Tome ingrate, inhumaine, inflexihle, chrétienne
Madame, elle est mon choix, et sa gloire est la mienne. (Théod-, m, .5.)
Juge par là combien ce conte est ridicule. CRISPE. Tout ridicule, il plaît; et le peuple est crédule. 'Uéracl., i, 1.)
Cette signification a été, dans le Lexique de Molière, l'objet de développements que nous croyons inutile de répéter ici.
— TOUT, avec le pluriel, sans être précédé de l'article :
J'ai vu quatre prononciations différentes dans nos /, et trois dans nos e, et j'ai cherché les moyens d'en ôter toutes ambiguïtés, ou par des caractères différents, ou par des régies générales, avec quelques exceptions.
(Préf. de : Le Tliéàire de P. Corn., édit. de 1682.)
Tournure longtemps trop habituelle et trop connue, pour qu'il soit besoin d'en produire des exemples.
— TOUT, accordé, devant un adjectif ou un participe passé, au lieu d'être employé comme adverbe et invariable :
J'en croyois ses regards, qui tous remplis d'amour
Étoient de la partie en un si lâche tour. {MéL, iif, 3.)
Il ne faut que partir, j'ai des chevaux tous prêts
Et vous pourrez bientôt vous moquer des arrêts. {L'Illus., iv, 6.)
Un excès de plaisir nous rend tous languissants; , Et, quand il surprend l'âme, il accable Les sens. {Le Cid, iv, 3.)
Les dieux qui, tous rois que nous sommes, Punissent nos forfaits, ainsi que ceux des hommes. {Androm., i, 2.)
Souvent ceux que tu vois par leur vertu sublime Mériter notre amour, emporter notre estime. Tous parfaits qu'on les croit, sont le plus en danger. {Imit., i, 20.)
Que les mauvais désirs demeurent tous puissants. lùid., iv, 7.]
Je t'offre tous entiers et mon corps et mon âme. Jbid., iv, 9.)
On trouve, depuis les temps anciens de la langue jusqu'à la fin du dix-septième siècle, des exemples nombreux de tout accordé; dans ce cas il a la valeur d'un adverbe, et équivaut à tout à fait:
Et Bertran avoit bien xvi. ans tous accomplis.
(CuvELiER, La Vit vaill. Dert. Du Guesclin, v. 318.; En remémorant que tous nudz Hz sont de la terre venuz.
(Gringore, Les Folles entreprises, Bibl. elzev., p. 71.) Plusieurs furent jettez tous vifz du hault en bas.
(J. Marot, Voy. de Venise, La Prinse du chasteau de Pasquiere.) Et tous sages qu'ils sont, font les fautes plus lourdes. (Régnier, Sat., x.) Il y périt trois légions toutes entières. (Mézeray, Hist. de France av. Clovis, i, 14.) — Les tremblemens de terre très fréquens dans les provinces de l'Orient et en Italie, renversoient, abîmoient des villes toutes entières. (Id., ibid., ii, 13.) — Mais ici la sagesse nou? découvre des vérités toutes opposées à ces premières erreurs. (Mass., Serm. pour le jour de ]\oët, i.) — Jusques ici je me suis livré à des chagrins et à des tristesses toutes humaines. (Id., Serm. pour le 2= dim. de CAv., sur les afflict., 111.) — Des événements presque tous naturels. (Id., Serm. pour le jour de rincarn., m.) — ... Par des idées toutes humaines de sa bonté. Id., ibid.) — Tes erreurs, toutes exécrables qu'elles sont, ont trompé de fort grands hommes. (Pell., Réflex. sur les différ. de la religion, Introduct., sect. vui. ) — On fut contraint de faire régner la justice, par le moyen de la force, et de prendre souvent les armes contre des particuliers, et quelquefois contre des nations toutes entières. (Id., Paraphr. des Instit. de Justin., 1. i, tit. ii, 2.) — Quelles répugnances n'a-t-on pas à se surmonter dans les choses d'ailleurs les plus faciles, dés qu'elles choquent nos principes et qu'elles combattent nos préjugés? Quels efforts ne nous en coùtet-il pas, et quelles violences n'avons-nous pas à nous faire quand, malgré nous, toutes opposées qu'elles sont à nos vues, nous nous réduisons à les embrasser de bonne foi? (Bolrdaloce, Serm. pour le 3* dim. après la Peniec., i.) — Ils respectent et craignent ces lois toutes inconnues qu'elles leur sont. (Malebr. , Convers. clirét-, IX.) — C'est lui qui a inventé la machine à transporter de gros arbres tous entiers sans les endommager. (Fonten., Ëlog. des Acad., Sébastien.)
