‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 237 sur 344 · TENDRE. — TENDRESSE · texte numérisé non relu

TENDRE. — TENDRESSE

Cette locution se rencontre encore, en style familier, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle :

Mon cher ami, vous avez ramené le beau temps à Dijon; ramenez-y tout d'un temps l'indulgence et l'équité. (Volt., Lelt. inéd., à M. le M" de Florian, 16 juill. 1777.)

TENDRE, adj., attendrissant :

Qui ne seroit touché d'un si icndre spectacle?

De pareils changements ne vont point sans miracle. {Pol., v, 6.)

TENDRESSE, au plur., pour signifier la qualité de ce qui est tendre, et marquer en même temps les manifestations de cette qualité :

Le style n'en est pas si fort ni si majestueux que celui de Cinna et de Pompée, mais il a quelque chose de plus tnuchant. et les tendresses de l'amour humain y font un si agréable mélange avec la fermeté du divin, que sa représentation a satisfait tout ensemble les dévots et les gens du monde. [Exam. de Pol.]

On n'emploie plus aujourd'hui tendresse au pluriel que pour signifier caresses, témoignages de tendresse, d'affection vive. Outre le sens qui fait l'objet de cet article, et qui est très-rare, le dix-septième siècle se servait très-fréquemment de tendresse, au pluriel, pour exprimer la passion de l'amour :

Comme à traiter cette alliance, Les tendresses des cœurs n'eurent aucune part,

Le vôtre avec le mien a peu d'intelligence. (Atjés., i, 1.)

Si vous voulez, Seigneur, rappeler mes tendresses, Il me faut des effets, et non pas des promesses. [Sur., ii, 3.)

Tu sais combien de fois ses jalouses tendresses

Ont pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses. (Racine, Mithr., i, 1.) Ah ! leur pouvoir se joue avec trop de rigueur

Des tendresses de notre cœur! (Mol., Psyché, u, 1.)

Quoi, vous me flattez, ma cousine, et vous ne voulez pas que j'aie les dernières tendresses pour xoas? (Bussy, Mém., Lett. à M"^ de Sévigné, 30 juillet 1654.'

Cet emploi se retrouve, quoique rarement, au dix-huitième et au dix-neuvième siècle :

Mais, ô dieux ! quel devoir barbare

A mes tendresses le ravil? (M"«DuFBÉNOY,£'/^9.,Journ.d'uneamante.)

— TENDRESSE sc disait de même au pluriel pour exprimer une affection très-vive autre que l'amour :

D'un amour paternel vous flattez les tendresses;

Mon fils n'est point de rang à porter ces richesses. [L'illus. com., i, 2.)

J'aimois cet enfant avec des tendresses infinies. (M""^ Scarron, Lett., à M"" Fou-

quet, 4 sept, 1659.) — Peut-être que nous la verrons un jour rentrer d'elle-même

dans les voies de la nature, et reprendre ces tendresses, ces affections autrefois si

violentes, et qu'un zèle ou un dopil inconsidérc a. ce semble, comme étouffées, (Patru, Plaidoyers, il.) — Un prince cliassé de son pays par ses sujets a des tendresses extrêmes pour ceux qui lui denn'urent fidèles dans la révolte publique. (Pascal, Leti., à M""= de Roannez, éd. Louandie.^ — Quelles couleurs assez vives pourroient vous représenter et la constance du père, et les extrêmes douleurs du fils? d'abord le visage en pleurs avec plus de sanglots que de paroles, tantôt la bouche collée sur ces mains victorieuses et maintenant défaillantes, tantôt se jetant entre ces bras et ce sein paternel, il semble, par tant d'efforts, vouloir retenir ce cher objet de ses respects et de ses tendresses. fBoss., Oraison funèbre de Condé.)

Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses

Sa baine sait cacber ses trompeuses adresses. 'Rac, Miihr., i, 5.)

On doit encore relever dans Corneille l'expression de tendresses d'amour :

Vous n'y trouverez ni tendresses d'amour, ni emportements de passions, ni descriptions pompeuses, ni narrations pathétiques. [Exam. de Serioriiis.)

TENIR A , regarder comme :

LA NOURRICE. Plaisante illusion !

CLiTON. Mais funeste à ma tête,

Sur qui se déchargeoit une telle tempête,

Que je tiens maintenant à miracle évident

Qu'il me soit demeuré dans la bouche une dent. [Mél., \, 1.)

Mais si tu ne les perds (tes pas et tes discours', je le tiens â miracle.

[La Veuve, n, 1.) Et, dans ce haut degré de puissance et d'honneur, Les plus grands y tiendront votre amour à bonheur. L'amour même d'un roi me seroit importune, S'il falloit la te7tir à si haute fortune. (Suii

Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre. Si l'attentat du Nil affranchissoit le Tibre. Il a tenu toujours vos ordres d bonheur. Me le permettez-vous, madame? Et puis-je croire Que vous tiendrez enfin ma flamme à quelque gloire? Il tiendrait à faveur et bien haute et bien rare, De le savoir, madame^ avant qu'il se sépare. Il n'est pas naturel de craindre et fuir l'honneur, De tenir le mépris à souverain bonheur.

Qui tient les mépris à bonheur.

Aussi veux-je tetiir à faveur souveraine D'avoir peu de ces dons qui brillent au dehors. {Ibid., m, 92.)

Le poëte dit d'une manière qui paraît plus particulière :

Mais je tiendrais à crime une telle pensée. [HérucL, ii, 7.)

Selon Voltaire, tenù^ à crime n'est pas français. Cependant, dans toutes ces phrases, la signification est la même, et l'analogie est parfaitement observée. La dernière édition de l'Aca-

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