‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 167 sur 389 · DÉCHARGER. — DÉCROÎTRE · texte numérisé non relu

DÉCHARGER. — DÉCROÎTRE

Comme tu fais écouler promplement»

En t^éGoulant, ma joie fugitive I (J. V auquklin db la Frbsn. , SontuL) Jacob» en cet estât, d'une façon accorte, Prend le mets deeeptif, au grand vieillard le porte.

(St-àmaht, Moyse tauvé, ii.)

On trouve de même, avec un nom de personne : •

Mesmes la terre Fut divisée en bornes et partis Par mesarenrs fins» cauts et dicepiift. (Cl. Mabot, Met, ttOvUie, i.)

DECHARGER, fig. :

J'aime à te voir ainsi décharger ion courroux, [La Gai, du PaL, i, 9.)

La locution consacrée est décharger sa colère,

DÉCHARNER, v. act., au sens propre, rendre décharné :

Regardez-le marcher ; ce visage si grave,

Dont le rare savoir tient la natare esclave,

N'a sauvé toutefois des ravages du temps

Qu'un peu d*os et de nerfs qu'oni décharnét cent ans. (Vlltut, eoM., i, 1.)

DÉCISION. DONNER QUELQUE DÉCISION SI, pour signifier décider si :

Le temps pourra damier quelque décision

Si la pensée est belle, ou si c'est vision. {Nicom,^ ii, 3.)

DÉCONFIT, défait, en parlant du cœur :

Ah ! si tu m'entreprends deux jours de cette sorte,

Mon cœur est déconfit, et je me tiens pour morte. [Suiu du Ment,, i,3.)

DÉCOUPER, fendre en divers sens :

Quatre naUis emplumés le soutiennent sur l'eau (un trône),

Et découpant tes airs par un battement d'ailes.

Lui servent de rameurs et de guides fidèles. {La Tois, d'or,^ u, 3.)

Hôtes vagues des airs qui découpez leur vide,

Exaltez sa grandeur. (Traduet, du Cani, des trois enf, dans lafimm,)

Cette pittoresque expression avait été employée avant Corneille :

Les cbauvesonris, les fresayes,

Dont les cris sont autant de playes

A l'oreille qui les entend.

Découpons Voir humide et sombre.

Percent jusqu'où mon corps s'cstend.

Et le muguettent comme une ombre. (St-Amant, Le Mauvais logem,)

décroître, diminuer, en parlant d'im sentiment, d*tme

passion :

Je sens à las regards dicroiire ma colère ;

De moment en moment ma fureur se modère. {Méd.^ it, 10

no DÉDALE. — DEDANS.

DEDALE, fig., embarras inextricable :

Voilà de quoi tomber en un nouveau dédale.

0 ciel! qui vit jamais confusion égale? * (La Suit'., v, 4.)

DEDANS, avec un régime, pour dans :

. Rentre,. pauvre abusée, et dedans tes malheurs,

Si tu ne les retiens, cache du moins tes pleurs. {La GaL du PaL, iv, 3.)

Si vous prenez plaisir dedans mon entretien.

Pour le faire durer ne vous plaignez de rien. (f^td., v, 5.)

Voulez-vous demeurer dedans la rêverie? {Le Cidt i, 2.)

Dedans mon ennemi je trouve mon amant. {Ibid., m, 3.)

Si je vous reconnais? Quittez ces railleries.

Vous que j'entretins hier dedans les Tuileries,

Que je fis aussitôt maîtresse de mon sort. (Le Ment,^ v,6.)

Tu nous vas à tous deux donner dedans la vue. (Suiu du âfem., i, 2.)

Pour lui donner secours dedans cette prison. (I^û/., ii, 1.)

Il faut le recevoir, ou hâter son supplice,

Le suivre, ou le pousser dedans le précipice. (Poinf ., i, 1.)

Je les vis s'en cacher de honte et de dépit,

J'en vis dedans leurs yeux les vives étincelles. {Androm.^ i, 1.)

Vouloir que la raison règne sur un amant,

C'est être plus que lui dedans l'aveuglement. (Ibid.^ i, 4.)

