‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 173 sur 344 · REDUIRE · texte numérisé non relu

REDUIRE

— Corneille dit encore, avec une nuance différente, mais dans un sens analogue au fond :

Hélas ! si ces honneurs dont vous comÉle la reine

Jtéduiseni mon espoir e7i une attente vaine,

Si les nouveaux desseins que vous en concevez

Vous ont fait oublier ce que vous me devez. [D, Sanche, ii, 4.)

Réduire en, réduire dans, s'emploie en plusieurs acceptions qui ont de l'analogie avec celle que blâme Voltaire, et sont très-françaises, quoique omises par les dictionnaires. Ainsi, dans le sens de ramener à un certain état, à une certaine situation :

Celte femme affligée d'une longue infirmité, qui Vavohréduiie dans une extrême langueur... (Bourd., Serm. pour le xxiii^ dim. de la Peut., Désir et dégoût de la sainte comm.) — La flotte danoise éioit réduite dans la dernière misère. (Yertot, Révol. de Suède.) — La ville éioii réduite dans une grande misère à cause de la disette des vivres. (Fénelon, Les Vies des anciens philos., Bias.) — Ma santé est toujours languissante, mon tempérament a toujours été assez délicat, l'âge et les chagrins ne le fortifient pas ; c'est beaucoup que je ne sois pas rô.duiie dans un lit, où, par la situation où je' suis, je soufïrirois beaucoup. (M""^ de Maintenon, Lell., au duc de Noailles.)

Dans un sens analogue, réduire son ennemi dans les anciennes bornes, l'y ramener, l'y rejeter :

Il étoit bien résolu de ne point quitter l'Asie, qu'il n'eiitréduii son ennemi par la force des armes, ou par un traité, dans las anciennes bornes de ses États. (Ver- TOT, Révol. rom., 1. x.)

Dans le même sens :

A l'égard des plébéiens qui, par leur débauche ou leur paresse, étoient tombés dans l'indigence, ils les réduisaient daiis une classe inférieure. (Yertot, Révolut. rom., 1. VI.) — Par la peur d'être rayé de sa classe, et réduit dans la dernière, ou du moins dans une des centuries nioins honorables que la sienne. (Id., ibid.)

— SE RÉDUIRE A, descendre jusqu'ù, se contenter de :

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Olhon,

Olhon, dont les hauts faits soutiennent le grand nom,

Daigne d'un Yinius se réduire à la fille. {Othoii, i, 1.)

— SE L.\issER RÉDUIRE A l'hymen d'u.x SUJET, Consentir à l'humiliation d'épouser un sujet :

La reine d'Arménie Est due à l'héritier du roi de Bithynie, Et ne rendra jamais un cœur assez abjet Pour se lai'iser réduire à l'hymen d'un sujet. {!\iconi., i, 1.)

— RÉDUIT, part, passé, réduit entre, borné à l'enceinte de :

Je vis votre royaume entre ces murs réduit. {Rodog., ii, 3.)

REFERER. — RERIR. 259

— r.N cœuR RÉDUIT, un cœur humblement soumis :

Vivre en communauté sans querelle et sans bruit, Porter jusqu'au trépas lai cœur vraiment réduit,

C'est se rendre digne d'envie. 'Imii., i 17.)

REFERER, rapporter, faire hommage :

L'une aime les honneurs où le monde l'appelle,

Les reçoit avec joie, et court même au-devant :

L'autre m'en fait toujours un hommage fidèle,

Et sur ceux qu'on lui rend son zèle s'élevant

Me les réfère tous sans en vouloir pour elle. [Imii., m, 54.)

On a dit dans ce même sens, nullement particulier à Corneille :

Vous voulez bien que, suivant les sages maximes que vous m'avez données dans ma jeunesse, je ne me glorifie pas de .la prospérité de mes armes et que je la réfère à Dieu. [Œuv. de Louis XIY, t. m, p. 414.)

Et dans un sens analogue, en parlant des afflictions :

Ainsi vous comprenez comment vous pouvez les référer à Dieu, en y reconnoissant la volonté de Dieu, et vous y appliquant par ce motif et en cette vue, (BouRDALOUE, Instruci- sur la prud. du salui, xiii.)

REFLATTER, flatter à son tour :

Je flattois son image, elle me reflaiioii.

Je lui faisois des vœux, elle les acceptoit. {Clic, v, 4.)