Cependant Vaugelas avait formulé la règle que l'on suit aujourd'hui; mais il y eut partage entre les écrivains : les uns l'adoptèrent, les autres s'en tinrent à la pratique ancienne de faire généralement accorder tout, eu lui donnant le sens de totiis, tout entier. Ménage prit parti pour ces derniers, et dans ses Observations sur la langue françoise (i, 1 4), il combattit ainsi la théorie de l'auteur des Remarques :
« S'il faut dire^ ils sont tout étonnés, ou ils sont tous étonnés. C'est une faute, dit M. de Vaugelas, que presque tout le monde fait, de dire tous, au lieu de tout. Par exemple, il faut dire : ils sont tout étonnés, et non pas, tous étonnés; parce que tout en cet endroit n'est pas un nom , mais un adverbe, et par conséquent indéclinable- De toutes les remarques de M. de Vaugelas, il n'y en a point qui ait reçu plus d'approbation que celle-ci. Elle a été admirée dans les provinces; elle a été
citée mille fois dans l'Académie; elle a été copiée'par Dupleix dans le livre qu'il a fait de la langue françoise; elle a été suivie jiat M. d'Andilly dans tous ses ouvrages, et par M. de Balzac en cet endroit d'une de ses lettres, qui est la âT» du livre xwii ; A la fin, après dix mois lottl eniiers de délais et de remises. Cependant, elle est trés-fausse; et il est sans doute qu'on peut fort bien dire, dans le sens de M. de Vaugclas : ils sont tous étonnés. En voici les raisons : Premièrement, c'est ainsi qu'on a toujours parlé. Marot en ses Ëtrennes :
Un jour Vénus son Adonis suivoit
Parmy jardins, pleins d'épines et branches.
Les pieds tous nus, et les deux bras sans raanebes.
Et dans sa traduction de la première Ëglogue de Virgile :
Doneque plutôt cers légers et cornus Vivront en l'air, et les poissons tous nus Seront laissés de leurs fleuves taris.
Et ensuite :
Finalement viendront tous égarés Vers les Anglois du monde séparés.
Et dans son Épître à François I", du temps de son exil à Ferrare :
0 pauvres gens, de savoir tous étiques !
Montaigne, au chapitre des noms : je sais bon gré à Jacques Amyoi d'avoir laissé dans le cours d'une oraison française les noms latins tous entiers. M. Corneille, dans le Cid :
Et tous honteux d'avoir tant balancé , Ne soyons plus en peine.
M. de Saint-Amant, dans son Élégie à Pfiyllis :
Ces lieux, de vos regards tous gais, tous embellis^ Sembloient dire à nos yeux, nous avons vu Phyllis.
J'ai dit aussi dans mon idylle du Pécheur ;
A l'éclat de ses yeux les rochers d'alentour
Tous durs, tous froids qu'ils sont^ furent touchés d'amour.
