‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 160 sur 344 · RAMASSER. — RAMENER · texte numérisé non relu

RAMASSER. — RAMENER

RAMASSER, recueillir, réunir :

Si Crassus est défait, Rome n'est pas détruite.

D'autres ont ruinasse les dibris de sa fuite. [Sur., iv, 3.)

— RAMASSER, fig. RAMASSER SA DERNIÈRE VIGUEUR, 611 parlant

de sentiments qui font le dernier eifort sur eux-mêmes :

L'excès de sa douleur la fait croire insensible ;

Rien n'échappe au dehors qui la rende visible,

Et tous ses senliments enfermés dans son cœur

Ramassent en secret leur dernière vigueur. (Œd., v, 8.)

— RAMASSER EN SOI, au scns moral, recueillir, concentrer en soi :

J'enseigne à me chérir d'une ardeur sans égale,

J'enseigne à ramasser en moi tout son désir. [Imii., ii, 43.)

On trouve d'une manière analogue :

Rien nest si fautif que ces lois qui redressent les fautes; qui leur obéit parce qu'elles sont justes obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi : elle est toute ramassée en soi ; elle est loi , et rien davantage. (Pascal, Pensées, éd. Louandre, ch. 4^ vi.)

Et de même avec le pronom personnel :

Il ne faut pas nous imaginer que nous avons évité cette maladie, quand nous avons méprisé l'estime des hommes; car c'est alors que, nous renfermant et nous ramassani en nous-mêmes, nous sommes ordinairement encore plus livrés à notre amour-propre. (Boss., Serm. pour la profession d'une demoiselle que la reine aimoit, II.) — C'est alors que, se ramassant en soi-même, on apprend à se soumettre a Dieu tout entier, et à pleurer ses égarements. (Id., Leit., au maréchal de Bellefond, 29 sept. 1674.)

RAMENER, fig. SE RAMENER EN SOI, sc reporter sur soi, avec l'idée de descendre dans son propre cœur :

Et comme notre esprit jusqu'au dernier soupir

Toujours vers quelque objet pousse quelque désir,

Il se ramène en soi n'ayant plus où se prendre.

Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. (Cm., ii, 1.)

Ce sont là de ces locutions vives qui ne peuvent être remplacées par aucun synonyme, et que l'interprétation affaiblit toujours.

— RAMENER DANS, commc ramené?' à :

La diversité des lieux où les choses se sont passées, et la longueur du temps qu'elles ont consumé dans la vérité historique, m'ont réduit à cette falsification, pour les ramener dans l'unité de jour et de lieu. {Examen de Pompée.)

Rien n'était si fréquent, dans la langue du dix-septième siè'cle, que le changement de dans en à. N.ous n'en citerons pas d'exemples, pour éviter d'inutiles longueurs.

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