‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 67 sur 344 · OUI BIEN · texte numérisé non relu

OUI BIEN

vous ; c'est très-mal parler. Il faut dire : j'ai oublié de faire cela; j'ai oublié que i' élois emjcuié ; j'ai oublié ce que je vous avais promis ; je ne vous oublierai pas. Ceux qui savent liien la langue parlent de la sorte. >(/}ejn. nouv.surla long, franc., p. 22.)

« Les livres sont plains de pareils exemples, et je n'ai trouvé que deux bons auteurs qui parlent d'une autre manière :

« Le Seigneur a juré, et il ne peut s'oublier du serment qu'il a fait à nostre père Abraham, de donner ce puissant médiateur de nostre salut.

Quiconque s'oubliera du respect qu'il doit à ceux dont il a receû la vie, jusqu'à les maltraiter de paroles, sera puni de Dieu. > {Ibid., p. 24.)

— s'oublier soi-même, perdre le souvenir de soi-même :

.\bsorbé tout en toy par un parfait amour.

Je m'oubliray moy-mesme et fuiraj' tout le reste. Jmit., iv, 13.)

OUI BIEN, pour oui certes :

PHTLis. Si vous nommez ma flamme un bien commun à tous.

Je n'aime, pour le moins, personne plus que vous ;

Cela doit vous suffire.

CLÉ ANDRE. Oui bien, à des volages

Oui peuvent en un jour adorer cent visages ;

Mais ceux dont un objet possède tous les soins.

Se donnant tout entiers, n'en méritent pas moins. [La PI. lloy., ii, 7.) D. ISABELLE. Ainsi donc vous me faites connoître

Que ce que je l'ai fait il est digne de l'être,

Que je puis suppléer l'obscurité du sang? D. MANRiQ. Oui bien pour l'élever jusques à notre rang.

Jamais un souverain ne doit compte à personne

Des dignités qu'il fait, et des grandeurs qu'il donne;

S'il est d'un sort indigne ou l'auteur ou l'appui.

Comme il le fait lui seul, la honte est toute à lui.

Mais disposer d'un sang que j'ai reçu sans tache !

Avant que le souiller il faut qu'on me l'arrache :

J'en dois comi)te aux aïeux dont il est hérité,

A toute leur famille, à la postérité. [U. Sanche. m, 4.)

Cette forme était très-fréquente dans l'ancienne langue pour signifier oui certes, à la vérité, et quelquefois pour signifier mais bien :

Ses mœurs semblent à la vérité n'avoir aucun juste reproche : ouij bien aucunes de ses actions particulières, rares et extra-ordinaires. (Montaig., Ess., n, 36.) — Je sçay qu'il y a plusieurs qui diront que je fais beaucoup de petits fats contes dont je m'en passerais bien ; ouijbienT^ouT aucuns, mais non pour moy,rae contentant de m'en renouveler la souvenance et en tirer autant de plaisir. (Bra.nt., Les grands Capit. franc., Montluc.) — Cette année passée en di^erses menées ^int a esclore la guerre du prince de Condé qui, ayant choisy Aubigné pour son mareschal de camp, luy envoya les despesches; mais luy ne ies voulut pas recevoir de sa main, ouij bien des Églises assemblées à Nismes. (D'Aubig., Mém., 1610.) — Le troisième fils, nommé Georges African, destiné pour être d'Eglise, ne voulut prendre colle profession, oui bien celle de chevalier de Malte où il fut envoyé, et y lit ses caravanes, voyages et courses. (Bassomp., Mém., \'^ part.

Page 1