Et je ne puis comprendre pourquoi M. de Vaugelas, qui fait profession, et avec raison, de déférer absolument à l'usage, a voulu en cette occasion s'opposer à un usage qui, de sa propre confession, est presque universel. D'ailleurs, il est constant, et M. de Vaugelas en demeure aussi d'accord, que tout, en l'exemple allégué, ils sont tout étonnés, se décline au féminin, et qu'on dit: elles sont toutes étonnées; ce qui fait voir qu'on peut aussi le décliner au masculin, et je crois même qu'il seroit mieux de le décliner ; car, pourquoi cette différence du masculin et du féminin? Tout n'est donc pas là un adverbe, comme le prétend M. Vaugelas, mais un de ces noms qui tiennent lieu d'adverbes. Ils sont tous étonnés, c'est ce qu'on diroit en latin toti stupeni; et c'est du latin que nous avons emprunté cette façon de parler. Térence a dit de même: toius iremo. horreoque, posiquàrn uspexi tianc; lotus displiceo mihi. Et Plante : totus doleo, totus gaudeo, totus iimeo. A l'égard du passage de M. de Balzac : après dix mois tout entiers, c'est ce que nous dirions en latin : totis decem solidis mensibus. Sex ego te totos hos menses quietum reddam, a dit élégamment Térence. Ce qui fait voir aussi qu'il seroit mieux de dire : après dix. mois tous eniiers. Et je crois même qu'après dix mois tout entiers est très-mal dit. Pour ce qui est des exemples suivants, qu'allègue M. de Vaugelas : ils sont tout mitres que vous ne les avez vus. Les derni'eres figues que vous m'envoyâtes étoient tout
aunes que tes premières, ils n'ont rien de commun avec le précédent, ils sont tous étonnés, tout en ceux-là étant sans contredit adverbe, et par conséquent indéclinable. Toui autres, c'est ce que les Latins diroient : omnino alii. Mais ce n'est, ajoute M. de Vaugelas, qu'avec autres, féminin pluriel, qu'il faut dire: tout; car, avec autre, singulier du même genre, il faut dire toute, comme :j'ai vu l'étoffe que vous dites, elle est toute autre que celle-ci. M. de Vaugelas se trompe encore en cet endroit; car on dit aussi : elle est toute semblable, et non pas : elle est tout semblable. Mais toute, en ces endroits, signifie ex omni parle. Elle est toute autre, elle est toute semblable, c'est ce qu'on diroit en latin : omnino atia, pcnitus diversa, ex omni parte similis. M. de Vaugelas se trompe une troisième fois, en ce qu'il assure qu'il n'y a que ce seul mot, autres, féminin, qui soit excepté de sa règle, et que partout ailleurs, tant au singulier qu'au pluriel, il faut que l'adverbe tout, lorsqu'il se trouve avec un adjectif féminin, se change en l'adjectif (o!//e et toutes, comme: elle est toute telle qu'elle était; elles sont toutes telles que vous les avez vues ; car il est certain que tout, accompagné d'un adjectif féminin, se met encore avec aussi. On dit : Ces fleurs sojii tout aussi fraîches, tout aussi belles que le jour quelles furent cueillies. On le met encore en cet exemple : elles seront tout étonnées que telle chose arrivera.
Tout, adv., et invariable devant autres, se trouve longtemps avant Vaugelas :
Demosthenes mesme les trouva tout autres. (Amyot, Vies, Démosth.)
D'ailleurs, tous les grammairiens se rangèrent bientôt à l'avis de Vaugelas , comme fit le P. Chifflet , qui déclara que « tmit , quand il est adverbe, est indéclinable, étant mis avec des noms masculins. » Il ajoute :
« Avec les noms féminins, on dit toutes. Elles furent toutes étonnées. Excepté avec ce mot, autres, comme : elles sont tout autres que vous ne dites. Mais au singulier, vous direz : Elle est toute autre que vous ne dites. > (Chifflet, IS'ouv. et parf. gramm. franc., éd. 1706, p. 117.)
Aujourd'hui, c'est seulement devant les adjectifs féminins commençant par une consonne que tout, employé avec la signification adverbiale, s'accorde.
— TOUT, adv., tout à fait, très :
La réflexion des lumières sur ce bronze en fait sortir un jour tout extraordinaire. [Androm., Décor, du 5* acte.) — Que celui qui souffre et est persécuté ne soit ni tout méchant ni tout vertueux , mais un homme plus vertueux que méchant. (Le Cid, Avert.J
Seigneur, il est tout vrai, j'aime en votre palais. (Œd., i, 12.)
Phinée, il est tout vrai, je l'expose à regret. (Androm., i, 2.)
De tout loin je vous ai reconnue. [La Gai. du Pal. Eoy., iv, 13.)
Ce dernier emploi est particulier, tout se trouvant placé devant un adverbe.
— DU TOUT, tout à fait :
Elle est de fort bon lieu, mon père, et pour son bien,
S'il n'est du tout si grand que votre humeur souhaite... {Le Ment.,\\, 5.i