‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 147 sur 344 · QUELQUE · texte numérisé non relu

QUELQUE

Un contemporain de (lonieille a employé plusieurs fois quel de la même manière :

Quel des deux voulez vous, ou mon cœur, ou ma cendre? Que/fedeideuxaurai je^ou lamort.ouCassandre? [^oiwav ,Vencesl., ii, 2.) Quel des deux sur vos sens fera le plus d'effort, De votre fils meurtrier, ou de votre fils morl? {\di.,ibid., iv, 6.

QUELQUE, dans le sens de si, avec le pluriel :

Quel supplice d'aimer un objet adorable, ^

El de tant de rivaux se voir le moins aimable ! D'aimer plus qu'eux ensemble, et n'oser de ses feux. Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux.

[Pulcli., 11. 1.)

La règle actuelle, parfaitement conforme à la logique, n'avait pas encore force de loi universellement acceptée.

En analysant les exemples suivants, nous ferions aujourd'hui rapporter quelques à appas, iiassauts; mais, dans la pensée de Corneille, il pouvait bien se rapporter kpuissants, kdoux :

Quelques puissants appas que possède Amarante,

Je trouve qu'après tout ce n'est qu'une suivante. [Lu Suiv., i. l.)

Et quelques doux assauts qu'un autre objet me livre.

C'est de moi seulement que je prendrai la loi. (La PI. Roy., v, 6.)

Cette manière de faire accorder quelque, consacrée par l'ancienne syntaxe , était encore l'orthographe usuelle à l'époque de P. Corneille, et même plus tard :

Il se trouve peu de gens aisez. quelques ignorans qu'ils soyent, qui ne désirent se la représenter il'antiquité) à leur possible. (Claude Fauchet, De l'Orig. de la langue ei de la poésie françaises, dédie.) — Ce coup hazardeux véritablement a rechassé les ennemj's en leur comté avec tel effroy, que je crois qu'ils ne rentreront pas en France si légèrement qu'ils ont faict, et les a faict tomber en tel mespris de nos gens, que j'espère qu'ils ne marchanderont jamais leurs gros escadrons, quand ils les rencontreront, quelques foibles qu'ils soient. [Letc. iniss. de Henri IV, 1595, t. iv, p. 370.) — Chacun a son goût pour la comédie, et quelques belles que puissent être les choses, il suffit qu'elles ne plaisent pas à ceux qui les condamnent pour leur donner droit de le dire. (T. Corn., AniiocUus, Au lect.) — On peut dire qu'il y a peu d'ordres religieux, et qu'il n'y en a peutêtre point, quelques austères qu'ils soient, qu'ils exigent autant de vigilance et de réflexions, autant de veilles et de fatigues , autant de sujétion et de dépendance, autant de sacrifices de ses aises, de son repos, de sa santé, de sa propre volonté. qu'il en faut dans la cour d'un prince, dans la profession des armes, dans un ministère, dans une charge, dans un négoce, partout oii l'on cherche à établir sa fortune et à réussir. (Eouud., Vens., éd. de Brux., 1769, t. ii, p. 143.)

— QUELQUE, dans le sens de environ, avec le pluriel :

Attendez, il y peut avoir quelques huit jours... [Clii., ii, ^.j

MLERELLE. — QUERELLER. 229

C'était l'orthographe générale du seizième et du dix-septième siècle :

Alexandre perdit (/«e/qwes trois cents hommes lorsqu'il défit Ponis. (Perrot d'Ablancourt.) — Ce comte étoil âgé pour lors de quelques trente ans, et elle de linéiques dix -huit. Pkréfixe, Hist. de Henri JV, 3" p., KiOO.) — Je suis presque toujours seul, excepté le dîner et le souper, et quelques deux heures le soir. (.\r- NAULD, CEuvr., t. 1, p. 8.) — Us n'avoient que q«e/(j«e.v deux ou trois cents hommes de troupes réglées. ^Pellisson, Leit. hist., 30 aoùl 1073.) — La perte des assiégés monta à. quelques trois cens hommes. (Racine, Fracjm. hist.. Le Siège de iNamur.) — Il avoit déjà quelques quarante escadrons dans le pays de Cologne. (Id., Jbid.) — (>ette action, qui fut fort vive et fort brillante dans toutes ses circonstances, coûta à la brigade du roi douze ou quinze officiers, et (;«e/qut'.$ cent ou six-vingts soldats, ou tués ou blessés. (Id., ibid.)

Nous croyons que cette orthographe était très-logique, et que lorsqu'on disait il ij a quelques huit joints, cela signifiait : il y a quelques jours, qui montent au nombre de huit; etc.

QUERELLE, faire querelle, défier, braver :

Ce fat n'est pas vaillant.

Mais il a quelque humeur qui le rend insolent. Peut-être qu'orgueilleux d'être avec cette belle, Il seroil assez vain pour me /aire querelle. [L'Illus. corn., u, 2.)

QUERELLER quelqu'un, l'insulter, le défier :

Mais ce n'est pas ici qu'il faut le quereller. \Le Ment., ii, 4.)

Voltaire fait cette exacte observation :

v< Quereller signifie aujourd'hui « reprendre, faire des reproches, réprimander j » il signifiait alors « insulter, défier, et même se battre. »

Corneille dit encore dans le même sens et dans la même pièce :

Mais qu'allez-vous donc faire, et pourquoi lui parler?

Est-ce à dessein d'en rire, ou de te quereller? (Act. m, se. 3.)

— quereller ciel et terre :

Querellez ciel et terre, et maudissez le sort. [Hor., ii. 1.)

— quereller, emploi particulier, avec un nom de chose pour sujet :

II ne vous suffit pas que votre libelle me déchire en public : vos lettres me vientieni qutre//e)- jusque dans mon cabinet, et vous m'envoyez d'injustes accusations, lorsque vous me devez pour le moins des excuses. [Lett. apotog.)

— Corneille emploie aussi quereller pour signifier disputer, avec un nom de chose ou de personne, et un régime indirect :

Ne lui querelle point un bien que tu possèdes. [La Suiv., iv, 8.)

Vous ne lui voulez pas quereller Célidée? {La Gai. du Pal., v, 6.)

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