‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 62 sur 344 · OMBRAGE · texte numérisé non relu

OMBRAGE

Comme quand un sombre nuage Cache le ciel par son ombrage, A rentour de ce corps obscur Le ciel prend un nouvel azur.

[[.Il Fdiseuse de Moucher, Var. Iiist ellilt.. l. vu.) Prenez garde comme l'art de la peinture y est bien observé, soit aux raccourcissements, soit aux ombrages ou aux proportions. (D'Urfé, l'A.snée, i, 11. i Un éclat de vos yeux les confond au besoin, Ces vains raisonnements recueillis avec soin, Comme le jour des nuits efface les ombrages. Ou comme le soleil dissipe les nuages. (Senecé, Lett., à M'^" ♦■*.)

Au figuré :

Car comme ainsi soit que la description qu'en donnent les philosophes, qui semble eslre la plus passable, à sçavoir que Dieu est l'esprit du monde, ne soit qu'un ombrage qui s'esvanoûit... (Calv., Inslit. chréi-, i, 13.) — Savez-vous, à mon avis, ce que c'est que cela? Ce sont des ombrages qui leur viennent de quelques conceptions informes, qu'ilz ne peuvent démesler et esclaircir au dedans, nypar conséquent produire au dehors. (Montaigne, Ess., i, 25.) — Ils outrepassent le présent, et ce qu'ilz possèdent, pour servir à l'espérance, et pour des ombrages et vaines images que la fantaisie met au-devant. (Id., ibid., m, 13.) — Encores que tous les jours on entende dire de ceste-cy et de ceste-là d'estranges actions, ne s'ensuit pas pourtant qu'il soit vray; mais sommes si simples, que laissons nous induire à le croire par ['ombrage de l'apparence de l'effect, que la malice des hommes nous fait souvent veoir. (Lariv., Le Fid., v, 8.) — Il procède pied à pied dans ses connaissances; il est sujet à erreur, et souvent est contraint d'abandonner les propositions qui lui auroient semblé les plus certaines. C'est un etTei de l'opacité des corps qui offusque la clarté de l'entendement par les ombrages de la matière. (Ch.\pelain, préf. de la 2« part, de la Pucelle.) — Mais pour ne laisser aucun ombrage ni aucun scrupule dans les esprits sur une question si importante, voyons... (Brueys, Examen des raisons de la séparation des protestnns.)

Nous voyons maintenant la valeur de la locution faire omhmrje. On a dit faire ombrage, comme on disixit faire ombre, comme on dit encore tout lui fait ombre, par une image qui se comprend d'elle-même. Et ce même mot ombrage est devenu général pour signifier défiance, soupçon.

C'est parce qu ombrage a été synonyme d'ombre qu'où h dit ombrager pour signifier ombrer, couvrir d'ombre :

Au propre :

Tout de même que les peintres, ne pouvant également bien représenter dans un tableau plat toutes les diverses faces d'un corps solide, en choisissent une des principales qu'ils mettent seule vers le jour ; et, omiraryean; les autres, ne les font paroîlre qu'en tant qu'on les peut voir en la regardant; ainsi, craignant de ne pouvoir mettre en mon discours tout ce que j'avois en la pensée, j'entrepris seulement d'y exposer bien amplement ce que je concevois de la lumière; puis, à son occasion, d'y ajouter quelque chose du soleil et des étoiles fixes, à cause qu'elle en procède presque toute; des cieux, à cause qu'ils la Iransmellent; des planètes, des comètes et de la terre, à cause qu'elles la font réfléchir; et en par-

8i OMBRE.

ticulier de tous les corps qui sont sur la terre, à cause qu'ils sont ou colorés, ou transpaienls, ou lumineux; et enfin de riiomme, à cause qu'il en est le spectateur. Même pour ombrager un peu toutes ces choses, et pouvoir dire plus librement ce que j'en jugeois, sans être obligé de suivre ni de réfuter les opinions qui sont reçues entre les doctes, je me résolus de laisser tout ce monde ici à leurs disputes, et de parler seulement de ce qui arriveroit dans un nouveau , si Dieu créoit maintenant quelque part dans les espaces imaginaires assez de matière pour le composer, (Descartes, Diic. de la Métli., v.)

Et au figuré .

Or afin que la laide, autrement inutile.

Dessous le joug d'amour rendit l'homme serviie.

Elle ombrarjea l'esprit d'un morne aveuglement,

Avecque le désir, troublant le jugement. 'RÉCMiin, Sai.,\\\.)

C'est-à-dire, elle étendit sur l'esprit l'ombre d'un morne aveuglement.

Celui-ci (cet ouvrage), clair, net, concis, appuyé de passages sans nombre et partout de l'Ëcrilure et des Pères, ou des conciles, modeste, mais serré et pressant, parut un contraste du barbare, de l'obscur, de Vombragé, du nouveau et du ton décisif devrai et de faux des maximes des saints. (St-Simon, Mém. , t. i,

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