COURANT. — COURIR
Eq parlant ainsi, il bavait avec tant de courage, il confondait tellement toutes les idées, que.... (Id., Zadig, c. xvi.)
— COURAGE, avec ce sens, se trouve chez Corneille joint à cœur dans une même phrase; ce qui parait une pure négligence :
Ce fils, qui devoit être inceste et parricide.
Doit avoir un cœur lâche, un courage perfide. (CEd., iv, 4.)
— LES COURAGES, pour ies kommes courageux y les hommes de coeur:
La prudence et les soins de Votre Majesté , les bons conseils qu'elle a pris,
ies grands courages qu'elle a choisis pour les exécuter, ont agi si puissamment
dans tous les besoins de TËtat, que... (PoL, à la reine régente.)
Des plus nobles d*entre eux et des plus grands courages ^
N'avez-vous pas les fils, dans Osca, pourbtageb? {Sert., i, 3.)
La parole suffit entre les grands courages. {Ibid.)
COURANT, employé comme cours :
Je n'ose attribuer le bonheur qu'eurent ces deux comédies à l'ignorance des préceptes, qui était assez générale en ce temps-là, d'autant que ces mêmes préceptes, bien ou mal observés, doivent faire leur effet, bon ou mauvais, sur ceux même qui, faute de les savoir, s'abandonnent au courant des sentiments naturels. {Prem. Disc)
COURANTE, subst. fém. , sorte de danse, apprendre une COURANTE vers LA PRISON, pour signifier, s*y rendre en courant :
Je puis vers la prison apprendre une courante. {Suite du Ment.^ n, 3.)
COURBER, employé neutralement :
Quatre monstres marins courbent sous ce fardeau. [La Tois, if or, ii, 3.)
A vaincre tant de fois mes forces s'affaiblissent.
L'Etat est florissant, mais les peuples gémissent ;
Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits,
Et la gloire du trône accable les sujets. {La Tois, d'or, prol.)
La Harpe dit : « Courber n'est point un verbe neutre : c'est un verbe actif qui demande un régime. Ployer était le mot propre, s'il eût pu entrer dans le vers. » L'observation est complètement fausse; l'Académie elle-même indique l'emploi neutre courber sous le faix, et on rencontre des exemples nombreux et variés de cette signification nécessaire :
On void ces âmes assaillies et essayées par ces deux moyens, en soustenir l'un sans s'esbranler, et courber souz l'autre. (Mont., Ess», i, 1.)
l\ courbait sous les fruits. (La Fout., Fables, z, 2.)
COURIR A, suivi d'un infinitif :
Qu'avec chaleur, Philippe, on court à le venger.
Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger. (Pomp,, v, l.\
COURONNE.. — COURRATIER. 155
Si je oe pois fléchir, je cours à me venger. {Àndrom., v, 1.)
A est ici dans le sens de pour; on a donc eu tort d'y voir un solécisme, par la raison qu*on dit habituellement courir venger, saisir, prendre, combattre.
— GOCRiR, fig., en parlant de la sueur :
Seigneur, voyez ses yeax Déjà tout égarés, troubles et furieux,
Cette affreuse sueur qui court sur son visage. [Rodog., v, 4.)
Une froide sueur courut par tous les membres de son corps. (Fbn., Télém.^ vu.)
— LAISSER COURIR LE TEMPS, laîsser aller les choses sans s'inquiéter :
Laissons courir le temps.
Et, malgré ses abus, vivons toujours contents. {La Veuve, m, 3.)
— FAIRE COURIR, cu parlant d'un livre, le débiter :
On l'a attribué au fameux Lope de Yéga ; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'Alarcon, où il prétend que cette comédie est à lui , et se plaint des imprimeurs qui Vont fait courir sons le nom d'un autre. [Exam. du Ment.)
COURONNE, pour tête couronnée :
De quel œil voulez-vous, seigneur, qu'elle me donne
Une main refusée à plus d'une couronnct
Et qu'un si digne objet des vœux de tant de rois
Descende par votre ordre à cet indigne choix? [Sur., m, 3.)
COURONNEMENT, pour couronnement d'une action, pour y mettre le comble :
Que pour couronnement dtune action si noire
Les mêmes assassins surent encor percer
Varron, Turpilian^ Capiton et Macer. (Oth., i, I.)
COURRATIER, courtier d'intrigues :
Mais si jamais je trouve ici ce courratier,
Je lui saurai, madame, apprendre son métier. (La Veuve, m, 7.)
Covratiery couratière, ancienne forme des mots courtier, courtièrcy se prenaient souvent en mauvaise part pour désigner de bas entremetteurs :
Il devint en un jour savant en tel métier,
Maquignon, revendeur, affronteur, couratier» (Rons., Bymn., ii, 10.)
La couratitre, après leur avoir faict les caresses accoutumées, les conduict dans
an petit corps de logis sur le derrière, à cette un de mieux et plus facilement
prendre leurs esbats sans estre inquiétés de personne. [Les plais, ruses et cabales
de trois bourgewses de Paris^ 1615, in-8*. Var. hist, et litt., t. vu.)