‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 40 sur 344 · MOLLEMENT. — MOLLESSE · texte numérisé non relu

MOLLEMENT. — MOLLESSE

« L'usage, dit Voltaire, a permis qu'en quelques occasions on puisse appeler sa femme sa moitié. »

Mânes du grand Pompée, écoutez sa moitié.

« Ce mot-là fait un effet admirable. C'est la moitié du grand Pompée qui parle; mais il est ridicule de dire, d'une fille à marier, cette moitié. »

Le commentateur fait paraître cette expression plus mauvaise qu'elle n'est par sa manière de la présenter. D'après Corneille, Pulchérie, à qui s'appliquent les mots cette moitié, e^X considérée comme si elle était déjà épousée.

MOLLEMENT, doucement :

Qu'au reste, les veneurs, allant sur leurs brisées,

Ne forcent pas le ceif s'il est aux reposées.

Qu'ils prennent connoissance et pressent moZ/emcH?,

Sans le donner aux chiens qu'à mon commandement. {Clit., ii, 4.)

MOLLESSE, f]g., en parlant de la prononciation des mots dans lesquels entre l mouillé :

Je dis qui ont deux // en latin, parce que les mots àe fille et famille en viennent, et se prononcent avec celte mollesse des autres qui ont Vi devant les deux //, et n'en viennent pas. (Préf. de : Le Tiiéâi. de P. Corn., édit. de lf>82.) — Toutes les fois qu'il n'y a point à'i avant les deux //, la prononciation ne prend point cette mollesse. [Ibid.) — Quelques modernes, pour ôter toute l'ambiguïté de cette prononciation, ont écrit les mots qui se prononcent sans la mollesse de 17* avec une / simple, en cette manière, irauquile, imbécile, disiile. (Ibid.)

— MOLLESSE, avec le pluriel :

Des plaisirs criminels les damnables mollesses. [Imit., i, 1, éd. 1651.)

On a dit de même après Corneille :

Ce faste, ces mollesses, ces soupçons, ces ci-uautés, ces colères , ces emportements furieux contre tes amis. (Fén., Dial. des morts, i, 24.) On y voit naturellement Que deux imprudentes princesses Qui passoient tous les jours dans de vaines mollesses, Et tombèrent indignement Dans un affreux égarement, Reçurent, pour le prix de leurs lâches foiblesses,

Un prompt et juste châtiment. (Perrault, Contes, L'adr. princesse.)

On trouve de même, ou d'une manière analogue, de nos jours:

Heureux pourtant, et favorisé jusqu'à la fin, puisqu'il lui fut donné (àBernis), par ses derniers sacrifices , de pouvoir racheter et expier en quelque sorte les mollesses de ses débuts, (Ste-Beuve, Causer., 11 avril 1853.) — Quels soulagements me procurent ces mollesses dont vous charmez vos lâches ennuis? (L. Veuill. ,

L'Esclave Yiiidex.) — Altleri, en haine des mollesses et des afféteries italiennes, s'était proposé un idéal dramatique vraiment trop abstrait, qu'on peut admirer à un certain point de vue, mais qui, à la longue, proiluil pour résultat ce qu'on doit le plus éviter en l'art, l'ennui. [Th. Gautier, Moniteur, 14 avril 1857.)

MON, particule ajfirmative :

J'enverrai tout à bas, puis après on verra.

Ardez, vraiment c'est mon, on vous l'endurera!

Vous êtes un bel homme, et je dois fort vous craindre.

{Gai. du Pal., IV, 12.)

On a donné de ce mot bien des explications dont plusieurs sont insoutenables. Ainsi, on lit dans Henri Estienne, Gramm. gallic, au chap. des adverbes, p. 77 : « Unuin est (adverbium), quod in responsione affirmât , videlicet , c'est mon , pro cesf moult, taïKjuam quis diceret latine, est multum. Utimur eo pro liis verbis, il est ainsi que tu dis. » Nicot écrit 7no7it, et c'est mont, et 'il le dérive pareillement de multum. Ce lexicographe donne aussi 7non, et l'explique ainsi : « Mon solemus dicere, quod a gra;co i:;ièv, pro quidem et certe positum est; cujus exemplum est hujusmodi.... C'est mon, c'est ainsi. » On lit dans le Dictionnaire de Furetière : « Dans c'est mon, il faut sous-entendre avis qu'on a retranché pour abréger; mais il se dit d'ordinaire ironiquement. » « C'est mon. Sit modo; comme si l'on écrivait soit mon, prononçant soit par sait, » dit La Monnoie dans son édition des Nouvelles de Despériers.

Toutes ces interprétations ne valent pas celles de Ménage et de plusieurs anciens hellénistes comme Périon, Trippault, Lancelot, qui dérivent mon du grec piwv dans le sens de certes. C'est l'opinion généralement adoptée aujourd'hui, et nous nous y rangeons.

