TACHE. — TACHER
Surtout, suivez ma tablature, Gardez toujours la bourse, et donnez à mesure.
(Th. Corn., Le Baron d'Albikrac, i, 5.)
— DONNER TABLATURE, comme donner de la tablature, causer de la peine, du souci, et, particulièrement ici, mettre en cervelle, donner martel en tête :
Je suis auprès de vous en fort bonne posture
De passer pour un homme à donner tablature. (Le Ment., i, 1.)
La locution donner de la tablature se trouve encore variée de diverses manières, comme celles-ci :
C'étoit une petite personne dont la garde m'auroh donné bien de la lablature à Alcaraz, où les jeunes cavaliers sont vifs et galants. [Le S.\ge, Le Bacliel. de Salant., vi, 8.)
TACHE, en parlant d'une chose qui souille l'honneur, avec le plur. :
Mon honneur souiïriroit des taches éternelles
A craindre encor de perdre une telle amitié. [La Veuve, iv, 3.)
TACHER A, comme tâcher de :
Quiconque après sa perte aspire à se sauver,
Est indigne du jour qu'il idclte à conserver. (Cin., iv, 5.)
Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais,
Et tâche à m'empècher de.sortir du palais. (Pol-, i, 1.)
Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle ;
Tâche à la consoler. {Ibid., v, 4.)
Ne me reprochez plus que par mes cruautés
Je tâche à conserver mes tristes dignités. {Ibid., se. 6.)
Et d'un tel contre-temps il fait tout ce qu'il fait,
Que quand il tdche à plaire, il offense en effet. [Le Ment.., i, 1.)
Je lâche avec respect à vous faire connoîlre
Les forces d'un amour que vous avez fait naître. (Rodog., iv, 3.)
Simple, ne prétends pas sur cet espoir frivole.
Que je lâche à te rendre un cœur que je te vule. {Penh., ii, 2.)
Et mon ambition qui lâche à te gagner
Ne cherche en ton hymen que le droit de régner. {/bid.)
C'est à vous qu'il me donne.
Et nie fait la justice, en m'enlevant mon bien,
De vouloir que je lâche à m'enrichir du sien. iTiie et Bér., m, 1.)
Pour apaiser le père, offre le cœur au tils, Et tâche à racheter ce cher père à ce prix. {Héracl., m, 3.)
On a dit, comme Corneille :
Le cœur tout haletant, en vain elle lâchoit
A modérer l'ardeur du feu qu'elle cachoit. (Racan, Les Berg.. u\ 2.)
Percé des premiers coups, Théodat, mais trop tard,
Tâche de l'un des deux à saisir le poignard. (T. Corn., Théodat, v, 2.)
TAILLER. — TANDLS. {37
Elle lâche à couvrir d'un faux voile de prude
Ce que chez elle on voit d'affreuse solitude. (Molière, Le Mis., m, 3.) J'appelle récompense abondante une récompense qui surpasse, du moins qui égale les services par où l'on s'en est rendu ou l'on a lâché à s'en rendre digne. (BouRDALOL'E, Scrm. pour la Toussaint, u.) — Tâchons du moins, pour notre consolation, à deviner ce que nous pourrons de ce monde-là. (Fontenelle, De la Pluraliié des viandes, iii« soir.)
Aujourd'hui, tâcher à ne s'emploie plus, du moins n'est plus indiqué dans les dictionnaires, qu'avec la signification àeviser à.
Du reste, Corneille, comme les écrivains de son temps, dit
aussi tâcher de :
Il espère de la générosité de Votre Éminence qu'elle ne dédaignera pas de lui conserver cette seconde vie que j'ai lâché de lui redonner. [Pompée, Au card. Mazarin.) — i'ai tâché de suivre ce grand homme dans le reste, et de prendre son caractère quarfd son exemple m'a manqué. [Ibid., Au lecteur.}
As-tu vu Bérénice, aime-t-elle mon frère,
Et se plaît-elle à voir qu'il tâche de lui plaire? [Tiie et Bér., v, 1.)
TAILLER UNE MATIÈRE, parler d'une chose à tort et à travers:
Voilà fort plaisamment tailler celte matière.
Et donner à ta langue une libre carrière. [La PL Hutj., i, 1.)
TAIRE. SE TAïKE DE QUELQUE CHOSE, Ic passcr sous silciice :
On parle d'eaux, de Tibre, et l'on se tait du reste. [CAn-, iv, 4.)
Quand vous me demanderez mon amitié avec des termes plus civils, j'ai assez de bonté pour ne vous la refuser pas, et me taire des défauts de votre esprit que vous étalez dans vos livres. [Leii. apologétique.)
Locution excellente qu'on n'aurait pas dû laisser tomber, et dont on rencontre de nombreux exemples avant et après Corneille :
Taisez-vous ■ en , et je m'en tairai aussi pour vostre honneur. (Froissaiit, Cron.) — Chacun s'en tul. (Commines, Cron. de Loys XI.) — Je me tais de tous, mais que du faucon. Modus et racio, vas., f° 108, r".) — J'aime mieux m'en taire que d'en dire trop peu. (Sat. !\Ién.] — Je me lais de cent choses excellentes qui font parier toutes les bouches. [Dernier Recueil de diverses Poésies du sieur de Saint-Amant, Épistre.) — Je ne puis pourtant me taire de la naissance d'un Ordre que Dieu luimême a si glorieusement institué. (Patru, Plaid., m.) — Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui. (La Font., Fab., Le Geai paré des plumes du Paon.)
On trouve aussi avec un infinitif, au lieu du substantif:
Hélas ! de bien aimer me vante,
Et de bien estre aimé me tais. [Poésie du Xll^ siècle-]
TANDIS, cependant, pendant ce temps :
clitandre. Je brûle, et le bonheur de vaincre ses froideurs,
Je ne le veux devoir qu'à mes vives ardeurs,
Je ne la veux gagner qu'à force de services. FLORiDAN. Tandis tu veux donc vivre en d'éternels supplices ?