ENCENS
Adieu ; quelques eneetiê que tu veuilles m'offrir,
Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir. [La Gai, du Pal., ii, ^J
Les novices de Tart, avec tous leurs enceiit,
Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-puissans,
Leurs herbes, leurs parfums et leurs cérémonies,
Apportent au métier des longueurs Infinies. [L'IlUu. corn., i, S.)
Mais, quoique vos encens le traitent d'immortel.
Cette grande victime est trop pour son autel. {Pomp., i. 1.)
« Encens^ dit Voltaire, ne souffre point le pluriel. On offre de l'encens aux immortels, mais Tencens ne traite point d'immorlel. »
Juste pour le traitent d'immortel. Hais Voltaire a tort de reprendre encens au pluriel dans la tragédie de Corneille, comme il Tavait déjà repris dans une cde de Frédéric : « Uode à Sa Majesté la reine votre mère, écrivait-il au roi de Prusse, avril 4738, me parait votre plus bel ouvrage. Je n'y trouve à reprendre que quelques expressions qui ne sont pas tout à fait dans notre exactitude française. Nous ne disons pas des encens au pluriel. »
Encens se trouve avec le pluriel au sens propre et figuré, dans le style le plus sérieux comme dans le genre léger :
L'invention des encens et parfums aux églises. (Montaione, Est*, i, S5.}
Tu sauras donc, à mortel insensé.
Que mon courroux, tant de fois offensé Par de si noires &mes, Ne reçoit plus les vœux que des cœurs innocens.
Dont les voix et les fiâmes Eslevent ma louange avecque leurs encens, {Racan, Ps., xlix.)
Et vous, suivez l'auguste frère,
Pour qui désormais nos autels
Fumeront d'«ic<iu étemels
Sur l'un et sur l'autre hémisphère. (Chapelle, Leu, à Jf. dEfiau)
Hier, à la chasse, près d'elle, Je vous regardois longtemps; Et, sans vous donner A*encent^ Vous me parûtes plus belle. (Mol., Psyché, i, 1.)
Cet empire que tient la raison sur les sens
Ne fait pas renoncer aux douceurs des encens. (Id., Femm. sav», i, 1.)
Aux encetu qu'elle donne à son héros d'esprit. (Id., ibid., i, 3.)
Pour moi je ne vois rien de plus sot à mon sens
(}u'un auteur qui partout va gueuser des encens. (Id., ibid.y ut. 5.)
Ce soin que vous voulez bien prendre de faire valoir nos bonnes intentîoiu et nos services, de porter nos vœux et nos encens aux pieds du trône, et de répandre sur le public et sur les particuliers le secours de vos bons offices, sont d«s grâces que vous renouvelez, et que nous ressentons toutes les années. (Flbch.« Complim, à M. de CktUeaun,)
ENCHAINER. 249
Que sa juste colère ^nfin soit désarmée, El n« lui faisons plus sentir d'autre fumée
Que celle des doctes encens, (Sbnbcé, ÊpU.j Le Tabac.)
Corneille a donc suivi la tradition de la langue et parlé comme toute son époque en employant encens au pluriel.
A la remarque dont nous venons de prpuver la fausseté, Voltaire ajoute :
« On peut observer ici qu'en aucune langue les métaux, les minéraux, les aromates, n'ont jamais de pluriel. Ainsi, chez toutes les nations on offre de l'or, de Tenoens, de la myrrhe, et non des ore^ des encens, des myrrhes, »
Palissot a relevé ainsi Finexactitude de cette assertion :
« Voltaire se trompe évidemment en disant qu'en aucune langue les aromates, les métaux et les minéraux n'ont jamais de pluriel ; ils sont, au contraire, employés de préférence au pluriel par les poëtes latins, et les exemples en sont si fréquents, qu'il parait qu'ils y attachaient de l'élégance. On y trouve thura, sulphura, cera, >
Pour l'emploi de thura^ ne voulant pas ici faire étalage de citations latines, nous nous contenterons d'indiquer iVirg., ^n., viii, 65; Gearg,, i, 57; Ci*/., 86. Hor., Orf., i, 49, U; iv, 1, 24, 22; EpîL, II, 54 , 52 ; Sat,, i, 5, 99.
ENCHAINER a, fig., attacher inséparablement à :
Quel ordre a pu du trône exclure la jeunesse?
Quel astre à nos beaux jours enchaîne la faiblesse? ^i'ulch,, iv, 2.)
— ENCHAINER A, Contraindre à, nécessiter absolument à :
Et le seul hyménée Peut rompre le silence où je suis enchaînée, (Sur., u, S.)
— ENCHAINER LES HASARDS, soumcttre Ics hasards à sa volonté :
Et ne rien hasarder, qu'on n'ait de toutes parts,
Autant qu'il est possible, enchaîné les hasards. {Au.j i, 1.)
On a dit, par imitation :
Nous avons par nos soins et par nos artifices
Du sort, autant qu'on peut, enchaîné les caprices. (La Fosse, JIoii/., ii, 2.)
— ENCHAINER LA TENDRESSE , pour signifier l'empéchcr de se produire, d'éclater :
C'est la gène où réduit celles de votre sorte
La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porle
11 arrête les voeux, captive les désirs.
Abaisse les regards, étouffe les soupirs,
Dans le milieu du eeeur enchahte la tendresse, (Oi/k., m, I.