SAIN. — SAISIR
SAIN, raisonnable, en parlant d'un mouvement de l'âme, d'un sentiment :•
Un cloître désormais bornera mes desseins :
C'est là que je prendrai de-i mouvements plus sains. {La PI. Roy., v, 7.)
— SAIN, sensé, en parlant de raison :
Suis, suis dorénavant de plus saines raisons. {La PI. Roij., iv, 8.)
SAINEMENT, justement, selon la raison :
Parlez plus sainement de vos maux et des miens. {Hor„ m, 4.)
SAISIR, comme se saisir, s'emparer de, occuper :
Enyoyez des soldats à chaque coin des rues;
Saisissez l'Hippodrome avec ses avenues. {fJéracL, m, 4.)
Nous saisissons la porte, et les gardes se rendent. {Ibid., v, 7.)
Encores falut-il de ce petit nombre saisir la ville, dans laquelle il y avoit un
assez grand peuple. (D'Albigné, Hist. univ., I. iv, c. vi, 1" éd.)— Il avoit fait une
incroyable diligence pour faire le tour d'une montagne presque inaccessible,
dont les alliés avoienl saisi presque tous les passages. (Fénelon, Télém., I. xvi.)
— SAISIR quelqu'un DE QUELQUE CHOSE, le mettre en possession, lui procurer la possession de quelque chose. Corneille aimait cet emploi :
Officieux ami d'un amant déplorable,
Que tu m'offres en vain cet objet adorable !
Qu'en vain de m'en saisir ton adresse entreprend!
Ce que tu m'as donné, Doraste le surprend. {La PI. Roy., m, 4.)
Mes exemples un jour ayant fait place aux vôtres,
Ce que je vous apprends, vous l'apprendrez à d'autres;
Et ceux qu'aura ma mort saisis de mon emploi
S'instruiront contre vous, comme vous contre moi. {Sert., m, 2.)
Vous régnez en ma place, et les dieux l'ont souffert;
Je dis plus, ils vous ont saisi de ma couronne :
Je n'en murmure point, comme eux je vous la donne. {Œd., n, 1.)
Cette signification est propte au langage de la jurisprudence. Voltaire en a fait 1-a juste remarque à propos d'un autre passage ;
Sans doute il jugeroit de la sœur et du frère,
Suivant le testament du feu roi votre père.
Son hôte et son ami, qui l'en voulut saisir. {Pomp. i, 2.)
« Qui l'en voulut saisir, » dit le commentateur, est un terme de chicane. Ma partie est saisie de ce testament. On a saisi ma partie de ces pièces. »
— SE SAISIR DE..., se mettre soi-même en possession de :
Elle ne s'y fait pas, madame, un grand effort, Et feroit grâce entière à mon peu de mérite.
SAISON. 2y'J
Si votre âme avec elle étoit assez d'accord
Pour se vouloir saisir de ce qu'elle vous quitte. [Agés., \, 3.)
Vous vous saisissez par vos mains
De plus que votre récompense. [Ibid., m, 1.)
— SE SAISIR, pour être saisi :
Ne t'étonne donc point de cette jalousie,
Dont à ce froid abord mon âme s'est saisie, {Soph., ii, 2.)
On a dit d'une manière analogue :
Mon âme à ce rapport de douleur s'est saisie.
(Th. Corn., Les Engagements du hasard, v, 2.)
Le beau vous touche, et ne seriez d'humeur A vous saisir pour une baliverne.
(Racine, Épigr., sur la Judith de Boyer. ,
La dernière édition de V Académie dit que se saisir s'emploie dans le sens d'être frappé subitement, d'être touché de plaisir, pénétré de douleur, mais qu'il vieillit.
SAISON. IL n'est saison que de, suivi d'un infinitif, la circonstance ne permet que de :
Seigneur, il n'est saison que de verser des larmes. [Œd., m, 9.;
— Corneille dit aussi, il est saison de, pour il est temps de :
Adieu, je prendrai soin demain de votre affaire,
Il est saison pour vous de voir votre lingére. [Suite du Ment., iv, 7.)
Cette locution est moins particulière que la précédente.
— IL n'est pas saison de, il n'est pas temps de :
Quittez ces contre-temps de froide raillerie. D. MANR. // n'en est pas saison quand il faut qu'on vous prie. [D. Sanche, i, 4.)
— EN EST-IL SAISON? en cst-il temps?
Si vous m'aviez parlé comme vous me parlez,
Vous auriez obtenu le bien que vous voulez.
Mais en est-il saiso7i au jour d'une conquête
Qui doit faire tomber mon trône, ou votre tête? [La Tais, d'or, ui, ].)
— SAISON, avec le pluriel,, pour circonstances :
Et qui veut être juste en de telles saisons
Balance le pouvoir et non pas les raisons. (Pomp., i, 1.;
Fn de telles saisons a été critiqué comme une expression lâche et vicieuse.