REFUIR, dans le même sens, mais avec un degré d'énergie de plus que fuir :

C'est de sa pleine grâce un sacré mouvement Qui sur la chair fragile agit si puissamment, Que tout homme lui cède et se fait violence, Que tout ce qu'il abhorre, et que ce qu'il refuil, Sitôt que cette grâce entre dans la balance,

Devient tout ce qu'il aime et tout ce qu'il poursuit. Imii., ii, 12.)

Vois arriver sans trouble et supporter sans bruit

Tout ce qu'obstinément ta volonté refuU. [Ibid., u, 40.)

Et l'on s'avance mal, quand on rej'uii ma table «Pour des empêchements que chaque jour produit. Ibid., iv, 10.

C'est ainsi que la terre au retour du printemps Des grâces du soleil se défend quelque temps, De ses premiers rayons rejuit les avantages, Et pour les repousser élève cent nuages. (Sur les vicl. du roi, en 1667.)

Corneille a employé aussi ce verbe absolument :

Mais il y faut venir : c'est en vain qu'on recule,

C'est en vain qu'on rejuii, tôt ou tard on s'y brûle;

Pour libertin qu'on soit, on s'y trouve attrapé. [Mél., i, 1 )

Il est curieux de remarquer que Corneille a emprunté î'ex-

260 REFUITE. — REFUS.

pression de refuir à V Internelle consolation, cette première traduction en français, ou ce texte original de limitation de Jésus- Christ. Qu'on remarque la frappante ressemblance du passage de Corneille : C'est de sa pleine grâce, etc., avec celui-ci de Gerson, l'auteur probable de f Internelle consolation :

Et cecy n'est pas la force et vertu de l'homme, mais la grâce de Dieu, qui luy donne si tarant force qu'il puisse en la chair et fresle corps faire si grans merveilles que ce que naturellement il refuyt et a horreur, par force et ferveur d'esperit il ayme, et si ardamment entreprent. {Internelle consolacion, i, 12.)

Refuir se rencontre encore dans d'autres auteurs :

Mon ame de sa complexion refuii la menterie. (5Iont.\igne, Ess., u, 17.)

REFUITE, fig., fuite, échappatoire:

Oui, sur votre visage, et non en vos paroles.

Mais cessez de chercher ces refuiies frivoles. (MéL, i, 2.}

Cette expression s'emploie par allusion aux ruses d'une bête qu'on chasse. On a dit dans le même sens :

Nous sortîmes donc en cachette, Créqui et moi, qui me mena derrière le faubourg Saint-Germain, et puis alla quérir le marquis ; mais il fit tant de refuites que Cramail, qui parloit à Créqui de sa part, car il ne lui voulut jamais parler lui-même, l'entretint d'excuses jusqu'au soir. (Bassomp.., 3Iém., 1'^ part.) — La chicane, maîtresse des cavillations, et féconde en refuiies, veut être forcée dans ses retranchements. (Saint-Simo-n, Mém., t. vi, ch.31.) —Je demeurai donc ferme dans mes compliments et mes refuiies. (Id., ibid.. t. m, ch. 27.)— Madame la duchesse du Jlaine ne prit pas le change. Accoutumée à ses refuites, elle le suivit jusqu'à ce qu'elle Teùt atteint. (-M"'^ de Staal, Mém., t. m.)

On a dit anciennement dans un sens analogue, dans celui de moyen pour se garantir de, pour fuir :

S'est moult bien gorrez a nature De refuiies por la froidure, S'a de rapine et d'avarice Chape forrée de malice.

[Fabl. ms., n" 7218, f° 224, v% col. 2. Cité par Sainte-Palaye.)

REFUS, objet du refus ;

Je pense mieux valoir que le refus d'une autre. [La Gai. du Pal., in, 5.)

Ërixe, ma captive, Ërixe, cette reine

Qui des Gétuliens naquit la souveraine,

Eut aussi bien que moi des yeux pour ses vertus,

Et trouva de la gloire à choisir mon refus. {Soplion., i, 2.)

Est-ce vous offenser que m'ofifrir vos refus,

Et vous doit-il un cœur dont vous ne voulez plus? [Tite et Ber., m, 2.)

Elle a trop d'un amant, et si sa flamme heureuse Me renvoyoit celui dont elle ne veut plus,

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