‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 150 sur 389 · COULER · texte numérisé non relu

COULER

— Corneille dit aussi : coucher de, pour signifier parler avec emphase de :

J'aurai mille beaux mots tous les jours à te dire,

Je coucherai de feux, de sanglots, de martyre.

Je te dirai : Je meurs, je suis dans les abois,

Je brûle.... (Suiu du Meni,, i, 2.)

On a dit dans un sens analogue :

Vous qui couchez toujours de l'ancienneté, comme si c'estoit votre advantage. (D'ÀOBiG.. Mém,, 1601.) — Lequel, pour toute réponse, me coucha d'un Plutarque, qui semble faire le semblable. (Pasq., Leii., vin, 12.)

COULER, verbe act., au fig., faire pénétrer, faire glisser, insinuer :

Tu sais adroitement couler la flatterie. (Suite du Ment., ii, 6.)

Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace

Et coule dans ma joie une secrète glace. {Rodog.y i, 9.)

De tant de questions les dangereux mystères

Produiroient moins de trouble et de renversement.

Et ne couleroient pas dans les règles austères

Des plus saints monastères

Tant de relâchement. {Imit., i, 3.)

On trouve d'une manière analogue :

Il est impossible , par le devoir de Dien, qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne , et se disant conforme à Dieu et à l'Église , fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile. (Pasc, Petuées^ édit. Louandre.c. 23, iii.)

— COULER (se), au fig., dans le sens de se glisser, s'introduire :

Comme les imprimeurs ont eu de la peine à s'y accoutumer, ils n'auront pas suivi ce nouvel ordre si ponctuellement, qu'il ne t'y soit coulé quelques fautes, auxquelles il sera aisé de suppléer. (Préf, de : Le Théàt. de P. Corn., éd. de ltf82.) — Beaucoup de bonnes âmes sont assez simples pour ne s'apercevoir pas des imperfections de celte version, que d'autres mieux éclairées y rencontrent du premier coup d'œil, et qui ne iy couleroient pas en si grand nombre si Dieu m'a» voit donné plus d'esprit. {Imit., préf., 1653.)

Vois quel excès de crainte en mon &me se couUt

Vois-la gémir et s'affliger. {Ibid, , m, 23.)

11 n'y a personne qui ne croie faire honneur à un malheureux quand il le sert. Il y a trèS'peu d'honnêtes gens à cette épreuve , parce que cette disposition, ou plutôt cette indisposition te coule si imperceptiblement dans les esprits de ceux qu'elle domine, qu'ils ne la sentent pas eux-mêmes , et elle est de la nature de l'ingratitude. (Rbtz, Af^m.) — Encore que ces sentiments n'eussent point passé par. décret public en dogme de la synagogue, ils se couloient insensiblement parmi le peuple. (Boss., Hist. uitiv., 2* p., c. 18.)

De môme, avec ellipse du pron. pers. :

Vous voyez qu'il y a beaucoup de gens dans les compagnies qui commencent

Page 1