XXXIV INTRODUCTION
faire de conscience de ^ comme ne point faire conscience de : t Je ny ai point fait de conscience {/'allonger un peu les vingt-quatre heures. » {La Veuve, au lect.)
On le voit suffisamment, cet usage de la préposition de est une particularité très-curieuse de la langue du dix-septième siècle.
De remplaçait encore plus souvent qu'aujourd'hui la préposition par :
« Je le rends convaincu de ta senle écritare. » (P. Corn., C/ii., i, 9.) c De force, de nise.« {Id.^Pol.) — c De hasard. » (Gombbrv.)— « De bonheur. > (La Font.)
c Seigneur, toutes ces morts dont il vous environne
Sont des avis pressants que de grâce il vous donne. 9 (P. Coim., Œd.,i, 1.)
c On vous donne de grâce une heure à vous résoudre. » (Id., 7%éod., m. 1.)
On la préposition avec pour marquer la cause, la manière, la matière, l'instrament, etc. :
« Combattant de rage. » (P. Gorn., Le Ment,) — « Traiter quelqu'un (f entière confidence. » (Id., PoL) — « YeiUerifun soin infatigable. » (Id., Satm.)
Etc., etc.
< De puissance absolue. » (Id., MéL ; Perth.)
Locution qu'on retrouve dans les sentiments de F Académie sur le Cid, dans la Mort iAsdrubal, de Montfleury, etc.
« Les atuquer de toutes ses forces. > (Pbllis.) — « De furie. » (Scarror.) — « D'une constance ferme. » (M** D'Aulnot.)
Etc., etc.
Il remplaçait aussi sur, figuré, dans le sens de touchant :
€ Et je puis dire enfin que jamais potentat
N'eut à délibérer d'un si grand coup d'ÊUl. (P. Corn., Pomp., i, 1.) « C'est une chose déplorable de voir tous les hommes ne délibérer que du moyens et point de la fin. » (Pasc, Pen»,)
Il se mettait encore pour entre:
n. Si le cruel donnoit à choisir de deux rois. » (P. Corn., Agée,, iv, 2.)
En et dans sont également des prépositions dont les accep* tions ont beaucoup varié depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours.
En ou dans remplaçaient souvent à. On disait sHntéresser en, dansy comme s'intéresser d :
c Ainsi que moi, Neptune S^intireete en ton infortune. » (P. Corn., Androm.^, iv, 5.}
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* c Ed vain mon triste cœvaren vos maux iintérute. » (Id., Pulch., m, 8.)
< Et que dans mon offense Alidor s'intéresse, » (Id., La PL Boy., ii, 7.) « Il s'miéresse dans ma conversation. » (Retz.)
« Votre amitié dans mon sort i'iniéreue. » (Quinadlt.) Etc., etc.
De même, être intéressé en, comme être intéressé à:
« Mais ma gloire en lenr perle est trop intéressée. » (P. Corn., Pomp,, iv, 3.)
On disait aussi prendre intérêt en, prendre intérêt dans^ comme prendre intérêt à^ en parlant de personnes ou de choses :
« Et prmids tant d'iniérêi en ce qui leur importe. » (P. Corn., MéL, iv, 2.^ « Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt. >
(Id., D.Sanche, m, 1.) c Ce n'est que dans ses jours que je prends iniirêt. » (Qdin., Àstr.y v, 3.)
Les nombreux exemples que nous citons prouvent que cette manière de parler était très-fréquente, et s'employait encore quelquefois au dix-huitième siècle.
Nous espérons qu'on ne verra pas sans plaisir dans notre Lexique la suite de manières de dire analogues que nous y indiquons, et que nous appuyons d'exemples choisis : Penser en, pour penser à; songer en, pour songer à; il ne tient qu'en, pour i7 ne tient qu'à; condamner en, pour condamner à; se remettre en, pour se remetti^ à ; en dessein de, pour à dessein de; en lieu de, pour au lieu de.
Nous pourrions ajouter ici beaucoup d'autres faits semblables, comme en tête de, pour à la tête de.
En se mettait encore fréquemment pour à devant des noms propres de ville, en Alger, en Alep, en Babylone, en Constantinople, en Lacédémone, en Naples, en Paris, etc. ; et cette manière de dire, dont M. Génin a donné une si fausse explication, remonte aux plus anciens temps de la langue , puisqu'on la trouve dans des monuments aussi vieux qa'Huân de Bordeaux, où on lit :
« Cil s'en torna, et a tant cheminé
Qu'en Anfalerne est .i. matin entré. > (y. 6961.)
Dans remplaçait souvent sur; dans le trône, pour sur le trône.
La préposition pour nous a aussi fourni l'occasion de relever plusieurs particularités de la langue du dix-septième siècle.
