‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 302 sur 344 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

Cette locution est citée sans observation dans plusieurs dictionnaires; si nous la répétons, c'est surtout pour avoir l'occasion de donner l'étymologie et d'expliquer le vrai sens du mot avis. On lit, dans le prétendu Dictionnaire national, signé du nom de M. Besclierelle :

« Avis, s. m. (Pr. a-rt et z devant une voyelle ou un h aspiré; et. lat. barb. advisare, voir; d'autres le font venir de l'italien aviso, opinion.) Ce qu'on a vu et qu'on a aperçu dans l'examen d'une question. Ce mot est aujourd'hui inusité dans cette acception. ;>

Le bas latin n'était pas nécessaire ici, et il fallait remonter plus haut que l'italien, qui, contrairement à une opinion encore trop répandue, est d'une formation bien postérieure au français.

Le mot avis vient de la préposition à, et du vieux mot français vis, signifiant vue, apparence, ce qu'on voit, ou ce qu'on croit voir. On a dit : Cette chose était à vis à l'assemblée, cou ert a vis à Vassanlée, mot à mot : cette chose était à vue à l'assemblée, elle croyait la voir, etc.

Quant li rois vint, ço fu à vis Que tôt en branlast le pais.

(Ren. de Beaujeu, Li Biaus Desconneus, v. 5845, éd. Hipp.) Et les ondes de la mer emportèrent la nef si haut que avis estoil qu'elle fust as nues et puis rechéoit aval. {Cliroii. de Rains. c. vu.) — Et assemblèrent si grant ost qu'avis estoit que toute la terre deust croller dessous aus. ( Ibid., c. xx.) — Et monstre Ion encore la fontaine auprès de laquelle il luy fui advis qu'il veit le satyre. (Amyot^ Vies, Alex, le Grand.)

Cette locution, appliquée d'abord aux choses matérielles, s'est étendue ensuite aux choses morales ; bientôt, de deux mots l'on n'en a fait qu'un, et l'on a employé avis pour signifier la vue, l'idée qu'on avait d'une chose; d'où les acceptions modernes.

A l'appui de l'étymologie certaine que nous avons présentée, nous ajouterons qu'on disait : il lui est vis, vis li est; ce leur estoit vis, cou lor ert vis, comme ce lui est avis, etc., pour signifier il lui semble, il leur semblait; quelquefois les deux formes se rencontraient dans la même phrase :

Cou en a vis à l'assanlée.

Que la maisons soit alumée :

La terre tranle, vis lor fu :

De la paor sont tout kaii.

(Floire et Blanceflor, édit. Du Mer., Append., v. 93.) Vis il csi que la veie aloingne.

(Re.n. de Beaujeu, Li Biaus Desconneus, v. 3881, édit. llipp.

AYE. — BRTCOLE. 445

Tantost com il voloit souffler, Faisoit le palais alumer :

Cou lor en vis que cou faisoit.

[Floire Cl Blauceflor, éd. Du Mer,, Append., v. 35.)

AYE, pour ait, troisième personne du singulier du subjonctif.

Ajouter :

Cette forme était en usage au seizième siècle :

Je ne trouve point que ceste couslume aye esté pratiquée par les successeurs de Pépin. (Falcheï, De l'Orig. des dUjnU. et magistr. de France, i,4,)

BAIGNER (se) a, pour se baigner dans.

Ajouter :

. On a dit aussi à l'actif:

Ja ne verras le vespre ne le soleil coucier

Que ou sanc de tes plaies porras ton cors baignier, [Fierabras, v. 430.)

BRICOLE, s. f., fig., dans le sens de supercherie, ruse, une MÉCHAME BRICOLE, uuc mauvaisc supercherie :

Tenir à demi sa parole

C'est ime méchanie bricole. {Poés. div., Bagatelle.)

Les dictionnaires usuels indiquent comme locutions peu usitées : « — Joue7' de bricole, n aller que par bricole, user de voies détournées. Cet homme m'a Joué une bricole, m'a dupé, m'a fait un conte. Je me défie de ses bricoles, de ses ruses, de ses supercheries. — De bricole, loc. adv. D'une manière détournée , indirecte : Il agit toujouî^s de bricole. »

L'emploi de cette expression, dans le sens sus-indiqué, était autrefois beaucoup plus fréquent et plus varié :

Je ne veux pas m'amuser à ces bricoles de discours; je diray seulement ce qui me viendra à la bouche. (C" de Cramail, Com. des Prov., lu, 1.) — La princesse de Guémenée attrapa le tabouret par les bricoles des particuliers et du Val-de- Gràce. (St-Simon, Mém., t. ii, ch. ]-2.)

