‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 214 sur 344 · SEPULTURE · texte numérisé non relu

SEPULTURE

Sépaiatit Genseric de ce qui l'iuivironne,

Il ne s'est attaché qu'à ma seule personne. (Id., ibid., ii, 3.;

Je ne puis que gémir des abus du pouvoir,

Vous séparer d'un père, et remplir mon devoir. (J. Chén., Tib., iv, 3.)

— NE PAS sÉPARii:ft SON ESTIME, 110 pas la partager :

Ainsi Rome n'a point séparé soti estime ;

Elle eût cru faire ailleurs un choix illégitime. [Ilor., ii, 1.)

— SÉPARER A, partager entre :

Cette duplicité d'action particulière ne rompt point l'unité de la principale, mais elle gène un peu l'attention de l'auditeur, qui ne sait à laquelle s'attacher, et qui se trouve obligé de séparer aux deux ce qu'il est accoutumé de donner à une. [Exam. du ilent.)

— SÉPARÉ, part, passé ou adjectif, distinct, différent, à part:

La nature et l'amour ont leurs droits séparés. {Rod., iv, 3.)

Une dame auteur, contemporaine de Corneille, a dit comme le grand tragique, qu'elle imite souvent en prose et en vers :

La Fortune et l'Amour ont leurs droits séparés .- Où l'une veut régner, il faut que l'autre cède.

(M"" DE VlLLED., Œuv. mêl., Ëglog.)

Excellente expression qu'on s'étonne de trouver ù peine indiquée dans les dictionnaires ordinaires, quand elle a été employée de tant de manières heureuses, par un si grand nombre d'écrivains très-corrects et très-élégants, même après le dix-septième siècle :

Combien que nous soyons bien asseurez que vous estes assez advisez pour juger que c'en est chose toute séparée. [Leti. miss, de Henri /F, t. m, p. 818, 1-' juillet 1593.) — Ce sont deux questions fort séparées. (Pasc, Prov- xii.) — Tombant incessamment sur les uns ou sur les autres de ces barbares qui avoient leurs intérêts séparés, il les défit entièrement. (Fléch., TItéod., i, ix.) — Il faut donc avoir dans l'esprit que les autres sciences ont leur temps séparé, et qu'il est permis de les quitter quand on en a appris autant qu'il nous étoit nécessaire. (Nie, Ess., De la man. d'étud. chrétiennement, xxii.) — Nous regardons ceux qui la possèdent [la qualité de roi) presque comme s'ils faisoient une espèce séparée. {Rapport à l'assemblée du cleryé de 1682, l''^ part.) — Certaines vérités détachées et certains devoirs séparés. (Duguet, Instii. d'un Prince, 3« p., c. ix, art. 7.) — Ce sont en lui comme deux âmes qui ne se connoissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur tour ou leurs fonctions toutes séparées. (La Bruyère, Car., xii.) — Ces trois chauves-souris, étant de différents climats, ne sont pas de simples variétés, mais des espèces distinctes et séparées. (Buff., Hist. nul., t. xxvii, La Chauve-Souris Fer-de-lance.)

SEPULTURE, jusqu'à la sépulture, jusqu'au tombeau , jusqu'à la mort :

Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépulture.

Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature. {Nicom., ii, 3.)

3i2 SERVIR. — Sr.

Un contemporain de Corneille a dit d'une manière analogue

en ta sépulture, pour dans le tombeau.

Je ne prétends plus de bien

Ailleurs qu'e« la sépulture. (Mayxard, Ode.)

SERVIR d'un amusement a quelqu'un, n'être pour lui qu'un amusement :

Si dans votre prison vous avez fait l'amant,

Je ne vous y servais que d'un amusemeni. (Suiie du Meut., v, :i.)

— SERVIR UN MAUVAIS COMPLIMENT, faire uu mauvais compliment:

La voyant échapper, je courois après elle,

Mais un maudit galant m'est venu brusquement

Servir à la traverse un mauvais compliment. [La PI. Roy., iv, 4.}

— SERVIR quelqu'un d'un CONTE, lui faire un conte :

Je le sers aussitôt d'un conte imaginaire

Qui l'étonné lui-même, et le force à se taire. (Le Ment., i, 6.)

