‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 192 sur 389 · DEVANT · texte numérisé non relu

DEVANT

— DEVANT QUE , comme avant que :

Cet emploi, fréquent dans Corneille comme chez tous les écrivains du dix-septième siècle, se retrouve jusque chez Voltaire et d'autres poètes de son école :

BLBCTRB, revenant à elie et courant vers Vwrme, Crael, qu'osez-vous dire?

Ah! ne m'en privez pas; el devant gu6 j'expire, Laissez, laissez toucher à mes tremblantes mains Ces restes échappés à des dieux inhumains. (Volt., Oresie, m, 4.) Prenez mes sentiments; et, devant queje meure, Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir. (Id., Toner., i, 4.)

Ah ! devant que j'expire, Cher prince, à mes regards le ciel peut te conduire.

(De Bbllot, Pierre te Cruet, ▼, 6.)

Ces faits sont trop connus pour que nous nous y arrêtions ; nous nous contenterons d'observer que devant pour avants devant que pour avant que^ se disent encore parmi le peuple dans quelques provinces, comme dans la Normandie.

— PRENDRE LE PAS DEVANT, commc prendre le pas :

J'ai de l'ambition, ot mon orgueil de reine

Ne peut voir sans chagrin une autre souveraine

Qui, sur mon propre trône à mes yeux s'élevant,

Jusque dans mes États prenne te pas devant. [Sert., ii, 4.)

Voltaire a ainsi critiqué cette expression peu tragique :

« Prenne le pas devant, ne se dit plus et présente une petite idée. Voilà de ces choses qu'il faut ennoblir par l'expression. Racine dit: « Je ceignis la tiare, et marchai son égal. » Prendre le pas devant est une mauvaise façon do parler, qui n'est pas pardonnable aux gazettes. >

Un poète , très-estimé pour la délicatesse et Télégaiice de son style , n'a pas fait di£Qculté d'employer la locution que Voltaire I trouve si détestable :

I Eh bien! soit, je le veux : notre siècle savant

I Sur les temps écoulés a pris le pas devant. (Sénbcb, ÊpU. , au C** d'Ayen.)

! — CÉDER LE PAS DEVANT, commc céder le pas :

I Vous êtes mon atnée, et c'est un avantage

Qui me fait vous devoir grande civilité ; I Aussi veux-je céder te pas devant à l'âge,

' Mais je ne puis souffrir autre inégalité. [Agis,, i, 1.)

I On trouve d'une manière analogue , lâcher le pied devant :

Si, comme à ce vaillant Romain, on lui donne la louange d'avoir toujours vaincu ses ennemis, on ne peut le bl&mer comme lui d'avoir jamais t4cM te pied devant.

\ (SCARB., Portr.)

Page 1