Corneille a dit encore dans un sens analogue, avec le singulier :
Vous n'y pouviez venir en meilleure saison. [Méd., i, l.j
300 SALAIRE. — SANd.
Saison, pour occasion, circonstance, temps, s'est dit avant Corneille, et se rencontre assez fréquemment dans ses contemporains :
Monsieur du Plessis, j'estime qu'en nulle autre saison ny en meilleure occasion, vous ne me sçauriés faire paroistre ce que je me siiis tousjours promis de vous, qu'en celle qui se présente maintenant en l'assemblée de ceulx de la Religion. [Leii. miss, de Henri IV, t. iv, p. 780, 23 juin 1597.) — Nous continuerons tousjours en la mesme affection et bienveillance en vostre endroict que vous avés esprouvée et recogneue en nous en tant de diverses et périlleuses saisons. {Ibid., t. m, p. 780, à M^'' des églises réformées, 25 mai 1593.) — Comme tout n'est icy bas qu'une vicissitude perpétuelle, et qu'en un moment toutes les affaires peuvent avoir changé de face, il arrive que ce qui esloit bon à dire en une saison ne l'estant plus en une autre, l'esprit se trouve d'abord embarrassé à le comprendre. (St-Aman"t, La Génér., au lect.) — Ajoutez à vostre louange que vostre ame n'a jamais pu estre vaincue par les presens, et que dans une saison où l'avarice règne si souverainement, vous n'avez jamais porté la main sur le gain et sur le profit. (Du Ryer, Trad. des Quest. nal, de Sénèque, 1. iv, préf.)
SALAIRE, au pluriel, dans le sens du singulier :
Tôt où tard le mérite a ses justes salaires,
Et son prix croît souvent plus il est attendu. {Agés., m, 1.)
SALUTAIRE, subsl., en langage de l'Écriture sainte, le Sauveur, Salutare :
Élevons avec joie et nos cœurs et nos voix
Au vrai Dieu, notre Salutaire. [Trad. du Ps. xxiv.)
Rendez-moi ce divin transport Où s'élevoit ma joie en votre Salutaire. [Trad. du Fs. l.)
Afin que nous puissions connoître ici ta voie, Qu'elle y puisse régler nos pas. nos actions ; Et que ton Salutaire y répande la joie
En toutes les nations. [Trad. du Ps. lxvi.)
Ce divin Salutaire est bien près de paroître. [Trad. du Ps. lxxvi.)
Faites-nous le grand don de votre Salutaire. [Trad. du Ps. lxxxiv.)
Son divin Salutaire a paru dans le monde. [Trad. du Ps. xcvn.)
SANG. ÊTRE LE SANG DE QUELQU'UN, être de son sang, de sa race, de sa famille :
En deviendroient jaloux, s'il n'éfoi? pas leur sang. (Ândrom., prol.)
Ne me dis point qu'elle est, et mon sang, et ma sœur. [Hor., iv, 6.)
— SE FAIRE LE SANG DE QUELQU'UN, sc lier dc la plus étroite parenté à quelqu'un :
N'écoutez point pour lui ces maximes cruelles.
En épousant Pauline il s'est fait votre sang. {PoL, m, 3.'
La Harpe souligne l'expression comme singulière.
— SON s.\NG, en parlant d'un frère :
Et qu'à nos yeux Camille agit bien autrement! Son frère est votre époux, le vôtre est son amant ;
SANOLANT. — SAVANT. 301
Mais elle voit d'un œil bien diiïérciil du vôtre
Son sany dans une armée, et son amour dans l'autre. [llor., i, 1.)
SANGLANT, fig. sanglant dksksi'oik :
Qu'avec des mots si doux vous m'êtes inhumaine !
Vous me comblez de joie, et redoublez ma peine,
L'elTet d'un tel amour, hors de votre pouvoir,
Irrite d'autant plus mon saïKjlaut désespoir. {La Suiv., iv, 9.)
La métaphore est trop violente, surtout pour une comédie.
SANS. JE LE SAIS BIEN SANS VOUS, sans qu'il soit besoin que vous me le disiez :
Ne me contez point tant que mon visage est beau,
Ces discours n'ont pour moi rien du tout de nouveau,
Je le sais bien sans rioui. (La Gai. du Pal., Il, 1.)
SATISFAIRE, absol., obéir :
Commandez que son bras, nourri dans les alarmes,
Répare celte injure à la pointe des armes;
Il satisfera, sire ; et vienne qui voudra.
Attendant qu'il l'ait su, voici qui répondra. {Le Ciit, ii,7.)
— SATISFAIRE (se) DE, être satisfait de :
Les causes, comme à vous, m'en semblent fort obscures;
Je ne me satisfais d'aucunes conjectures. [Hor., i, 1.)
SAUVER SES REGARDS DE..., les détoumer de..., pour les préserver :
Il s'écrie aussitôt : Amis, fermez les yeux.
Et sauvez vos regards de ce présent des cieux. [Âridrom., v, 5.)
SAVANT, adj. savant de, qui sait, qui connaît telle chose ;
Rome l'eût laissé vivre, et sa légalité
N'eût point forcé les lois de l'hospitalité.
Savante à ses dépens de ce qu'il savoit faire.
Elle le souffroit mal auprès d'un adversaire. (iVicom , i, 5.)
Voltaire relève la répétition savante, savoit, et taxe de burhirisme la locution savante de.
La répétition est réellement fautive. Mais savant de était trèsfrançais. Corneille a pu se servir de cette locution dans la tragédie de Nicomède, comme il l'avait déjà employée dans la comédie de Mélite :
Tes protestations ne font que m'offenser;
Savante à mes dépens de leur peu de durée.
Je ne veux point en gage une foi parjurée. (Acte v, se. .'J.)
On en trouve de fréquents exemples dans les meilleurs écri-