‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 41 sur 344 · A SAVOIR MON, ASSAVOIR MON, ASÇAVOIR MON · texte numérisé non relu

A SAVOIR MON, ASSAVOIR MON, ASÇAVOIR MON

Assavoir mon aucunement Se le mary doit enquérir A la femme dont cela vient, Ne qui la peult si bien fournir?

rCoQl'iLLART, Droitz 710UV., I, De Statu IIomiiiUBi.) Examiné assavoir mon, S'il scet point, sur ce contenu, Que aucunes fois ledict Mignon

Ait à la Simple appartenu. (Id., Enquesie.)

Examiné se ce Mignon Est à la Simple; et, se ainsi esf, Qu'il nous declaire assavoir mon S'il vient de propre ou de conquest, S'il vient de naissant ou d'acquest.

S'il vient d'apport ou de douaire. (Id., ibid.)

En efifect, je concludz ainsy.

Et sy le cuyde entendre bien.

Qu'on doit aymer en lieu de bien.

Asçavoir-mon se ces fillettes, Qu'en parolies tout le jour tien, Ne furent pas femmes honnestes?

(Villon, Grant Tcstanu, Doctr.de la belle Heaulmiére, l.) A savoir mon, si toute arismetique Sçauroit nombrer le sexe folatique,

Je ditz que non ; il est inestimable. {Sermon des Foulx.)

GEORGE LE VEAU. Ne seroys-je point de la ligne

Des pers de France?

LE CURÉ. Assavoir mon.

[Farce nouv., très-bonne et fort joyeuse, de George le Veau.) Or luy soit l'affaire conté.

Ma dame, ce c'est vo plaisir; Assavoir mon, se resjouir

Se vouldra quant il l'orra dire. {La Vie du maulv. Riche.)

Le différend estoit à. sçavoir-mon si de toutes les bestes qui sont aujourd'hui au

monde, y en avoit deux de chacune dans l'arche de Noé. (Despériers., Nouv., Lxviii, éd. L. M.)

Assavoir mon si les bossus

Seront tous droit en l'autre monde.

(Cl. Marot, II* Epist. du Coq à l' Astie .) Il me semble, dist Oisille, que la comtesse en feit si bonne punition, que ses compaignons y povoient prendre exemple. — Mais assavoir-mon, dist Nomerfide, si elle fit bien de scandaliser ainsy son prochain. (Marg. o'.Khg., Hepl., XLi^nouv.) Si le long temps donne aux vers la bonté Ainsi qu'aux vins, quelle est la quantité Qu'il leur faut d'ans pour estre en bonne estime? A-sçavoir-mon si bon poète on estime Celuy qui ja depuis cent ans est mort.

Ou rien de bon de sa vene ne sort? (H. Est., Apol. pour Hérod., c. m.)

Nous venons à des tavernes, hos'teleries, estuves, et autres bons lieux : nous

trouvons là des chambrières au mestier, et qui no valent pas beaucoup d'argent :

cisçavoir-mon si c'est mal faict d'en user comme de sa femme. Voilà (di-je) une

question qu'il fait en la personne de quelques bons compagnons. 'Id., ibid-, vi.)

On trouve dans Sainte-Palaye la forme à sçovoir mont dans le sens de savoir.

SÇAVOm MON, SAVOIR MON :

En treis manières est dotis, Destreiz. angoissus e pensis :

Saveir s'en Dace turt u nun Sur le rei traitur felun Qui si l'aveit deshérité E de la terre fors jeté, U saveir mun s'il aut en France Senz plus targer, senz demorance, U saveir muii si celé Anglée Que de morz a ensanglantée, Gastera plus ne destruira,

U si à son oés la retendra. (Ben., C/tron. des ducs de Norm., u, 1337.) Assez pensa... a celle chose, sçavoir mont s'elle la diroit a son frère. (Lan- CELOT DU Lac, t. m, fol. 125, v°, col. 1 et 2.)

On rencontre plusieurs fois chez Marot sçavoir mon, de même que assavoir mon. On trouve la même forme chez divers écrivains du seizième siècle :

J'ay entrepris ce discours, sur ce que j'ay veu souvent faire ceste dispute parmy de grands capitaines, seigneurs, braves cavalliers et vaillans soldats, savoir mon si l'on doit pralicquer grandes courtoisies et en user parmy les duels, combats, camps clos, estoquades et appels. (Bra.nt., D'aucuns duels, etc.)

Cy gist un prélat honoré,

Qui porte la barbe prolixe,

De couleur de vermeil doré,

Brillant comme une estoile fixe.

Preschant sur un enterrement,

U sermonna si longuement.

Qu'il en trespassa de destresse, Non sans laisser un sçavoir-mon Laquelle de ces deux choses est-ce Qui fui plus longue en son espèce.

De sa barbe ou de son sermon. (Talle.m. des Réaux, Les Uisiorieiies, Êpilaphe de M. de Rouen. Monm, et P. Paris, t. iv, p. 78.)