Nous allons maintenant présenter les principales formes sous lesquelles on rencontre la particule wio/?.

c'est mon ;

Il en avoit la guerre :

Eschecq à l'huys, c'est fait, c'est mon. (Coquillart, Playdoyer.)

C'est fait. — C'est mon. [Les Secreiz et Loix de Mariage, composez par le Secret, des Dames, Jean d'Ivry.)

Or c'est mon, par mon serment. [Farce de la Résurr. de J. Landore.) Est-ce point Juda ou Symon?

Non est, cy est; c'est il, c'est mon.

(Cl. Mar., 3" Epist, du Coq à l'Asne.) Perrette, il est beau garçon, c'est dommage dequoy il est ainsi fol. — Mananda, disoit la garse^ c'est mon madame, il est net comme une perle. (Despériers, Nom., Lxvi, éd. La M.)

LcQUAi.x. Monstrez un petit. Vertu de moyl c'est une vieille lame!

Nicolas. Oy, par sainct Jean! et les vieilles sont les meilleures. Mais fay tout bellement, que tu ne la rompes.

LuyuAi.N. N'ayez peur. C'est mon, vrayment, elle estbonne. (Lariv,, Les EcoL, V, 3.)

OLIVIER. Mais le voici.

MACDOLÉ. Ma foy, c'est mon! (God., Les Desguis., m, 1.)

Je croy pour tout certain que c'est quelque démon Qui vient pour nous tenter.

LE CACHÉ. 0 mon amy, c'est mon.

ÇÎROTEKEL, Les Corriv., prol.)

Un médecin vantoit à Nicocles son art estre de grande auctorité. Vrayement

c'est mon, dit Nicocles, qui peut impunément tuer tant de gens. (Mo.ntaigne, Ess.,

Il, 37.) — Mais il se repentira par après de s'y être amusé. C'est mon; mais il s'y

sera toujours amusé. (Id., ibid., xii, 9.)

Nous montons, et montant, d'un c'est mon, et d'un voire

Doucement en riant j'appointois nos procès. (Régnier, Sat., xi.)

Cesiuy, les saluant : Vous arrivez bien tost!

C'est mon, ce disent-ils, c'est pour soigner au rost.

(Disc, de deux marchants fripiers et de deux tailleurs, 1614, in-S"."- M"' Crisard. Ab ! monsieur, vous ne deviez pas avoir cette opinion-là de votre fille : il n'y en eut jamais une si bien née. Perrette. C'est mon. Ma foi, vous vousy connoissez! St-Evrem., Les Opéras, i, 3.) — Vraiement, c'est ntou (dit Collantine;, vous me renvoyez là à de belles gens. (Furetière, Le Rom. bourrj., ii.) — Tu es bien chanceux : tu as perdu ton procès? Ce Manceau lui dit pour toute réponse : Vraiement, c'est mon, v'ià bien de quoi! N'en aurai-je pas un autre tout pareil quand je voudrai? (Id., ibid.)

Ardez, voire, c'est-mon. (Régnier, Sat., xi.)

Corneille, en écrivant le vers plus haut cité, a dû se souvenir de celui-ci.

Le vieux dictionnaire anglais -français de Cotgrave indique la forme c'est mont, dans le sens de c'est à savoir.

Mon s'employait de même avec différents temps et différentes personnes du verbe ê^re.

Tu es venu de l'ost des Tartarins? Sire, fit-il, suis mon. (Joinv., c. lix.) l'homme. Et vous voylàbien empeschye.

LA FEMME. Et je suis mon, sainct Coquilbault. [Farce d'un Chauldronnier.)

JENIN. Si suis-je Jenin par le nez

Et Landore par le menton.

LE CURÉ. C'est luy sans autre.

JENIN. Se suis mon.

{Farce de la Résurr. de Jenin Landore.) LE PARDON.NEUR. Saug bieu, il estoit de nos gens. LA TAVERjjiÈRE. Ha, c'cstoii moti; j'en suis bien ayse. [Farce d'un Pardonneur.)

ÇA MON, abrégé de ce a mon, se trouve dans de vieux textes, de même que la forme négative ce n'a mon : Saint Jehan! ça mon! dit-il. (Cent Nouv. du roi Louis XI, xxxiii.)

Hé! je pense que voire ça mon vranient

Qui ne sauroit ce que vous sçavez dire. [Corn, de Chans., m, 2.)

Ça mon, vraietnent! il a fort à gagner à fréquenter vos nobles, et vous avez bien opéré avec ce beau monsieur le comte, dont vous vous êtes embéguiné! (Mol., Le Bourg, gentilhomme, u\, 3.)

On écrivait aussi somon :

JEANNE. On fait courir par la ville

D'assez mauvais bruit de toy.

saviE. Vraymen, samon, il y a bien de quoy. [Corn, de Chans., n, 1.)

Mais samon est exactement la même chose que camon, et tient à une confusion d'orthographe très-fréquente dans l'ancienne langue, où l'on rencontre à chaque instant s employé pour c et réciproquement.

Page 1