faim el de rage Pour n'avoir peu trouver que piller au village. (D'Aub-, Les Trag., i.) Ils surent bien alléguer que ce royaume ne dépendoit pas des loix du pape, qu'il n'avoit que voir en cest Estât. [Leii. miss, de Henri IV, t. ii, p. 148.) — Je vous avois dit au commencement de cette lettre que je n'avois que vous écrire, et cependant, sans y penser, je vous ai presque fait un volume. (Malh., Leii., à Peiresc, 20 janv, 1608.)
Mon esprit satisfait n'aura que désirer. (Racan, Ps.. l.)
Les traits du visage très-beaux, et si bien proportionnés qu'on n'y trouvoit que reprendre. (La Fo.nt., Les Amours de Psyché, ii.)
On trouve de même sans négation :
Demandant s'on a que repaistre.
(Poésies uuriùuées- a Villon, La Repue franche du Lymousin.; Il auroit beau estre continent, sage, tempéré, morne. gra\e et retiré, vous v trouveriez tousjours que redire. (Satyre Ménip., Har. de M. d'Aubray.)
— Voltaire critique encore dans Corneille plusieurs emplois elliptiques de que :
Le roi ne sait que c'est d'honorer à demi. [Hor. iv, 2.;
« Cette phrase, observe le commentateur, (fsl italienne; nous disons aujourd'hui, ne sait ce que c'est. Mais la dignité du tra:gique rejette ces expressions de comédie. »
Il n'y a rien à dire à cette observation, bien qu'on puisse peutêtre la tiouver d'un goût trop sévère. Mais nous ne saurions approuver la critique suivante :
Elle meurt de savoir que chante le poulet. [Le Ment., iv, 8.)
« Il faut, dit Voltaire, « ce que chante. » Nous ne devons pas rendre le quid des Latins et le che des Italiens par le simple que; la raison en est claire; ce que produirait une amphibologie perpétuelle. « Je crois que vous pensez » est très-différent de « je crois ce que vous pensez. » « Je vois que vous aimez, » et « je vois ce que vous aimez » ne sont pas la même chose. »
Il y aurait en efiet amphibologie*dans les phrases que l'auteur du Conunentuire arrange pour le besoin de sa critique ; mais quoi de plus clair et de plus net, et en même temps quoi de plus vif que le vers :
Elle meurt de savoir que chante le poulet?
L'emploi de que à la manière du quid ou du quod latin était autrefois, on le sait, extrêmement fréquent II suffira de rappeler quelques exemples, comme ceux-ci :
Mais mostrer veut que faire sai.
(Ren. de Beaujéu, Li Biaus Desconneus, v. 10.) Je te veux maintenant, a\ani que m'eschaufer, Monstier que vaut la main du grand prince d'enfer.
[L'Enjer de lu mère Cardine.) Je vous prie, d'aultant que Dieu vous a donné cette opportunité, de proffiter en son escolle, comme s'il vouloit parler à vous privément en l'oreille, d estre attentif à goûter mieulx que jamais que vault sa doctrine, et combien elle nous doibt estre précieuse et aniyable. (Calvin, Leii. publiées pour la première fois par J. Bonnet, t. 11, p. 233.) — L'homme qui présume de son savoir ne sait pas encore que c'est que savoir. (Montaigne, Ess., ii, 12.) — Voilà q«e César dit en passant. Pasquier, Rech., i,2.) — Il veut sçavoir que l'on faict, que l'on pense. (Lariv., Les Ecol.', II, 2.) — Je veux sçavoir qu'il y a de nouveau. (Id., Ibid., iv, 2.) — Ne te soucie que de me dire seulement que tu veux faire. (Id., Le Laquais, i, 5.) — .le me doute que c'est. (Id., Les Esprits, m, 6.) — On ne peut sçavoir qu'il estoit devenu. (Fauchet, Aniiq. gauL, u, 16.)
Leur àme, sans mentir, ne sçait que c'est de feindre.
(I>.-C. Discret, Alizoti, iv, 2.)
Vous ne saurez que c'est d'une flamme constante. (Voitdre, Élégie.)
L'on demanda en ce temps-là q«'étoit devenue l'autorité de M. le Prince, puisque la régente l'ayant perdue, elle ne paraissoit passée à aucun autre. (La DUCH. DE Nemours, Mém., 1(551.)
Outre les exemples précités , Corneille emploie encore plusieurs fois que pour ce que, comme dans ces vers :
Apprends-moi cependant qu'est devenu ton maître. [Suite du Ment., V, 1.)
Hélas ! cet art, mon frère, impuissant sur les âmes, Ne sait que c'est d'éteindre ou d'allumer des flammes.
[La Tois. d'or, iv, 1.)
Je sais vous obéir.
Mais je ne sais que c'est d'aimer ni de haïr. Sert., iv, 2.)
Il a des adversaires Qui ne savent que c'est que de se reposer. [Imit., n, 9.)
— QUE, pour que de :
C'est crime qu'envers lui se vouloir excuser :
iNolre sang est son bien, il en peut disposer, [Hor., v,2.)
Pour qui venge son père il n'est point de forfaits,
Et c'est vendre son sang que se rendre aux bienfaits. [Cinna, i, 2.)
0 l'utile secret que mentir à propos ! [Le Ment., ii, 6.)
Souvent c'est perdre tout, que vouloir tout savoir. {Suite du MenC, i, 2.)
C'est blesser les Romains que faire une conquête,
Que mettre trop de bras sous une seule tête, {Nicom., v, 1.)
— QUE, dans le sens de pour que :
Mais que vous a-t-il fait, que pour lui seulement
Vous vous rendiez rebelle à mon commandement? [La Suiv., v, 7.)
Fuyez, qu'à ses soupçons il ne vous sacrifie. [Méd., i, 5.)
Cliton, ne raille point, que lu ne me déplaises. (Le Ment., v, 4.)
— QUE DE, pour que celui de :
Mon père, trop sensible aux droits de la nature,
Quitta tous autres soins que de sa sépulture. (Méd., m, 3.)
Les vers suivants présentent une ellipse bien moins ordinaire et beaucoup plus forte :
El du trône où le ciel a voulu m'affermir,
C'est tomber d'assez ïiauI que jusqu'à Valamir. ['^tt., m, 4.)
Corneille affectionnait l'emploi elliptique de que. Les exemples à citer seraient longs; nous nous contenterons d'en ajouter quelques-uns qui ont un caractère plus particulier.