SENTIR
soient de crier et glappir au moindro bruit qu'ils senioient. (Du Villahs, Mém., m, 1552.) — Comme ils nous seiuireni approcher, les conseils se saisirent de quatre ou cinq des principaux séditieux. (Montluc, Comment., v.)
Cette signification se rencontre plusieurs fois chez Montaigne.
Aussytost que le duc de Mayenne et le comte Charles m'ont senly approcher d'eulx, ils se sont retirés devers Ham. {Lett. miss, de Henri IV, t. m, p. 748.) Entrons, je sens l'huys cntr'ouvert, J'apperçoy la chandelle. (St-Amant, La Nuict. )
Plus anciennement, on a de même dit ressentir pour entendre. On trouve aussi se sentir pour se voir, toujours par le même italianisme :
La seconde joie, si est quant la dame se sent richement abillée, comme dit est, et sçait bien que elle est belle 'et si elle ne l'est, si le pense-elle, et le croit ainsi), et va à plusieurs fesles, assemblées et pèlerinages, (tes quinze Joyes de vniriage, La seconde Joye.)
SENTIR, avec un nom de chose pour sujet, indiquer, trahir, respirer :
Que ces prétentions sentent les âmes basses ! (Tite et Bér., iv, 3.)
Cependant je dirai que cette retenue
Scni une âme de trouble et d'ennuis prévenue. [Sur., m. 1.)
Llle (cette prière) n'a pas l'élévation d'un docteur de l'Église, mais elle a la simplicité d'un saint, et sent assez le zèle de son siècle où, dans les hymnes, proses et autres compositions pieuses que l'on faisoit en latin, on recherchoit davantage les heureuses cadences de la rime. [Louanges de la Vierge.)
Quelque revers d'amour vous conduit en ces lieux,
N'est-il pas vrai, monsieur? et même celte aiguille
Sent assez les faveurs de quelque belle fille. [Clit., m, 5.)
Nous citons ces exemples comme vieillis. Corneille en offre d'autres, dans le même sens, qui sont plus conformes à l'usage moderne. Tel est le suivant :
Dis-moi, me trouves-lu bien fait en cavalier?
Ne vois-tu rien en moi qui sente l'écolier? [Le Ment., i, 1.,
— Dans un sens analogue, avec un nom de personne :
Quand je considère le peu de bruit qu'elle fit à son arrivée à Paris, venant d'un homme qui ne pouvoit sentir que la rudesse de son pays, et tellement in tonnu qu'il étoit avantageux d'en taire le nom; quand je me souviens, dis-je, que... [Mél.. à M. de Liancour.)
Il vint hier de Poitiers, mais il sent peu l'école. {Le Ment., ii, 1.)
— SENTIR, suivi de son. sentir son moqueur, sentir la moquerie :
Supplice imaginaire, et qui setit son moqueur. (Met., i, 8 )
SENTIR. -m
— SENTIR SON ABANDON, 611 parlant (le poésie, avoir un air négligé :
Cela se)il un peu trop son abandon, mcsséant à toute sorte de poëme. et parliculièremcnt aux dramatiques, qui ont toujours été les plus réguliers. [La Veuve, Au lecteur.)
— SENTIR SA FIN DE COMEDIE, avoir l'air d'être amené exprès pour finir la comédie :
Outre l'âge, en tous deux un peu trop refroidie,
Cela sentiroil trop sa fin de comédie. (La Gai. du Pal., v, 8.)
— SE SENTIR, suivi d'un verbe actif, avec le sens passif:
Sa vue accroît l'ardeur dont je me sens brûler. [Le Meut., ii, 4.)
Elles virent ma fille, et leurs regards à peine
Rencontrèrent les siens sur cette liumide plaine.
Que par des traits plus forts se seniant effacer,
Éblouis et confus je les vis s'abaisser. {Androm., i, 1.)
Mais il manque le comble à cet excès de joie,
Dont vous vous setitiriez encor bien mieux saisir,
Si vous voyiez qu'Ërixe en eût du déplaisir. [Soplioit., n, 5.)
Par d'inquiétants transports me sentant émouimr;
J'en connus le sujet, quand j'osai vous revoir. [Poés. div.. Élégie.)
Ce gallicisme, encore usité, l'était beaucoup plus autrefois, que sentir fût employé d'une manière active ou réfléchie :
Je crois que le tyran qui d'éternelles fiâmes Donne le chastiment ordonné pour les âmes, Quand je serois esclave au fonds de ses enfers, S'il savoit le sujet de mon impatience, Sentirait, me voyant, blesser sa conscience. S'il ne me permettoit de sortir de mes fers.
(Théoph., Sonnet pour une amanic captive.) G double desespoir dont je me sens poursuivre, Ne pouvant espérer de mourir ny de vivre !
(ScHELANDRE, Tyr Cl Sidou, 2* journ., iv, .3.)
Nous devons travailler sans cesse à nous conserver cette joie qui modère noire crainte, et à conserver cette crainte qui conserve notre joie, et selon qu'on se ■sent trop emporter vers l'une se pencher vers l'autre pour demeurer debout. (Pascal, Leit., vi, à M"»Roannez.)
Ah! je me sens saisir d'horreur! (QuiN., Phaét., i, 8.)
Mon cœur tremble, soupire et se sent déchirer. (Id., ibid., n, 4.)
Il sent soudain frapper et son cœur et ses yeux Par l'objet le plus agréable, Le plus doux et le plus aimable Qu'il eût jamais vu sous les cieux.
(Perrault, Contes en vers, Griselidis.)
L'empereur se sent émouvoir par l'émotion des autres. (M°" de Villed., .Annales
galantes, ii.) — Aussi je vous avoue que je sens déchirer mes entrailles quand on