416 BROULLLER. — CAJOLER.

BROUILLER, dans le sens de griffonner, écrire, composer à la hâte.

A l'exemple de Ronsard, ajouter celui-ci :

Contreint, ne brouille que des vers

Qui sentent l'air d'un poiitastre, (Tahcreau, Poés., à J. de Coyttier.)

BUTTE, fig., ÊTRE LA BUTTE DE, commc on dit, être en butte à : Avant l'exemple de Perrault, cité dans le Lexique, ajouter : On a dit de même avant et après Corneille :

Et nioy, répliqua Célidée, je me plains, grande njmphe, à'estre la butte des importunitez de tous les deux. (D'Urfé, l'Àsirée, n, 1.) — Je suis la butte de l'ingratitude et de la mesconnoissance. (Id., Ibid., n, 2.)

CADÉDIOU, espèce de jurement gascon, par le cap, ou le chef de Dieu :

Cadédiou, ses valets feroient quelque insolence. (L'Illus. com., m, 4.)

Cadédiou, comme cadédis, dont la signification est la même, est un juron qu'on rencontre bien souvent dans nos anciennes comédies où figurent des Gascons.

CAJOLER, abs. c.\joler avec, user de cajoleries envers :

Et je m'assure aussi tellement en ta foi,

Que bien que tout le jour il cajole avec toi,

Mon esprit te conserve une amitié si pure,

Que sans être jaloux je le vois et l'endure. [La Suiv., ii, 8.)

Cajoler, employé absolument, n'est pas indiqué par les dictionnaires, mais se rencontre assez fréquemment dans les auteurs :

Il danse bien, il joue bien à toutes sortes de jeux, il s'habille bien, il chante bien, il cajole bien, il a bonne mine. (S. Franc, de Sales, Introd. à la vie dévole.) — Cajoler tout le soir et fort tard, se lever à huit ou neuf heures, fréquenter les compaj^nies, parler beaucoup, jouer, rire, folâtrer, passer le tempS; c'est le che-

CARACOL. — CARFOUR. 417

min large, plusieurs y entrent. (Le Jeune, Serm. choisis, vi.' — J'ai perdu mon temps à cajoler, à badiner, à folâtrer. (Id., ibid., xii, 2« part.)

Constance ne hait pas qu'on vante son éclat :

A son humeur ainsi la mienne s'accommode ;

Je cajole à propos, je badine à la mode.

(Mo.NTFLEDRY, La Femme juge ei partie, t, 3.)

Corneille se sert aussi, et même dans le style tragique, de cajoler, avec un régime direct :

L'amour vous est bien doux, et votre espoir tranquille

Qui vous fit consumer deux ans chez Hypsipile,

En consumerait quatre avec plus de raison

A cajoler Médée, et gagner la Toison. (La Tois. d'or, i, 5.)

Nicot, avec beaucoup de vraisemblance, fait venir le verbe cajoler de l'ancien mot (jeole, et dit que par métaphore on le lire de ces preneurs d'oiseaux qui, au chant d'un oiseau enfermé au bas d'une cage à deux étages, attirent les autres dans le haut et les y attrapent par le moyen d'un trébuchet.

La phrase suivante présente un excellent exemple de l'emploi des deux significations, la propre et la figurée :

A peine, dans ce délire universel, ai-je trouvé dans tout Paris quelqu'un qui ne s'avilît pas à cajoler fadement un homme qu'ils vouloient tromper, comme on cajole un oiseau niais qu'on veut prendre. (J.-J, Rousseau, Leii., à M"" **", 14 août 177-2.)

CARACOL, subst. m., pour caracole, fém.

Ajouter :

Ce mot se trouve fréquemment employé au masculin en terme de guerre :

Monsieur de Bouillon n'ayant fait qu'une fausse charge (comme il dit depuis n'avoir dit autre chose à M. de Yillars, et non une furieuse charge comme nous l'assurions), et un carncol pour reprendre le chemin de la retraite, etc. (Sully, Œcon. roij., t. ii, p. 406.)

Les dictionnaires de Cotgrave et de Monet indiquent encore l'expression faire le ca?'acol, pour dire charger l'ennemi en caracolant.

CARFOUR, pour carrefour.

Cette orthographe n'est pas particulière à Corneille. « Tout le monde, dit le frère du grand tragique, prononce car four , et non pas carrefour, et il y en a même qui l'écrivent en deux syllabes.» [P\ot. sur les Remarques de Vaugelas, CCCXIL)

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