‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 89 sur 344 · PEINE · texte numérisé non relu

PEINE

malheureuse, ne déparerait aucun des chefs-d'œuvre de Corneille.

PEINE, dans un sens énergique qu'il n'a plus guî're aujourd'hui :

Je verrai mon amant, mon plus unique bien.

Mourir pour son pays, ou détruire le mien,

Et cet objet d'amour devenir pour ma peùw

Digne de mes soupirs, ou digne de ma haine. (Woc, i, 2.)

— FAIRE DE L.\ PEINE A QUELQU'UN, lui susclter des difficultés, des embarras :

On m'a dit qu'il j' a un certain M. Nicolas, qui est procureur du roi de la commission, qui fait tout. Il vaudroit mieux lui donner double taxe et qu'il ne nom fît point de peine. [Lett. à Jacq. Goujon.)

— PEINE, difficulté, dans un autre sens; telle chose .me fait PEINE A COMPRENDRE, pour signifier j'ai peine à la comprendre :

Ta libéralité me fait peine à comprendre.

Tu parles de donner, quand tu ne fais que rendre. [HéracL, i, 2.)

— FAIRE PEINE A, cncore avec un nom de chose pour sujet, permettre difficilenient de :

Mais dessus ce vieillard plus je porte les yeux, Plus je crois l'avoir vu jadis en d'autres lieux. Ses rides me font peine à le bien reconnoître. (Œd., lu, 4.)

— COURIR A SA PEINE, commc OU dit courir à son malheur, courir à sa perte :

Qui se venge à demi court lui-même à sa peine. [Rodog., v, 1.)

— A PEINE, avec peine, péniblement :

La victoire entre eux deux n'étoit pas incertaine,

L'Albain percé de coups ne se traînoit qu'à peine.

Et comme une victime aux marches de l'autel

11 sembloit présenter sa gorge au coup mortel. {Hor., iv. 2.)

— NOUS SERONS A PEINE A, uous aurons peine à nous trouver à ;

Ma sœur, l'heure s'avance, et nous serons à'peine,

Sinous ne retournons, au lever de la reine. [Clit., i, 9.)

— A grand'peine, employé d'une manière elliptique :

Hélas ! qu'avez-vous fait de cette amour parfaite Que vous me souhaitiez et que je vous souhaite? S'il vous en reste encor, n'êles-vous point jaloux Qu'à tjrand' peine chrétien j'en montre plus que vous? ' Pol-, ii, 6.)

126 ]>EINTURE.

— EN PEINE DE, SOUS peine de :

Le péril en est grand, courons-y toutesfois,

Une prison si belle est trop digne d'envie;

Puissé-je vous devoir plus que je ne vous dois.

En peine d'y languir le reste de ma vie! [l'oé-f. div., Madrig.)

On disait alors plus souvent à peine de, mais il était encore fréquent de remplacer à par en dans beaucoup de locutions.

On trouve de même, longtemps après Corneille :

Etipeine de mourir. (J. HÎARot, p. 108. Cité par Sainte-Palaye.;

Pour dire sous peine de la vie.

PEINTURE. EN PEINTURE, cu apparence, sans réalité; locution adverbiale du genre familier, que Corneille a employée plusieurs fois dans ses tragédies :

Puisque le roi veut bien n'être roi qu'en peinture,

Que lui doit importer qui donne ici la loi,

Et qui régne pour lui, des Romains, ou de moi? (Nicom., v, 6.)

Général en idée, et monarque en peinture. [Agés., ni, !.'>

On a dit de même, mais dans la comédie :

Un duel met les gens en mauvaise posture;

Et notre roi n'est pas un monarque en peinture. (.Mol., Les Fâch., i, 10.)

— Corneille a employé aussi la locution en peinture dans une de ses comédies :

Mais mon esprit s'égare, et quoiqu'il se figure,

Faut-il que je me rende à des pleurs en peinture,

El qu'Alidor, de nuit plus faible que de jour,

Redonne à la pitié ce qu'il ôte à l'amour? La PL Roy., v, 4.'

Cette expression, aujourd'hui d'un emploi rare, était autrefois d'un usage étendu :

Ne raillons point ici de la magistrature, Vois-tu? Je ne veux point être un juge en peinture.

(Racine. Les Plaid,, ii, 13.) Afin d'adoucir mon tourment Je baise ton portrait, Iris, à tout moment. Ma peine est urt peu moins dure :

Mais, pour ne te déguiser rien.

C'est peu qu'un remède en peinture

Pour un mal si grand que le mien. iMaucr., Poés., i, U.)

... Substituent à la forte nourriture dont une âme qui sort du siècle a besoin,

des spéculations stériles et des viandes en peinture, qui la trompent un temps,

mais qui ne lui laissent qu'une vaine enflure, un dégoût de la piété, et...

(DuGUET, Leii. mor., édit. 1708, p. 16.) — D'Aubigné, revenu en Gascogne de sa

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