‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 213 sur 344 · SÉPARER · texte numérisé non relu

SÉPARER

vient m'annoncer que quelques malades dans une paroisse sont morts sans secours par la faute et la négligence du curé. (Mass., Disc, syiwd., xix.)

.Mon cœur se seul flatter de Tespoir le plus doux-

(Danchkt, Les Fêtes véniiiemies, 2" entrée, se iv.)

A ce hardi discours aucun n'osait répondre;

Par des traits trop puissants ils se sentaieni confondre.

[Volt., La Henriude, vi,)

De ses plaintifs accents je me sens aiiendrir. (Id., Le Triumv , n, 4.)

Je me sens ayiler. ^Favart, La Rosière de Salencij, ii, 6.)

Le même gallicisme se produit avec d'autres verbes ; par exemple ,

Avec laisser :

Dieu ayant fait un certain genre de créatures, les laisse se gouverner ellesmêmes sans s'en mêler ; on pourroit dire encore que les ayant créées, il les laisse se conserver; et qu'ayant fait la matière, il la laisse mouvoir et arranger au gré de quelque autre (Boss., Du libre arbitre, c. m.) — J'y puis trouver le même désir de gloire que dans le plus grand des Romains, mais des moyens plus équitables pour l'acquérir. J'y vois la rapidité des conquêtes de l'un et de l'autre, mais beaucoup plus de modération pour les laisser borner par la justice. (Huet, Disc, de récepi. à l'Âcad.)

Avec mener :

On te mène égorger, innocente victime. (Tristan. Mariamne, iv, 4,',

Ah! s'écria la bûcheronne, pourrois-tu bien toi-même mener perdre tes enfants? (Perrault, Contes, Le Petit-Poucet.)

Dans tous ces différents exemples, la signification passive est incontestablement au fond de la pensée, bien que l'expression soit active. (Lire l'article VOIR.)

SÉPARER, v. a. séparer de soi, avec un nom de pers., éloigner de soi, laisser aller loin de soi :

Joignez à ces raisons qu'un père un peu sur l'âge,

Dont ma seule présence adoucit le veuvage.

Ne sauroit se résoudre à séparer de lui

De ses débiles ans l'espérance et l'appui. (.Ued., ii,6.)

— SÉPARER DE, faire une distinction entre :

Ma haine avoit le choix ; mais cette haine enfin

Sépare son vainqueur d'arec son assassin. [Pomp., iv, 4.)

< )ii a dit après Corneille, et probablement à son imitation :

Elle sait qu'en ces lieux on vous voit chaque jour Auprès de Genseric presser notre retour ; Et, séparant en vous l'innocence du crime. Loin de vous mépriser, prince, elle vous estime.

(M"' Deshoul., Genser.. i, 3.)

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