‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 166 sur 389 · DÉBATTRE. — DÉBORDEMENT · texte numérisé non relu

DÉBATTRE. — DÉBORDEMENT

— DE, explétif:

C'est moi que tyrannise un tuperàe de frère, {Andiom., ni, 5.)

Si vos tyrans d'appas retiennent ma franchise,

Je puis l'être comme eai de qui me tyrannise. [Attila, m, 9.)

DÉBATTRE, employé absolument :

Amusez-le du moins à débattre avec vous. [Niernn., v, 5.)

« Débattre, dit Voltaire, est un verbe réfléchi qui n'emporte point son action avec lui. Il en est ainsi de plaindre^ souvenir; on dit : Se plaindre, se souvenir, se débattre ; mais, quand débattre est actif, il faut un sujet, un objet, un régime. Nous avons débattu ce point; cette opinion fut débattue. »

Dans Tancienne langue on avait une liberté très-grande et trèsheureuse d'employer les verbes neutralement ou absolument dans des cas où Ton se servirait aujourd'hui de l'actif ou du réfléchi. Plus loin nous éclaircirons à fond cette question.

DÉBILE, faible, au sens moral :

Un héros arrêté n'a que deux bras à lui,

El souvent trop de gloire est un débUe appui. (Sur., v, 1.)

Et mes ressentiments n'ont qu'un débile effort. [La Suiv., iii, 3.)

Je brave, vain amour, ton débile pouvoir. [Ln PI, Roy,, v, 10.)

Et que peut contre moi ta débile vaillance? [Méd.^ v, 7.)

Son coup (de la tentation) est pour les uns rude, ferme, pressant.

Pour les autres, débile, et mol, et languissant. [Imit., i, 13.)

DÉBILITER, aflaiblir. débiliter la force de quelqu'un :

Crois-tu qu'aimant Daphnis, le titre de son père

DébiliU ma force, ou rompe ma colère ? [La Suiv. , iv, 8.)

DÉBITER, pour signifier exposer, exprimer :

Je vous demande pardon si je vous débite avec tant de franchise ma pensée sur les présents que vous m'avez faits, vous me l'avez ordonné et je vous obéis. [Lett. au P. Boulard, 12 avr. J053.}

On trouve débiter, dans le style sérieux, employé dans ce même sens et sans aucune idée défavorable :

Dans tous les siècles ils ont renouvelé les mômes 'défenses, débité les mêmes maiiimes, prononcé les mêmes arrêts. (Bourd., Serm. pour le 3* dim, apr, Pdq., i.) —Ce ne sont pas mes pensées que je débite; je ne fais que rapporter les jugements d'autrui. (Mabsolibr, Vie de S. Franc, de Sal., Avert.)

DÉBORDEMENT, fig.

La prodigalité de sa divine main

Veut que tout homme ail part à ce bien souverain (la grâce)

168 DÉBRIS. — DÉCEPTIF.

Au milieu de sa lassitude :

Et du corps tout usé la tratnapte langueur, Dans le débordement de cette plénitude,

Souvent trouve un trésor de nouvelle vigueur. (/mil., iv, 1.)

Ses fleuves teints de sang, et rendus plus rapides Par le débordement de tant de parricides. [Pomp., i, 1.)

Ne sent-on pas un peu trop dans ces derniers vers le goût et rimitation de Lucain?

DÉBRIS, au sing. et au propre, dans le sens de ruine, écroulement :

L'un, écrasé subitement

Sous le débris d'un b&timent,

A fini ses jours et ses vices. {!mit., i, 33./

DÉCEPTIF, trompeur, dont l'objet est de tromper :

Enfin, tu ne vois là, poudres, racines, eaux.

Dont le pouvoir mortel n'ouvrit mille tombeaux;

Ce présent décepiifa. bu toute leur force.

Et, bien mieux que mon bras, vengera mon divorce. (V^*, iv, 1.)

Ce mol est très-fréquemment employé par les poètes du qiûiiziëme siècle, du seizième, et du commencement du dix-septième :

Les abusant par deceptif langaige.

(Geinoorb, Les PoUee entrepr,, Bibliotb. eixév., p. 67.)

J'ai essayé du froid, du cbault, Et sçai que cette vie mondaine Est fainte, déceptive et vaine.

Faisant cent mille gens périr.

(Martial di Paris, ditD'AuvsRGNB, V Amant renducordelier à F observance damourê,) Qui t'a fait si savant A mettre mots déceptifs en avant? (Cl. Marot, Léandre ei Uiro,)

Pensei-vous nous rendre estonnez Par une langue dtceptivct Comme si la noslre captive

Ne pouvoit respondre un seul mot. (Grbvin, Les Esbakis, v, 4.) Nostre France est trop abbruvée De vostre feinte controuvée

Et déceptive intention. (I<l*i ibid,)

Fortune m'a, par ses faictz decepiis^ Tourné le dos, et mes sens abêtis, Puis que tu n'as leu ne veu de l'acteur

Trois Épistres. (B. db Collbrtb, Boud,t cix.)

C'est mal parlé, homme non véritable,

Trop deceptif el trop insupportable.

De maintenir que m'avez satisfait. (là,, ibid., cxviii.)

Sommeil léger, image déceptive.

Qui m'es un gain et perte en un moment;

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