Pour s'employait bien plus souvent qu'aujourd'hui avec le sens d'à cause de : « Non pour la crainte des supplices dont il était me-
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nacé. » {Préf. de PoL) Placé devant un substantif, il équivaut fréquemment à quelque^ <l pour chose que y ii quelque chose que. Ainsi construit sans article, il ne marquait parfois que la cause. Nous l'avons encore montré suivi d'un substantif ou d'une préposition, avec le sens de pour ce qui est de. Nous avons multiplié les exemples de cette préposition placée devant un adjectif avec le sens de si, pour grand que, si grand que, pour libertin, pour criminel, si libertin, si criminel : il nous a semblé que cette forme, qui n'est pas un hispanisme, ainsi qu'on l'a prétendu, mais un très-ancien gallicisme , et qui fut reprochée à Corneille comme surannée dès la première moitié du dix-septième siècle, pourrait fort bien être remise en usage, à l'imitation de quelques écrivains de nos jours.
Nous en disons autant à'itre pour, suivi d'un infinitif, signifiant être capable de, être de nature à, avec un nom de personne ou de chose pour sujet.
Ce ne sont pas les seules manières d'employer pour que nous ayons étudiées. On verra encore, dans ce Lexique de la langue du dix-septième siècle, pour suivi d'un infinitif, dans le sens de quoique, ou de parce que , nuances délicates de signification qu'on n'avait pas remarquées jusqu'ici.
La préposition sur ne nous a pas fourni tant de remarques. Nous avons seulement noté qu'on la trouve avec le sens de d'après, suivant : « Sur celte maxime. » (P. Corneille); qu'elle est quelquefois suivie d'une indication de date : « Sur le neuvième de janvier; «wr le treizième de février;» qu'elle se joignait avec/w^sider, pour remplacer le datif latin : «... d'avoir vue une femme présider sur eux. » (Fàuchet.) tiSur quels états l'un et l'antre préside, n (P. Corneille.) Enfin, nous avons signalé la locution de sur, du haut de : nDe sur une émincnce. » (P. Corneille.)
La principale remarque que le cadre dans lequel nous étions renfermé nous a permis de faire sur la préposition par, c'est qu'elle était souvent régime indirect d'un verbe pronominal:
(Dans le Menteur) « toat Tintervailo da troisième au quatrième (acte) vraisemblablement se consume à dormir par tous les acteurs. > (TVoiJ. Dise.)
Nous aurions pu citer beaucoup d'exemples de ce genre, ceux-ci entre autres :
c La guerre ne s'en faisoil pas moins cependant ; et il se jn-enoU et reprenùU plusieurs châteaux, tant par les deux rivaux de Tarchevéque de Reims que par
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les gens du roi, et par cenx de Hugaes. » (Mbzeray, Abrégé de CHist, de France, ' an 948.)
Parmi j aussi bien qu'au milieu de, dans, pouvait régir un nom de chose abstraite, ou un substantif qui n'était ni un pluriel indéfini, ni un singulier collectif, comme la grammaire l'exige aujourd'hui.
Devant, préposition ou adverbe, s'employait souvent comme innmt. On disait de même, et Ton trouve encore dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, au moins en vers, devant que, pour avant que.
La particularité la plus curieuse à étudier dans l'usage des prépositions en général, c'est que le seizième et le dix-septième siècle faisaient suivre de diverses prépositions plusieurs verbes qui ne s'en accompagneraient pas aujourd'hui, ou qui n'en prennent pas dans un aussi grand nombre de cas. Exemples :
On disait abandonner de , pour signifier priver de, cesser d'accorder:
« Comme an navire en pleine mer, que les vents abandonnent de lenr secours.» (Moirr.) — « Pour iire abandonnés de ienrs secours. > (Boss.)
Corneille dit de même, avec un régime indirect de chose :
« Qa*au milieu de tontes mes peines
Ce me soit un soulagement
L*être abandonné pleinement
Des consolations humaines. »' {ImiL, m, 16.)
n a dit affaiblir un État, avec la préposition de, et un substantif indiquant ce qui cause cet affaiblissement :
c Des meilleurs combattants affotblU un État. > {Le Cid, iv, 5.)
Et nous en montrons des exemples depuis Raimbert de Paris, dans la Chevalerie Ogier de Danemarche, jusqu'à Martin du Bellay, dans ses Mémoires.
Condamner était souvent suivi de la préposition de et d'un infinitif, en parlant de personnes ou de choses, dans le sens de porter l'accusation de ... contre, reprocher telle chose à, condamner comme.
Nous avons vu dans Corneille :
« Les ornements de rhétorique dont j'ai tâché de l'enrichir (cette narration) ne la font point condamner de trop d^artifice. > {Exam, de Cinna.)
Nous aurions pu rapprocher de cette phrase beaucoup d'exemples analogues, comme ceux-ci :
c Ce seul acte pourroit suffire pour condamner nostre siècle d'un plus grand
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desbordement que tons les précédens. »(H. Estiknnb, Àpol, pour Hirod., c. 14.) — c Vous nous obligez de suivre une régie, et vous condamnet de témérité ceux qvi U suivent. » (Arnadlo, Fréq. commun,, 3* p., c. 17.)— « Autant que saint Âugostim a été sévère pour condamner tout mensonge de pécbé, autant a-t-il été réservé pour en accuser les anciens justes. » (Sact, Trad, de Judith, Avert.)