On a dit dans des sens analogues :

Pucele, fait-il, est-ce songes?

Or me serves vos de mençonges?

(Re.v. de Beaujeo, Li Biaus desconneus, v. 4625.} Voilà bien de misérables petites nouvelles, mais je vous sers de ce que j'ai. (M'^ DE CouRC, Lett. XV.) — J'ai donc cru enfin que les digressions feroient plus de bien à cet ouvrage que de tort, et que le lecteur qui se verroit toujours servi de quelque trait d'histoire curieuse ou de quelque réflexion de bon goût [non publiai saporis), ue regretteroit pas d'avoir perdu de vue la comète de temps en temps. (Bayle, Lett. touchant les comètes, Avert. au lecl.)

— SERVIR DE, pour signifier faire le conte de :

Non, sa parole est sûre, et vous pouvez l'en croire,

Mais il nous servit hier d'une collation

Qui partoit d'un esprit de grande invention. [Le Ment., v, 1.)

— SERVIR quelqu'un A (uu infinitif), pour signifier l'aider à :

Le patrice Aspar le servit à monter au trône. [Pulch., Au lect.)

— SERVIR d'un trophée A, être comme un trophée pour :

Dans leur sang répandu la justice étouffée

Aux crimes du vainqueur sert d'un nouveau trophée. [Le Cid, iv, 5.)

— SERVIR DE PREUVE A (uu subst.) QUE, prouvcr à... que :

Et ce choix sert de preuve à tous les courtisans

Qu'ils savent mal payer les services présents. [Le Cid., i, 3.)

SI, avec le conditionnel :

Que te sert de percer les plus secrets abîmes

Où se cache à nos sens l'immense Trinité,

Si ton intérieur, manque d'humilité.

Ne lui saurait offrir d'agréables victimes? [Imii., i, 1.)

On peut regarder le conditionnel, dans cette phrase, comme amené par une ellipse, de même, à peu près, que dans cette autre d'un écrivain très-correct :

Quoique ce ne soit pas un ouvrage sans défaut, et que les sentimens de cet auteur (Duplessis) n'aient pas toujours été suivis, il est cependant utile de le lire de suite, pour apprendre à traiter les questions avec celte clarté qui en fait le principal mérite : et si l'on y désireroit plus de solidité et ds profondeur, on peut profiter beaucoup en le lisant, au moins par rapport à la méthode et a la manière de discuter les prmcipes du droit coulumier. (D'Aguesseau , Imtructiou sur l'élude et les exercices propres à former un matjislrai.)

— SI, elliptique ;

Vous m'aimez, je l'ai su de votre propre bouche,

Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche,

Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,

Assez pour vous donner un fidèle conseil. [Suite du Ment., v, b.)

Cette ellipse, très-heureuse, se rencontre chez des auteurs de tout genre :

Ils ne sont appelez, par blâmes différens,

Si paisibles, couards, si justiciers, tyrans.

(ScHELANDRE, Tyr ei Sidon, 1" journ,, i, 2.) M. le prince avoit convié plusieurs gentilshommes à son ballet, mais ils s'en excusèrent, si par faute d'argent, ou pour autres considérations, c'est à vous à le deviner. (Malh., Leit., à Peiresc, 13 fév. 1615.) — Je ne puis dire asseurément quand je partiray d'icy, si dans un mois, dans deux, ou dans trois. (Voiture, ït'H., XXV.) — Sera le marchand vendeur tenu déclarer a l'acheteur la qualité de son vin, si de Bourgogne, si vin françois. [Ordonn. de Louis XIV, concernant la jurispr. des prév. des mardi., c. vni, art. 13.)

La forme elliptique est encore remarquable dans ces phrases de Corneille :

Je laisse au jugement de mes auditeurs, si je me suis assez bien acquitté di* ce devoir, pour justifier par là ces deux scènes. [Examen du Cid.)

