‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 201 sur 344 · RIEN · texte numérisé non relu

RIEN

Emportoit-il rien que lu ayes veu?... (Larivey, l.es Ecoliers, \, 6.) — Si vous avez rien a me répliquer sur ce que dessus, la porte vous en est ouverte. (E. Pasqoier, I.eit., 1, 12.)

Et, si rien à présent peut troubler son bonheur,

C'est de te voir pour lui répandre tant de larmes.

(Racan, Siaiicen, Conseils à M. de Bellegarde.) Faites-moy l'honneur, s'il vous plaist, de me mander si c'est rien qui vaille, afin que si je n'y reiissis pas, je cesse d'estre poète. (Voiture, Lett., cxcvn.) — Quand un soldat se plaint de la peine qu'il a, ou un laboureur, etc., qu'on les mette sans rien faire. Pasc, Pens., p. 219.) — Je ne sache rien de plus injurieux à notre sexe que de dire qu'une femme n'est point obligée de rien apprendre. (M '« de Scudéry. he Grand Cijrus, t. X, 1. ii, p. 664.) — Dis-je rien que vous n'ayez vu? (Bourdal., Orais. fini, de Condé, i.) — A Dieu ne plaise que je diminue rie« par mon discours d'un mérite aussi rare que celui-là! (Id., ibid.) — Je défie tous les intolérants de répondre à cela rien qui contente un homme sensé. (J.-J. Rouss., Emile, i, 4.)

Je le dis à regret, excusez-moi, mesdames,

De vous fâcher en rien... (Boissy, Le Babill., se. iv.)

Quand on donne à tnen sans ne une signification négative, c'est par une ellipse que l'usage consacre, mais qu'il faut suppléer pour que la phrase puisse être analysée logiquement; ainsi dans cet exemple :

Penser à rien et ne point penser, apercevoir rien et ne point apercevoir, c'est la même chose (.Malebr., Eniret. d'un philos, chréi.),

penser à rien veut dire rigoureusement penser à quelque chose; apercevoir rien veut dire apercevoir quelque chose, c'est-à-dire exactement le contraire de la pensée de l'auteur. Pour que l'expression fût complète et rationnelle, il faudrait : ne penser à rien, «'apercevoir rien.

— RIEN, employé adverbialement, en rien, nullement :

Rien ne vous a servi, seigneur, de me nommer. [Oili , i, 2.)

Mes les entrayles ne furent rien entameez. [hisi. de Foulques Fil: Warin, Nouv. franc, du xvi« s., p. 46.)

Certes vous amez autre part,

Et voy que vous ne m'amez rien.

(EusT. Deschamps, Poés. ms., fol. 493, col. 4.)

Que nous proflite longuement vivre quant nous ne nous amendons ne peu ne rien? [L'Incern. consoL, m, 23, bibl. elz.)

Donne-moy (ce dit-il) des vertus et du bien, Car la seule vertu sans le bien ne sert rien,

Ni le bien sans vertu. (Ro\s., Odes, Au roy Henri, II« de ce nom.)

Li; FONKEUR. Je croy qu'il vauldroit mieulx garder

Voz marys en l'aage qu'ilz sont.

EK.NETTE. Ha, rien, rien. {Farce des Jemmes qui font refondre leurs wariv.)

Que je te pardonne? Rien, rien. (Larivey, Les Tromper., v, 10.) Tu viens accompagné des neuf Muses d'Homère, Mais tu n'apportes rien : rien l'on ne te révère.

(D'esternod, L'Espadon satirique, sut. i )

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