‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 14 sur 389 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

eer un dessein. (La Rochbf.) — Tout ce qui avance notre élévation. (Boss.) — Us n'dvoteni pas beaucoup avancé de s'être défaits de Ferdinand. » (Fusch.)

D'une manière analogue, avec le pronom personnel :

< Notreheurue peut f 'avancer qu'en... » (P. Corn., la Veuve.)

Le verbe rompre se prenait aussi dans plusieurs acceptions remarquables qui ont maintenant besoin d'être expliquées. Ainsi il avait fréquemment le sens d'empêcher d'avoir lieu : « Rompre un coup y des coups y rompre des spectacles, rompre des effets, des projets, des succès, une entreprise, un obstacle. » (P. Corn.) — « Rompre des plaisirs. » (Lariv.) — € Rompre un malheur. » (D'Urfé, Th. Corn.) — « Rompre une partie. » (M"' de Villkd.) — « Rompre un dessein. » (Brant., P. Corn., Boss., M"« de Villed.)

Rompre un coup est une expression prise du jeu de paume, et toutes les locutions analogues que nous avons citées sont de légitimes extensions de la signification première, quoi qu'en ait dit Voltaire en critiquant rompre des spectacles.

A propos du vers de Corneille,

« Et ce n'est pas pour éire aux termes d'en mourir, » (Puleh.^ ni, 3.)

nous avons encore fait une étude approfondie sur des manières de parler fréquentes au seizième et au dix-septième siècle. Nous avons montré qu'on disait souvent être aux termes de, ou être en termes de^ ou bien encore' e^re en terme <fe, suivi d'un infinitif, pour signifier être au point, être sur le point de; qu'on trouve également être sur les termes de, pour signifier être sur le point de, ou être en position, être en mesure de; et dans des sens analogues, être en grands termes de; qu'enfin on disait mef/re aux termes de, réduire à telle ou telle extrémité, ou mettre en état de, et réduire aux termes que, réduire à un tel état que.

Il y a encore trop d'hommes qui croient que, hors le Dictionnaire de V Académie, — nous parions de l'ancien, — il n'y a pas de salut. Ils pourront être désabusés par beaucoup d'articles semblables à plusieurs de ceux que nous venons de mentionner: quelques-uns rappellent des faits de langue décidément vieillis, mais les autres devraient encourager à d'heureux rajeunissements.

Cette grande et belle langue du dix-septième siècle, qui possédait tant de richesses et de ressources, avait une aisance de varier

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les locutions que nous avons perdue. Nous pronverons ici par quelques exemples un fait dont notre livre tout entier est la démonstration.

On dit habituellement donner lieu^ laisser lieu de; au dix-septième siècle cette locution se modifiait en mettant un adjectif devant lieu :

< Ce foot des termes qa'il a si pea expliqués, qu'il nous laisse grand Ueu de douter de ce qu'il veut dire. > (P. Corn., Prem, Disc.)

c Ne dofifures-vous point quelque lieu de vous dire...? »

(Id., PulcA.,111,].)

On mettait aussi un adverbe de quantité devant lieu :

< Carlos a tant de lieu de vous considérer. »

(P. Corn., D, Sanehe,v,l,)

< Qui vous avaient donné tant de lieu de vous plaindre. »

La locution un peu vieillie rendre combat, rendre le combat^ se variait de vingt ou trente manières, au propre ou au figuré : ne rendre point de combat ^ ne rendre aucun combat ^ rendre plus de combat j rendre tant de combats, rendre des combats superflus^ rendre de grands combats^ sans presque rendre de combat^ rendre un combat très-furieux, rendre de beaux combats, ne rendre quun combat trèscourt j rendre des combats faibles.

Il est en votre main^ pour signifier il est en votre pouvoir, il dépend de vous, est une locution toute faite et très-ancienne. CorneUle la modifie en la faisant suivre de de et d'un infinitif:

c S't/n'ejf pas en sa main de m'arréter au jour. > {CEd,, iii, 1.)

« Mais il est en ta main de le rendre impuissant. > {Imit., iv, 10.)

Une des locutions où apparaît le mieux l'aisance heureuse qu'on avait dans la vieille bonne langue de varier et de nuancer l'expression, c'est la locution tirer raison^ et faire raison. On disait, comme aujourd'hui, tirer raison^ mais on disait encore, avec l'adjectif possessif, tirer sa raison :

€ Mourir sans tirer ma raison! > (P. Coaif., Le Cid.)

On disait, d'une manière analogue, avoir sa raison, avoir sa raisonde :

« Oue H papes sa raison ui. » (G. Gui art.)— c J'en auray tousjours ma raison. » (R. Bbllbav.} — c Ha! j'en auroff ma raison. » (Larivbt.)

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