‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 98 sur 344 · PEUT-ETRE. — PILLAGE · texte numérisé non relu

PEUT-ETRE. — PILLAGE

PEUT-ETRE. LN GRAND PEUT-ÊTRE, Une chose très-douteuse :

Peut-être qu'il le dit, mais c'est un yrand peui-êlre. [Le Ment., iv, 9.)

PHŒBUS. DONiNER SUR LE PHŒBUS , coiiime donner dans le phœbus :

Tous ces discours de livre alors sont de saison,

Il faut feindre des maux, demander guérison,

Donner sur le phœbus, promettre des miracles,

Jurer qu'on brisera toute sorte d'obstacles,

Mais du vent et cela doivent être tout un. (Mél-, i, 1.)

PIECE, fig., comme objet :

La modestie et la générosité que vous y témoignez leur semblent des pièces rares, et surtout votre procédé merveilleusement sincère et cordial vers un ami. LeCt. apolog.)

PIED. JETER SOUS LES PIEDS DE, assujettir à :

Mais quand il vous aura dans le trône affermie,

Et jeté sous vos pieds la puissance ennemie.

S'en ira-t-il soudain aux climats étrangers,

Chercher tout de nouveau la gloire et les dangers"' i^Don Sanche, i, 1.)

— METTRE SA DERNIÈRE ESPERANCE EN SES PIEDS, mettre sa dernière espérance dans la rapidité de la fuite :

Nous sommes seul à seul. Quoi I ton peu d'assurance

iVe mel plus qu'en tes pieds sa dernière espérance ?

Marche, sans emprunter d'ailes de ton effroi,

Je ne cours point après des lâches comme toi. [Clil., i, 9.)

PIERRE. FRUIT A PIERRE, fruit ù novau :

Là, la pomme et la poire, et la guigne et la prune, D'une bonté de goût en ce lieu seul commune, Font peine à bien juger quel est de meilleure eau, Ou bien ïefruii à pierre, ou le fruit au couteau.

[Poés.div., Presbyt. d'Hénouv.)

PIGEON. UN SEMBLABLE PIGEON, pour signifier un parti aussi avantageux :

Ëraste n'est pas homme à laisser échapper;

Un semblable pigeon ne se peut rattraper,

Il a deux fois le bien de l'autre et davantage. [Mél., iv, 1.)

PILLAGE. ÊTRE EN PILLAGE A, être livré au pillage de :

Sous vous l'État n'est plus en pillage aux armées. {Cirtna, w, 1.)

— PILLAGE, fig., en parlant d'emprunts littéraires :

J'ai traduit de Lucain tout ce que j'y ai trouvé de propre à mon sujet, et comme

l'IPEL'K. — inoUER. 139

je n'ai point fait de scrupule d'enrichir notre langue du pillage que j'ai pu faire chez lui, j'ai tâché pour le reste à entrer si bien dans sa manière de former ses pensées et de s'expliquer, que... [Exam. de Pompée.)

PIPEUR, avec un nom de chose, trompeur :

Que la foi des amants est un gage pipeur!

Que leurs serments sont vains et notre espoir trompeur!

(r.a PL liori.. Il, 1.)

Les novices de l'art avec tout leur encens, Et leurs mots inconnus qu'ils feignent tout-puissants. Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies, Apportent au métier des longueurs infinies, Qui ne sont, après tout, qu'un mystère pipeur

Pour se faire valoir, et pour vous faire peur. [L'illus. cum., i, -2.)

Et d'une pipeuse espérance se donnent à croire d'en estre capables à leur tour.

(Montaigne, Ess., i,46.)— Le pipeur entretien. (Tahureau, Poës.. l'Amour champ.)

Mais quoi? les beaux yeux des bergères

Se trou\eront aussi trompeurs

Que des cours les attraits pipeurs? (D'Urfé, iAurée, i, 4.)

PIQUE. METTRE DEUX PERSONNES EN «QUE, excitcF unc pique entre eux :

D'où lui vient cette humeur? Qui les a mis en pique? [La PL Roy., ii, G.)

PIQUER , tîg. PIQUER DE GÉNÉROSITÉ , comme on dit piquer

d'honneur :

Je sais trop qu'un tyran est sans reconnaissance.

Pour en avoir conçu la honteuse espérance ;

Et suis trop au-dessus de cette indignité

Pour te vouloir piquer de générosité. [HéracL, m, -i.)

— ÊTRE PIQUÉ DE COLÈRE, être vivemeut animé de colère :

Et ce prince, piqué d'une juste colère,

S'emportera sans doute et bravera son père. [iSicom., i, 5.)

« Piqué d'une juste colère » n'est pas français, dit Voltaire. On est piqué d'un procédé, et animé de colère. »

Certainement, animé de colère est plus dans l'usage que pùjué de colère; mais ce dernier n'en était pas moins poétique et conforme à l'analogie. Être piqué de, et piquer de se joignaient autrefois, et jusque dans le dix-huitième siècle, à* des substantifs nombreux pour signifier exciter vivement dans l'âme tel ou tel sentiment. Les exemples suivants en donneront une idée, et pourront servir aux écrivains amis d'une langue nette, expressive et pittoresque :

Piqué d'une noble honte et d'une juste indignation contre son courage qui lui a manqué, (Boss., Pauég. de saint Pierre, u.) — A cette vue ne vous sentez-vous

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