Et je remets, madame, au jugement de tous

Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous,

Et si ce traitement marque une âme commune. [Le3Ient., iv, 8.)

C'est-à-dire, à décider si. C'est un latinisme. Rien de si fréquent, en latin , que de sous-entendre une proposition tout entière devant si.

— SI-, particule affirmative, dans le sens de néanmoins, cependant :

Quoi ! tu veux te sauver à l'autre bord sans moi ?

Si faut-il qu'à ton cou je passe malgré toi. [MéL, iy,6.)

Cette signification, si fréquente chez nos vieux auteurs, était

encore, au dix-septième siècle, du meilleur style, témoin cette remarque de Vaugelas :

« Si, pour si esi-ce que,

« C'est une façon de parler fort bonne et fort élégante. M. de Malherbe, mais si diruij-je en passant, pour dire, si est-ce que je dinnj en passant. >

Témoin surtout les nombreux emplois qu'on en trouve dans les écrivains de tout genre, poètes ou prosateurs :

Mes maux envenimez gagnent par tout mon corps,

Et, malgré mes efïorls, Aux remèdes humains se rendent invincibles; Et si tous ces malheurs dont je suis menacé

Ne me sont point sensibles Comme le'déplaisir de t'avoir offensé. (Racan, Ps., xxxvu.)

Mon roy voit ses villes désertes, Ses plaines d'escadrons couvertes ; La violence a tout permis, On ne voit que fer et que flâme.

Et s'il n'a point tant d'ennemis

Comme j'en porte dans mon àme. (Id., Ode.)

Je n'avois pas quinze ans lorsque je pris les armes, Lorsque j'allai chercher la mort dans les alarmes. Et si dés ce temps-là mon bras par mille exploits

Domptoit les nations, et souniettoit les rois. {Tristan, Mariamne, i,3.) •Je suis las d'écrire, mais si vous dirai-je encore que... (Malh., Leii., à Peiresc, 19 mai 1610.) — Quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils unis au moindre des hommes par quelque endroit. (Pascal, Pens., éd. Louand., ch. viii. ) — Vous avez beau faire; si faut-il ou croire, ou nier, ou douter. (Id., ibid., ch. XXV, xLviii.) — Non, non, que ces femmes infidèles et que ces hommes corrompus se couvrent, s'ils peuvent, de loutes les ombres de la nuit, et enveloppent leurs actions deshonnêles dans l'obscurité d'une intrigue impénétrable : si faut-il que Dieu les découvre un jour et qu'ils boivent la confusion, car ils en sont dignes. (Boss., Deux. strm. pour le prem. diin. de l'Aveni, i.) — Si faut-il bien pourtant trouver quelque moyen, quelque invention, quelque ruse, pour attraper notre brutal. (Mol., Le Sicilien, v.) — J'ai déjà eu querelle avec notre président, et si, il n'y a que trois jours que je suis reçu. (Dancourt. Le Retour des officiers, se. II.) — Je n'ai encore vu personne qui ne soit charmé de \otre instruction, et si j'en ai oui parler à bien des gens. (.M"' de Maintexox , Leit., au cardinal de Noailles, 2 déc. 1697.)

Et encore dans la seconde moitié du dix-huitième siècle :

Les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scrupuleuses dans les pays plus corrompus. S'aperçoit-on que les entretiens de la halle échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoule? S/ font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudroit mieux qu'une jeune fille vît cent parades qu'une seule représentation de L'Oracle. (J.-J. Rousseau, Leli. à d'Alemberi sur les spectacles.)

Ce sens est encore indiqué par la dernière édition du Dictionnaire de l'Académie comme vieilli.

— SI PEU QUE, employé comme le peu que :

Si peu que j ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte. [Pol., ni, 1.)