A la page 81 du tome iv de la belle édition deTallemant qui vient d'être citée, on lit cette note :

a L'expression sçavoir-mon, employée dans l'épitaphe, répond ici bien clairement à savoir; et je la crois venue de la façon de parler latine, fort usitée dans les écoles, sciremeum, à mon savoir, suivant ma façon de penser. Des bancs de l'école, elle sera passée dans le monde. Et l'on a dit aussi ; C'est mon, saimon, samon et ça mon, ce sont autant de formes corrompues du primitif 5at'oir-njo« ou à savoir-mon. Dulorens, dans une satire imprimée en 1654, Nouveau Recueil des plus belles poésies. . . , p 1 12 :

11 se prise si fort, il s'en fait tant accroire, yu'à tout ce qu'il nous dit il faut respoudre voire, Cesmon, ou pour le moins se taire.

Là, cesmon répond encore à c'est mon opinion, mon avis. M. Boissonade , qui a bien voulu nous communiquer ses recherches sur cette façon de parler, l'a trouvée pour la dernière fois dans Regnard etDancourt. »

Tous les faits qui vont encore suivre, comme ceux qui précèdent, ne permettent pas , croyons-nous, d'adopter cette étymologie, applicable au plus à quelques cas particuliers.

Mon se trouve aussi avec savoir à d'autres temps que le présent de l'infinitif :

Beau fils, dit l'amiral, say mon. (Le Roman de Mabrianl, xxviii.) — Galien lui va dire : Mamie, moult avez eu de poureté depuis que ne vous vis. Hélas! dit la dame, say mon. [Le Roman de Galien restauré, 75.) LE CURÉ. Tout fait, tout dit et tout comprins. Quelque chose y avez-vous aprins?

JENiN. Say mon dea. (Farce de la Résurr. de Jenin Landore.)

Ha, fin apostre, Je cuide bien que sçavez mon.

[Colin qui loue et despile Dieu en ung moment à cause de sa femme.) Un boulanger, prenant la parole pour le meusnier, qui estoit, comme je croy, son compère, dit que cela estoit estrange que l'on blasmoit les personnes les plus nécessaires et desquelles on ne se pouvoit passer. — Sçay mon', ma foy, dit un relieur; voilà des gens bien nécessaires, mais c'est pour tirer l'argent et ruiner entièrement le pauvre peuple, {Les Conteus et Mescontens sur le sujet du temps, 1649, in4°.)

M. E. Fournier pense que sçay mon est ici pour ce mon, ça mon. [Var. hist. et litt., t. v, p. 335.) Les exemples précédents prouvent que l'estimable philologue est dans l'erreur, et que mon se joignait au verbe sçavoir, savoir, à différentes personnes et à différents temps.

Mon se rencontre aussi employé avec savoir comme pur explétif, et sans que ce verbe forme avec la particule une sorte de locution composée. Ainsi on trouve pour savoir mon :

Ci sunt, funt-il les genz le rei Qui de quor l'aiment e de fei.

Conte e baron de mult grant pris, Qui ça nos unt a vos traniis Pur savcr mun quels genz vos estes, Quels leis vos tenez ne quels gestes.

(Benoît, Cliron. des ducs de ISormandie, ii, 3279.)

L'affirmative mon se plaçait encore après des verbes autres que être et savoir, tels que faii^e, avoir, regarder, sentir, etc. :

Yvon, eV Yvone, et Salemon Doi jou plorer? Voir ce/afs mon,

Quar il furent buen cevalier. (Phil. >.!.nrsKE, ms., p. 211.)

Ce /as mon. {Poés. ms., avant 1300, t. iv, p. 1503.)

Ce face mon. {Hisi. des trois Maries, en vers, ms., p. 241.)

Laisse m'achever mon sermon.

LE CUYSINIER. Par ma foy, si ne feray mon,

Car tu ne dis chose qui vaille. [Sermon joyeux de bien boyre.)

LA CHAMBRIÈRE. De toutes VOS chambrléres

Je suis le chois.

LE BADIN. Ce corbieu, ce Jaictes mon,

Vous venez au testament ;

Ne faictes pas? [Farce du Dadin.)

A ce compte, dit Socrate. tu estimes bien ce qui sert, et non pas ce qui nuit. Ce fay-mon, dit Critobule. (La Boétie, Le Mesnagier de Xenophon.)

LE CURÉ. Il mourut de soif.

LÀ FEMME. Sejisl mon. [Farce de laRésurr. deJen. Landore.)

Hz le feront, par sainct Denys!

De corne soufflez; (ce) feronimon.

[Sermon joyeux de la patience des femmes.) Par sainct Jehan, ce ne feray mon.

[Farce nouv., ires-bonne et fort joyeuse, de l'obstination des femmes.) LE UAGiSTER. Au moins on a bien veu comment Femmes ont le bruyt pour parler.

RACLET. Ce ont mon; je prens sur mon serment. [Farce de maisire Mimin.)

M. DE DELA. Uuc cliosc qui cst bien prise

Doibt-on louer?

M. DE DEÇA. Elcefaictmon!

(R. DE CoLLERYE, Dial. de M. de Delà et de M. de Deçà.) Voyez-vous, madame, je vous servirai bien , mais... Quel mais? disoit la dame. Agardez mon, disoit la garse. (Despériers, Contes, xlviii, éd. L. M.)

On a dit sentez mon, dans le sens de voyez :

Sentez mon comme ilestpesans. [Fabl. ms. du Roy, n''7218, fol. 141,

t", col, 1. Citât, de Ste-Palaye.)

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