Ce môme roi me vit dédans l'Andalousie

Dégager sa personne, en prodiguant ma vie. (D. Sanche, i, 3.)

Va dedans les enfers plaindre ton Curiace. {Uor.t iv, 5.)

«c On ne se sert plus du mot de dedans, dit Voltaire, et il fut toujours un solécisme quand on lui donne un régime ; on ne peut remployer que dans un sens absolu : « Êtes-vous hors du cabinet? Non , je suis dedans. » Mais il est toujours mal de dire : <L Dedans ma chambre, dehors de ma chambre. » Corneille, au cinquième acte, dit :

Dans les murs, hors des mars, tout parle de sa gloire.

U n* aurait pas parlé français, s'il eût dit : « Dedans les murs , dehors des murs. »

Encore une décision trop précipitée. Tous les exemples suivants prouveront que pendant longtemps il n'a pas été incorrect de faire une préposition de dedans, avec les diverses significations propres à dans :

Dedans un antre un lion d'aventure Trouve un renard navré mortellement.

(Jban de La Taille, Epigr. d'un tion et d'un renard.)

Las! je suis langoureuse Du mal d'amour, qui toujours me tourmente.

DEDANS. m

Et sans cesser dedatu mon caear augmente.

{Lkeur et guain d^une chambrière qui amis à la blanque pour soy marier.)

Crassas, farooschebeste, Noie dedatu le sang son impitense teste. (D'aubigné, Tragiq., m.)

Ce bean feu si subtil qui, pour nous faire aimer. Vient dedans nostre sang afin de l'animer, S'il est trop violent et s'il a trop do flame, 11 affoiblit le corps, il esblouyt nostre ame.

(Tasoro., Élégie. Ne me fais pas aymer a\ecques taot de peiiie.)

Puisque le ciel t'a mis dedans la fantaisie

Le bon heur de gouster un peu ma poésie,

Tu verras mon génie, à tes yeux complaisant,

Ten faire tous les Jours quelque nouveau présent. (Id., ibid,)

Dedans l'obscurité

Il peut vous venir voir avec facilité. (Ricubl.. Miramef i, 5.)

Vous en verrez l'effect, et dedans peu d'espace. (Racan, Berg.y ii, 1.)

Il a donné des maisons dedans Paris par le contrat de mariage. [Caquets de

Vaecouchie, 4« journ.) — Je trouvai, en entrant dedans mon cabinet ma cassette

rompue. (Marq. db CoorcbllB) Mim,) — Je pense que dedans ce livre on pourra

trouver la langue françoise tout entière. (Sorbl, Francion, z.)

Et vous Gomès, et vous Civart,

Qu'on montre au doigt dedans le Louvre.

[La Fourberie découverte, ou le renard anrapé, 1650, in-4'>, p. 7.)

Elle parloit beaucoup? faut-il s'en étonner? C'est dcdoj» une femme une chose ordinaire, Et je n'en ai jamais connu qui sût se taire.

(HoNTPL., La femme juge et partie^ iv, 3.)

Ce fripon de prevdt dedans cette journée

M'a donné de la peur. (Id., ibid,, v, 11.)

Les exécutants sont tenus de faire vendre les biens dedans deux mois après les oppositions jugées ou cessées. [Coustumes de Paris, 1668, art. clxxu.)

— AU DEDANS, dans le fond du cœur :

La jalousie la rongeait au dedans, et excitait en son &me autant de véritables mouvements de haine pour sa compagne qu'elle lui rendait de feints témoignages d'amitié. [Àrg, de Clit.)

— DEDANS, subst. LE DEDANS, rintéricur de Tâme :

Et si mon &me cède à mes feux trop ardents, Sauve tout le dehors du honteux esclavage

Qui t'enlève tout le dedans. [La Tois. d'or, i\, ^.)

Le dedans n'est que trouble, et que sédition. [Pol., u, 1.)

Corneille se sert plusieurs fois de cette locution d'une manière semblable dans Y Imitation. Elle est employée de même dans Vintemelle Coruolacion.

— DEDANS, subst., et avcc un adj. démonstr. :

Vois um dedans, et considère

Le fond de ton intention. [Imit., ii, 6, éd. de 1563 et de 1656.)

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