Mesmement que la lune était ja fort b.isse, et qu'encore si peu de clarté qu'elle lendoit etoil offusquée de tant d'armes et de tant d'hommes qui alloient et venoient. (Amyot, Vies, Nicias.) — Deussé-je perdre si pen que i'ay vaillant en ce monde, il ne tiendra pas à moi que... (Tournedu, Les Coniens, i, 5.) — Nous avions battu leurs deffenses et dressé nostre batterie si prés de leur fossé par dedans et dehors la ville avecq si peu qu,: nous avions de pièces, que nous les avions contraincts ce jourd'huy de capituler avecq nous. {Leti. miss, de Henri IV, t. iv, p. 379, au Parlement de Paris, 17 juin 1595.) —Pour moy, si peu d'apctit que mu santé me donne, je l'employé assez sensiblement, et suis bien aise qu'on ne me presse point au repas. (TheoI'h.. Frwjm. d'une liisi. com., c. v.) — Faites, monseigneur, au nom de Dieu, que le public vous ait l'obligation de si peu de fruit que mon tra\ail luy peut promettre, et, puis que vous m'avez laissé la vie, ne m'ostez point la liberté d'en user. (Id., Le(l.,kM^' le président de Bellièvre.;— La superstition, sœur germaine de cette grande crédulité, l'y plongera tout à fait, et lui ôlera si peu de jugement qui lui pouvoit rester (N.\udé, Des Coups a'Étai, c. V.) — Depuis cet échec il n'y eut plus de chef assez puissant pour réparer ni pour étayer les ruines de ce grand bâtiment ; mais seulement divers petits commandans qui étoient le jouet des Barbares, et qui consumoient si peu qu'ils avoient de forces à se supplanter les uns les autres. Mézer., Abr. de l'ilisi. de France, ann. 455.'— Il manquoit déjà beaucoup de choses à son armée; premièrement de l'eau pour boire, les ennemis ayant empoisonné si peu qu'il y en avoit de bonne. (Id., ibid., ann. 1.528 ,, - Le bon roy Louis XII l'avoil fait élever aux études dans le collège de Navarre, et bien qu'il n'y eût pris qu'une fort médiocre teinture de la langue latine, néanmoins si peu qu'il en sçq,voit luy donnoit un grand goût des sciences. (Id., ibid., ann. 1531.) — Outre que le desordre étoit dans ce grand corps faute de payement, la mort de Maximilian le Bossu qui le commandoit en chef, étant arrivée six semaines après, rompit si peu qu'il y avoit d'union entre les seigneurs du pais. (Id., ibid., 1.573.) - Tel estoit mon poète, qui, ennemy de toutes les choses bonnes, critiquoit aveuglement si peu de bon que je faisois paroistre en cette cour. (Dassùucy, Avaniuies d'Italie, c. xi. ) — On se réjouit de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeunes, plus d'austérités , si peu de soin que nous avons peut-être apporté durant ce carême à réprimer le désordre de nos appétits, nous nous en relâcherons tout à fait. (Boss., Prem. serm. pour le 'jour de Pâques, i.)

— OU SI, formule interrogative :

Justes cieux ! me trompé-je encore à l'apparence,

Ou si je vois enfin mon unique espérance? [Le Cid, ni, 5.)

Avez-vous oublié que vous parlez à moi?

Ou si vous présumez être déjà mon roi? [Rodog., iv, 3.)

Vous en a-t-il prié? dites, ou si l'envie... [Olli., n, 5.)

Tombé-je dans l'erreur, ou si j'en vais sortir? [HéracL, iv, 4.)

« Il faut, dit Voltaire, « ou bien vais-je en sortir? » Ce si s'employait autrefois par abus en sous-entendant, je demande, ou dis-moi, « si j'en vais sortir; » mais c'est une faute contre la langue : il n'y a qu'un cas où ce si est admis, c'est en interrogation : Si je parle? Si j'obéis ? Si je commets ce crime ? on sousentend, qu'arrivera-t-il? qu'en penserez-vous 1* etc. Mais alors il ne faut pas faire précéder ce si par une autre figure; il ne faut pas dire : « Parlé-je à un sage, » ou « si je parle à un courtisan? »

Page 1