On disait de même condamner quelqu'un de, avec un infinitif, pour signifier porter contre lui l'accusation de :
« Calvin ai condamné par ses sectateurs mesmes de s'estre trompé en l'explicatien de ce passage. » (Richelieu, Mélh. pour convertir, etc., i, 10.)
Et avec le pronom personnel, pour dire reconnaître qu'on est coupable de, s'accuser'de :
c 11 aime mieux se condamner du mal dont on l'accuse (la vérité) que de la condamner parce qu'elle Taccuse. > (Arnaulo, Fréq. commun,^ ii, 18.)
On disait très-souvent retenir de, comme empêcher de, et quel* quefois retenir que,,, ne.
Se taire prenait aussi un régime indirect. On disait se taire de quelque chose, pour signifier le passer sous silence.
Dégraderne s*em^loie plus guère aujourd'hui avecefe, et on régime indirect, et c'est à peine si quelques dictionnaires indiquent, avec V Académie, dégrader de noblesse, dégrader des armes. Corneille, et généralement tous les auteurs du seizième et du dix-septième siècle, et même quelques écrivains du dix-huitième, donnent à dégrader de une nombreuse variété de compléments, soit de dignités, soit de qualités morales, soit d'avantages quelconques : dégrader de la dignité impériale, dégrader de l'empire^ dégrader de la royauté, dégrader un homme de ses honneurs, dégrader des cardinaux de leurs chapeaux et rouges capes, dégrader un clerc de son ordre, dégrader du titre de citoyen ou d'un titre quelconque , dégrader d'un droit, dégrader d'un rang, d'une dignité, d'une qualité, etc.
On disait encore épurer de, comme purifier, purger de :
« Mais qui connoît, seigneur, les péchés d'ignorance?
Êpure-Tû^en dés aujourd'hui. » (P. Corn., Trad. du P». xviii.}
Corneille dit ranimer à, comme on dit animera :
c Mais craignez avec moi que ce choix ne ranime
Getie haine mourante à quelque nouveau crime. > ( Ëod., m, 4.)
Et nous pensons que Voltaire a eu tort de voir là un solécisme, La langue avait alors la plus heureuse souplesse. Les écrivains
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faisaient bien d'en profiter ponr donner à leur styJe plus de variété et d'énergie.
Fuir était souvent suivi, et pourrait bien l'être encore, de la préposition A et d'un infinitif:
c Ne /iiy jamais de U-op sçavoir. »
(J.-A. DB Baîp, Les Mimes, 1. ii, f> 90, v«, éd. 1610.) c FWtr <f être son esclave
Bt de vivre en prison. > (Halb., Sonn.)
< Fuir de parier à qaelqa'nn. > (D'Urp^; Ricbbl.)
c Fuis (fétre connu des mortels. • (P. Corn., imii., i, 8 )
« Fuir de répondre à une question. » (A. Arnauld.)— «fiitr de se faire voir. > (Boss.) — « Fuir ifôtre témoin de. > (Th. Corn.) — €FmT <f entendre les vérités. > (Boim».)
On disait aussi quelquefois, fuir à :
« Us fuiem à m'examiner. » (Thbopb.) — c Tu Juit à te venger. Il fuit à lui parler. Fuit à regarder tout ce que... > (P. Corn.)
An seiidème siècle, fuir à pouvait également être suivi d'un sobfitantif :
«Que nediroit-on, que ne feroitron ponr /uyr à si grief ves douleurs ? > (Mont.,. Bss,, II, 5.)
On dit vulgairement, avancer quelqu'un^ pour signifier lui procorer de l'avancement dans une administration, dans l'armée ; et c'est tout ce que les dictionnaires donnent sur cette locution. On la variait très-heureusement, dans la langue du dix-septième siècle, à l'aide des prépositions.
Avec dans :
c U avança dans les tharges ceux qui s'attachoient à son servioe. » (Pubcbibr, Théod., IV, 80.)— c Des gens avancés dans les honneurs du siècle. » (Boss., Serm, *tpr tes oblig, de féiai reiig., i.)
Et figurément, pour signifier faire faire des progrès dans :
c Et lui donne une favorable ouverture pour avancer dans la perfection les enfants que Dieu lui a donnés. » (Boss., Leu, aux Vrsul. de Meaux, 20 août 1685.)
Avec à :
€ Sa Majesté Vavança d'abord à la charge de Nazar.^»(TAVBRN., Voyage de Perse, 1, 9.) — « S'ils les avançoieni à un ordre supérieur. » (Flbcrt, Disc, sur C Histoire euiés,, II, 6.) — • Sans autres dispositions on les avance à la prêtrise. » (Nicole, Sm., iett. Lxxxii.) — « Alegambe fui avancé à la profession en théologie scolaslifM. > (BatIiB, IHU. oHf.)