‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 61 sur 344 · OMBRAGE · texte numérisé non relu

OMBRAGE

Tous les dictionnaires français existants renferment nombre d'articles déplorablement confus et illogiques. Une des principales causes de ce vice, c'est qu'on y omet des significations, obsolètes à la vérité, mais qui demandaient impérieusement d'être notées, parce qu'elles pouvaient seules jeter de la lumière sur des locutions usuelles. Le mot ombrage est dans ce cas. Ouvrez un des dictionnaires les moins incomplets, vous lirez :

« Ombrage, assemblage des branches et des feuilles des arbres qui donne de l'ombre.

« En style poétique, les ombrages verts, V ombrage produit par une épaisse feuillée. » Puis , sans plus de transition : « Figuré : Défiance, soupçon; faire, porter ombrage, inquiéter. » Quel est ce chaos? Comment a-t-on passé à'omb)'age, assemblage des branches et des feuilles des arbres qui donne de l'ombre , à ombrage, défiance, soupçon? Tout le désordre et toute l'obscurité cesseront si l'on dit qu'ombrage, dans notre vieille langue, a été synonyme d'ombre, au propre comme au figuré. Cette signification , employée par Corneille, remonte à une époque fort ancienne, et s'est conservée très-longtemps, témoin ces exemples :

Au propre :

Clûtho les prent, Lachesis les piesente

A Atropos, et sont revisitez

Par preux hardiz en la guerre usitez

Oui les livrent a gens de moyenne aage

Lus desirans plus qu'amoureux, le moy (l'arbre de mayj

Et ne craignent en soleil ou umbraige,

lîng Dieu, ung roy, une foy, une loy.

(Gringore, Les folles Enirep) ., bibl. eizév., p 36.)

Fai-nous œil à œil, sans ombrage.

Face à face, non par image.

Ton fill veoir en majesté, (te Miserere du Reclus de Maliens, ms. . Bibl. de l'Ars., in-fol., n" 175, fol. 216. r^ col. 1.) Enclos dans mon secret répajule , sur celluy point que opacosité noctiale a terminé ses uinbraycs, et Diane luciférante commence ses rays illuminalifs par le clinuil universel espandre. (Blaise d'Auuiol , La Dépariie d'amour.) Qu'il me tarde, ô Titan! que ton a^il nous esclaire Du plus juste milieu de ta traitte ordinaire. Et qu'au bas du cadran Vombrage descendu M'ameine enfin le temps du voyage attendu'

(J. DE ScHEL., TyrelSidon, 2' journ., iv, 1.;

On doit bien sçavoir nieller une couleur, donner les dimensions, les proportions et les latitudes au corps qu'on veut peindre; puis on doit sçavoir parfaitement la perspeclixe, les raccourcissemens, relever les ombrages par des couleurs propoitionnées et vives, [hivcui. uuiv. de Tabarin. xxx.)

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