RANG. — RANGER
RANG, fig. PERDRE SON RANG, (lécliûir de la place qu'on occupait dans l'estime publique :
A force de vieillir un auteur perd son rumj.
[Au Roi, sur son retour de Flandre.)
— d'un rang, en parlant d'une chose, pour signifier d'une nature :
Quoi que doive un monarque, et dût-il sa couronne,
Il doit à ses sujets encor plus qu'à personne.
Il cesse de devoir quand la dette est d'un rang
A ne point l'acquitter qu'aux dépens de leur sang. {Pomp., i, 1.)
« Une dette est trop forte, trop grande ; elle n'est pas d'un rang à ne point l'acquitter qu'aux... » remarque Voltaire.
L'auteur de l'Examen des fautes de langage dans la tragédie de Pompée a dit aussi : « On ne dit point le rang d'une dette, mais la nature d'une dette. »
Malgré ces critiques, exactes seulement pour l'usage actuel, rang , en parlant d'une chose , s'est dit d'une manière analogue à l'emploi qu'en fait Corneille :
L'authorité de ces tesmoins n'a pas à l'adventure assez de rang pour nous tenir en bride. (Mo.maigxe, Ess., i, 26.)
RANGER, fig., assujettir, captiver :
Un jour qu'il se vantoit de cette humeur étrange
A qui cliaque objet plaît, et que pas un ne range,
Et reprochoit à tous que leur peu de beauté
Lui laissait si longtemps garder sa liberté. (La Suiv., i, 1.)
C'est, au fond, la même signification que dans cette phrase : Ranger un ennemi, un peuple sous ses lois.
— RANGER sous, assujettir sous :
France ingrate, lu veux la paix,
Et pour toute reconnoissance D'avoir en tant de lieux étendu ta puissance,
Tu murmures de mes bienfaits.
Encor un lustre ou deux, et sous ses destinées J'aurais rangé le sort des têtes couronnées. [La Tois. d'or, prol-, se. ii.)