FEINDRE. — FOL
FEINDRE (se) comme feindre, par imitation de la proposition infinitive des Latins.
Ajouter cet exemple du quatorzième siècle :
Il se faingmj esire malade. {Le Livre du Chevalier de La Tour, ch. lxi.)
FOL, subst. ou adj. masc, employé devant un mot commençant par une consonne :
Fol, je présume ainsi rappeler l'inhumaine,
Qui ne veut pas avoir de raisons à sa haine? [La Gai. du Pal., ir, 8.)
Autrefois, et jusque vers la fin du dix-huitième siècle, fol, plus harmonieux que fou , s'employait aussi bien devant une consonne que devant une voyelle :
C'est le fol qui a commencé la danse. Béroalde de Verville. Le Moyen de parvenir, ch. 45.) — M. Rousseau a été amoureux /o/ de madame de La Live. (Bachacm. . Mém. secr., 17 janv. 1762, t. i, p. 22, note.) — Rien de plus fol que cette pièce. ;Id., JAid., 3 juill. 1763, t. i. p. 242.) — C'est un projet /o/ d'éducation, ild., ibid., 13 cet. 1764, t. ii, p. 103.)
On disait aussi au pluriel masculin fols, devant une voyelle ou devant une consonne :
Je suis Lien marry que ces messieurs de la court du Parlement ayent encore faict les fols. [Leil. miss, de Henri JT, t. iv. p. 764, à mon compère le connestable de France, 16 mai 1597.) — Craignez-vous de passer pour Jo/ parmi des fols? (Mauckoix. JSouv. Œuv.. Sai. d'Hor., n, 3.) — Nous accordons aux fols amateurs du siècle que ce qu'ils aiment est considérable. (.Boss., Pafi. de S. Bern., i.) — Ce que l'on peut regarder comme des fols malheureux s'ils perdent, et comme des fols heureux s'ils gagnent. (DAguess., Mém. sur le comm. des actions, iv' art) — Je ne crois pas que personne méprise le public, mais chacun a la jactance de le dire, et cependant, sages ou fols en dépendent plus qu'ils ne le croient euxmêmes. (M^-' de Créqci, Leit. inéd. à Senac de Meillian, 6 sept. 1788.) — Depuis que je passe ma vie avec des fols, et que la lête me fend, je ne suis capable de rien, ni étonnée de rien. Id., ibid., 11 mai 1789.)
Aujourd'hui, fol ne s'emploie plus qu'au singulier, et uniquement devant un mot commençant par une voyelle ou une /i non aspirée.
FORCENEMENT. — FUNESTE. 431
FORCÈNEMENT, fureur forcenée.
Ajouter :
On a dit antérieurement, avec le pluriel, dans le sens de folies, d'extravagances forcenées :
Au\ rcsveries des malades,
Aux songes vains, extravagans,
Aux forcemmem des Menades. (Lakivey, /.es Tromperies, i,3.)
FORCER (se) de, se faire la violence de :
Ah! si vous vous forcez d'abandonner ces lieux,
Ne m'assassinez point de vos cruels adieux. {Tiie et Bér., v, 4.)
FOURNIR DE , comme servir de , ou comme fournir activement.
Nous avons établi combien cette locution employée par Corneille était d'un usage fréquent jusqu'à une époque très-avancée du dix-septième siècle. Cependant Ménage l'a relevée comme une faute dans Malherbe, à propos de ces vers :
Soit qu'Amour le gardât en son heureux destin,
Ou que votre œil luisant lui j'oumU de lumière. {Od., v.)
« Lui fournît de lumière^ dit le critique, est mal parlé. On ne dit pas, il lui fournit d'argent, mais il lui fournit de Vargent. Ainsi devait-il dire, lui fournit de la Imuière. La faute est sans excuse. »
Ménage, comme Vaugelas, censure souvent ainsi des manières de parler généralement usitées par les bons écrivains du temps. Nous sommes loin de défendre celle-ci, mais nous constatons qu'elle était consacrée par l'usage.
FUNESTE, funèbre.
On a dit, dans le même sens que Corneille ;
Cache ton corps soubs un hahll funeste,
Ton lit, margot, a perdu ses chalans. (!\Iay.\ard, Sonnet.)
432 GARANNE. — GARDE
GARANNE, s. f., pour garenne :
C'est où Flore et Pomone entretiennent Diane Qui se vient délasser dedans cette aaraime.
{Poés. dit'., Le Presbyt. d'Hénouv.)
Cette orthographe semble indiquer l'ancienne prononciation du mot. Il s'est écrit aussi garaine. Anciennement on disait encore garende :
Le cerf ne se mouvoil, tant se tenoit fier en sa garende. [Perceforesi, vol. 6, f" 107, v°, col. 1.)
Toutes ces formes viennent de gainer, ou garantir. Une garenne est un lieu de garde, de réserve pour les animaux, un lieu où ils sont garantis de danger.
GARDE, dans le sens de sentinelle, faire gahde , faire sentinelle. — METTRE GARDE, poscr dcs gardcs.
Ajouter :
Ces locutions, où l'article est supprimé, étaient autrefois fort usuelles, en prose comme en vers :
La pluspart du temps leurs boutiques sont fermées, estant obligés d'avoir les armes sur le dos et faire garde aux portes. [La Requeste à Nos Seign. duParl., etc., 19 juin 1652, l'or. List, ei liil., t. vu.) — S'il y avoit du bled au marché, il falloit y meitre garde, à ce que le peuple ne s'entretuast pour en a\oir. (Mart. du Bellay, Mcm., 1. viii, f° 276, v, éd. 1572.)— Les généraux, touchés de leurs larmes et de leurs plaintes, font retirer les soldats, et se contentent de laisser garde aux travaux. (D'Ablanc, Coiiimeni. de César, :i, 1.)
— n'avoir garde de, avec un nom de chose pour sujet.
Ajouter :
Un contemporain de Corneille a dit de même, dans le sens d'être loin de :
Strasbourg est une ville à peu prés comme Orléans, mais qui n'a garde d'avoir la propreté de nos villes. (Pelliss., Leii. Iiisi., 4. sept. 1673.)
On pourrait citer aussi des exemples du dix-huitième et du dix-neuvième siècle, où n'avoir garde de a pour sujet un nom de