COULER
— Corneille dit aussi : coucher de, pour signifier parler avec emphase de :
J'aurai mille beaux mots tous les jours à te dire,
Je coucherai de feux, de sanglots, de martyre.
Je te dirai : Je meurs, je suis dans les abois,
Je brûle.... (Suiu du Meni,, i, 2.)
On a dit dans un sens analogue :
Vous qui couchez toujours de l'ancienneté, comme si c'estoit votre advantage. (D'ÀOBiG.. Mém,, 1601.) — Lequel, pour toute réponse, me coucha d'un Plutarque, qui semble faire le semblable. (Pasq., Leii., vin, 12.)
COULER, verbe act., au fig., faire pénétrer, faire glisser, insinuer :
Tu sais adroitement couler la flatterie. (Suite du Ment., ii, 6.)
Je ne sais quel malheur aujourd'hui me menace
Et coule dans ma joie une secrète glace. {Rodog.y i, 9.)
De tant de questions les dangereux mystères
Produiroient moins de trouble et de renversement.
Et ne couleroient pas dans les règles austères
Des plus saints monastères
Tant de relâchement. {Imit., i, 3.)
On trouve d'une manière analogue :
Il est impossible , par le devoir de Dien, qu'un homme cachant sa mauvaise doctrine, et n'en faisant paraître qu'une bonne , et se disant conforme à Dieu et à l'Église , fasse des miracles pour couler insensiblement une doctrine fausse et subtile. (Pasc, Petuées^ édit. Louandre.c. 23, iii.)
— COULER (se), au fig., dans le sens de se glisser, s'introduire :
Comme les imprimeurs ont eu de la peine à s'y accoutumer, ils n'auront pas suivi ce nouvel ordre si ponctuellement, qu'il ne t'y soit coulé quelques fautes, auxquelles il sera aisé de suppléer. (Préf, de : Le Théàt. de P. Corn., éd. de ltf82.) — Beaucoup de bonnes âmes sont assez simples pour ne s'apercevoir pas des imperfections de celte version, que d'autres mieux éclairées y rencontrent du premier coup d'œil, et qui ne iy couleroient pas en si grand nombre si Dieu m'a» voit donné plus d'esprit. {Imit., préf., 1653.)
Vois quel excès de crainte en mon &me se couUt
Vois-la gémir et s'affliger. {Ibid, , m, 23.)
11 n'y a personne qui ne croie faire honneur à un malheureux quand il le sert. Il y a trèS'peu d'honnêtes gens à cette épreuve , parce que cette disposition, ou plutôt cette indisposition te coule si imperceptiblement dans les esprits de ceux qu'elle domine, qu'ils ne la sentent pas eux-mêmes , et elle est de la nature de l'ingratitude. (Rbtz, Af^m.) — Encore que ces sentiments n'eussent point passé par. décret public en dogme de la synagogue, ils se couloient insensiblement parmi le peuple. (Boss., Hist. uitiv., 2* p., c. 18.)
De môme, avec ellipse du pron. pers. :
Vous voyez qu'il y a beaucoup de gens dans les compagnies qui commencent