‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 13 sur 389 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

tombés en désuétude. Il fit aussi bien des retouches de diverse nature dans le détail du style. Un seul exemple montrera combien elles étaient quelquefois minutieuses et scrupuleuses. £n 1645, il avait écrit dans la Suite du Menteur :

« LaUitz-Ut s' écouler ^ je vous dirai qui c'est. » (A. m, se. 4.)

En 1682, il corrigea pour mettre :

< Laissez-les s'échapper j je vous dirai qui c'est. )»

Mais généralement ces retouches ne furent pas très-heureuses. Corneille était essentiellement un écrivain de jet. Il ne savait guère chercher ni travailler ses corrections, et souvent quand il voulait ainsi modifier de sang-froid ce qu'il avait écrit de verve, son instinct Tabandonnait, et à des beautés de premier ordre censurées peut-être par une critique infime ou timide, il substituait des expressions beaucoup plus communes. C'est ainsi qu'il supprima la poétique expression :

« Au milieu de l'Afrique arborer ses lauriers, »

et la remplaça par ce vers :

« Du sang des Africains arroser ses lauriers ; »

parce que Scudéry, l'Académie et Ménage avaient déclaré qu'on ne peut pas dire arborer un arbre, 11 avait d'abord dit dans Pompée, iv, 4 :

« Je n'irai point chercher sur les bords africains Le foudre punisseur que je vois en tes mains. »

Dans une révision, il affaiblit le vers en mettant le foudre souhaité^ au lieu du foudre punisseur, que Molière saura reprendre et s'approprier très-heureusement. Ahl que le poète garde ses archaïsmes, ses hardiesses, et môme ses incorrections, plutôt que de nous priver d'aucune de ces originalités et de ces créations de génie qui feraient tout pardonner.

Le père de la tragédie française ayant si peu innové dans le mot et dans l'expression, un Lexique de Corneille n'aura donc à étudier qu'un bien petit nombre de faits de langue particuliers à ce poète, mais il offrira l'occasion d'expliquer une multitude de termes et de manières de dire très-usités au dix-septième siècle, et dont cependant aucun dictionnaire n'a coutume de s'occuper.

Notre livre offrira un grand nombre de ces études toutes

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neuves sur la diction des grands écrivains gui ont fondé ou perfectionné la langue classique, et en ont étendu le domaine par des alliances nouvelles et heureuses. Nous indiquerons quelques* unes de ces espèces de monographies philologiques, et nous in* sisterons même sur des détails dont beaucoup de lecteurs pourront profiter. A Toccasion, nous compléterons notre Lexiqtie au point de vue de la langue générale du dix-septième siècle.

Corneille emploie très-souvent avancer dans le sens de faire réussir, de servir :

c Votre fourbe inventée à dessein de nous nuire,

Avance nos amours au lieu de les détruire. » {Mil,, y, 6.)

c Et ma timidité s'efforce d'avancer

Ce que hors du péril je voudrois traverser. » {Méd., m, 1.)

c Pour avancer ïetteX de ce discours fatal. » {Pol.f i, 3.)

« Les intérêts du prince avancent trop les miens

Pour. . . » [TiU et Bir, , m, 3.)

On peut voir au Lexique les autres exemples, et le texte complet de ceux que nous ne faisons qu'indiquer ici. Corneille emploie encore avancer dans le sens de gagner :

c Et jamais sur ce cœur on n avancera rien,

Qu'en me donnant un sceptre ou me rendant le mien. > (ÛCd., i, 1.

< Je parle, promets, prie, et je n'avance rien. » {Sur.f ii, 3./

Enfin, il s'en sert dans le sens de mettre à exécution :

< Il est temps d*avancer ce qu'il faut que je fasse. » {Bodog,, v, 3.)

Toutes ces significations si curieuses se rencontrent partout dans les écrivains de la fin du seizième siècle et dans ceux du dixseptième. Nous ne pouvons pas reproduire ici tous les exemples cités dans notre Lexique^ pour établir une acception connue de si peu de personnes. Il suffira d'en présenter en abrégé quelques-uns, d'autant que nous espérons qu'on les voudra lire tous dans le livre :

<( Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire ;

Certes, je le puis dire.

Mais je puis dire aussi qu'ils n'oni rien avancé. >

(Malh., Trad. du Pi. cxxvii.)

c Avancer l'œuvre, avancer le traité. (Henri iv.V-Ce que l'on avança fut que... (Malb .)-— iâvaneer une conquête. (Boss.) — Avancer une entreprise. (St-Réal.)— Avancer les intérêts de la religion. (Mass.) — Avancer un projet. (Boss.) — Avan-

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