SENSÉ. — SENTIR
— Corneille emploie encore seine?' au figuré pour signifier répandre à profusion :
Qu'elle a fait un beau choix ! jamais éclat pareil
Ne semn dans la nuit les clartés du soleil, (Méd., ii, 4.)
SENSÉ, qui a du sens, précédé de l'adverbe bien :
Apprends que les discours des filles bien sensées
Découvrent rarement le fond de leurs pensées. {MéL, m, 4.)
Sensé, jusqu'à la fin du dix-septième siècle, se trouve souvent ainsi employé avec bien, ou mieux, le mieux :
Sa réputation étoit plutôt l'effet d'une ferveur et d'une inclination indiscrète de jeunes gens que d'un consentement de personnes savantes et bien sensées. îMale- BRANCHE, Rech. de la vérité, m.) — Cette importante difficulté de la justification de laquelle leurs premiers auteurs ont fait leur fort, n'est plus à présent considérée comme capitale par les personnes les mieux sensées qu'ils aient entre eux. (Boss., Expos, de la Doctr. de l'Église, vu.)
SENTIMENT, parler de son sentiment, parler d'après, suivant son sentiment :
Vous me connoissez mal pour m'aimer de la sorte,
Et vous en partez moins de voire sentimenl,
Qu'à dessein de railler par divertissement. [L'Illus. com., m, 7,
SENTIR, entendre :
C'étoit fait de ma vie, ils me traînoient à l'eau,
Mais semant du secours ils ont craint pour leur peau,
Et jouant des talons tous deux en gens habiles,
Ils m'ont fait trébucher sur un monceau de tuiles. (.S«i7ed« )lent.,iv,l.)
On retrouve très-loin dans l'ancienne langue sentir, employé comme l'italien sentii^e, dans le sens d'entendre, de connaître, et même de voir :
Sentant la rumeur que l'en faisoit pour la fuite de son père, dont elle estoit fort dolente, et doublant la fureur du peuple, se vint getter aux piez de flelor. [Le Roman de Troïlus.) — Et se pourpensa en son cueur, avecques divers argumens, essaier s'il en porroit sentir quelque chose quant temps et lieu seroit. (Ibid.) — Et eux, sentans que le roy et son ost approchoient d'eux, ils levèrent leur siège assez hastivement. fJuv. des Urs., Hist. de Charles VI, 1383.) — Ainsi donc qu'elle le sentit monter les degrez, elle pria le premier de se cacher en la ruelle du Met, jusques à ce que ce second s'en fust allé. ;H. Estienne, Traité préparatoire à l'Apologie pour Hérodote, c. xv.)
Mais ayant beu vingt fois d'autant Nul de vous n'est jamais content, Sentant vuider son gobelet. (Id., ibid., c. xx.)
Quand Pompeius sentit Caesar approcher, il u'oza demeurer en la ville. (Amyot Vies, Cicero.) — Et luy-mesme y passa aussi, puis après, quand il sentit que Caesar estoit arrivé. (Id., ibid., J. Cœsar.) — Il y avoit deux chiens qui ne ce.s-