‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 18 sur 389 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

A s'employait aussi pour en devant un infinitif :

« A raconter ses maax souvent on les soulage. > (P. Gobn., ?ol.^ i, 3.) « À remonter encore plus haut, on voit... » (Boss.)

Etc., etc.

Et aussi devant un substantif, comme on le verra, notamment par notre article à guise de pour en guise de.

A remplaçait encore de; à quel droit, pour de quel droit:

c À quel droit gardes-tu l'aimable nom de vie? > (P. Coen., /mil., m, SO.) « • . . il quel droit prétends-tu nous juger? » (Fontbn., Pau.)

Et avec des verbes, s'effaroucher à, comme s'effaroucher de :

« Qu'il ne s effarouche point à le voir sur la scène. » (P. Corn., Deux. Dise.) E

Oublier o, pour oublier de; manquer à, pour manquer de; ne pas laisser à , pour ne pas laisser de; conseiller à, pour conseiller de; omettre à, pour omettre de.

On mettait aussi à pour de après certains adjectifs, tel que dissemblable à pour dissemblable rfe, etc.

Corneille, comme ses contemporains, affectionne encore l'emploi de à pour avec :

€ À moins de sang. > (lior.)—€ À coiffe abattue. » {te Ment.) — À vœux redoublés. » {Trad. des Ps.) — ftÀ communes enseignes. » {Sert.)— « A communs sentiments. » (Othon.)

« ... Charles qui t'attend, mais à portes ouvertes,

A forts démantelés, à travaux démolis. » (Les Vict. du roi en 1667.)

A était mis aussi quelquefois pour envers :

€ A moins que d'élre ingrate à mon libérateur.» (P. Corn., Androm., u, 2.) « Mais voyant que ce prince ingrat à ses mérites... » (Id., Pomp., n, 2.)

Le Dictionnaire historique de FAcadémie française n'indique pas ces exemples parmi ceux de la préposition à employée dans le sens d'envers. Est-ce parce que Patru a trouvé hardies ces manières de dire, et que d'Olivet et Voltaire les ont critiquées, Tun chez Racine, et l'autre chez Corneille? Cependant, outre nos gi'ands poètes, des auteurs de toute sorte, depuis Grinsçore jusqu'à Voltaire lui-même, se sont servis de cette forme excellente.

Corneille dit :

€ Je parle seulement de ce qu'a vu le roi.

Seigneur, et qui voudra parie à sa conscience. > (D. Sanche, i, 3.)

C'est-à-dire, parle selon sa conscience. Cette expression est

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assez particulière ; du reste, elle rentre dans la signification de sehm qu'on donnait alors plus souvent qu'aujourd'hui à la préposition a. Corneille dit, parler à sa conscience, comme on dit, parler à sa fantaisie.

n était encore très-ordinaire au dix-septième siècle d'employer de pour en, suivi d'un participe présent :

c Que ferois-m de moi de me laisser la vie? > (P. Corn., Béracl,, m, 2.)

Forme rapide où Voltaire a vu, bien à tort, un solécisme, et que nous justifions par d'excellents exemples des contemporains de Corneille.

De^ ainsi placé devant un infinitif, équivalait quelquefois à si avec le conditionnel, comme dans cette phrase :

« Mélite seroit trop ingrate de rechercher une autre protection qae la vdlre. » (P. CoKN., Dédie, de Mil.)

La préposition de s'employait encore au dix-septième siècle de

diverses manières elliptiques qui sont étudiées dans notre Lexi-

quej et dont nous ne rappellerons ici qu'une seule, de pour que de:

ft II ne sait ce que c'est (f honorer à demi. » (P. Corn., Hor., iv, 2.)

• Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? » (La Font. )

c C'est tout ce que vous pourriex faire de la croire. » (Mol.)

Etc., etc.

Enfin, pour ne pas trop étendre nos observations sur de, il entrait dans beaucoup de locutions toutes faites où on ne le m^ittraît pas aujourd'hui. On verra, dans le Lexique^ faire de la béte^ comme on dit faire la bête^ pour signifier refuser quelque chose mal à propos; faire de ^insensible, pour faire ^insensible ; et di> même faire du rodomantj faire du rebelle^ faire du malade, faire du prophète, faire de la petite bouche, etc., etc.

On verra encore, dans Corneille, et dans ses prédécesseurs et ses contemporains, avoir de coutume, locution qui, suivant Ménage, était plus usitée qu'avoir coutume.

Gomme emplois analogues, toujours avec de, que l'usage a rejeté, on trouvera il n'est pas de besoin, comme il n'est pas besoin; avoir de besoin, comme avoir besoin, etc., etc.

Nous indiquons encore plusieurs locutions comme n'avoir point de lieu, n avoir plus de lieu, pour n'avoir point lieu, n'avoir plus lieu ; ne dotinerpas de lieu à, pour ne donner pas lieu à.

Enfin, Corneille dit, d'une manière plus particulière, ne point

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