‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 229 sur 389 · EN · texte numérisé non relu

EN

Oa*aux dépens de ma vie il s Vu fasse beaa-pérc,

Et qu'à titre d'esclave il commande en ces lieux. {PoL, iv, 3.)

J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien,

J'ai fait tout son bonheur, il veut faire le mien. {lùid,, v, 5.)

Sans l'avoir jamais vu je connois son courage.

Qu'importe après cela quel en soit le visage?*

Tout le reste me platt, si le cœur en est haut,

Ei si l'âme est parfaite il n'a point de défaut. {SuUe du MetiL, iv, 2.)

Régnez comme Attila, je vous préfère à lui ;

Mais point d'époux qui n'ose en dédaigner l'appui. {Àuila, ii, 3.)

Oui, seigneur; Vous en voulez la main, et j'en ai tout le cœur. (Tïle et fier., u, 3.)

De quelque éclat qu'il se soit revêtu, Un crime qu'il ignore en souille la vertu. [HiracL^ u, 3.)

Voltaire a critiqué ces derniers vers, croyant que en se rapportait à innocence , qui précède , ce qui^ serait absurde, tandis qu'il se rapporte , avec le sens si fréquent de de lui, au sujet de la phrase il (Martian.)

Le poète se sert de même de en, pour de lui ou pour par luiy comme régime indirect d'un verbe :

Tout est au-dessous d'elle, à moins que de régner,

Et sans doute qu'iCmon s'en verra dédaigner. [OEd., i, S.)

Ne pouvant citer tous les emplois que fait Corneille de en pour de lui, (Telle, (feux, ou pour par lui, par elle, par eux, nous nous contenterons d'indiquer encore : Oth,, ii, 1 ; ii, 2; ii, 4; m, 3; L'Illus. com,, m, 4 ; Le Ment., iv, 7.

« Les poètes, observe un auteur contemporain, ont employé souvent en au lieu de lui, ou d'elle, mais par licence, par extension, et toujours dans un sens méprisant et odieux.

« Un vieillard amoureux, dit Corneille, mérite qu'on en rie.

< Pour punir un méchant, dit Voltaire, pour en tirer justice. » (Phil. Chasles, Préf. de la Gramm. nation,)

On trouve très-fréquemment, au dix-septième et môme au dix-huitième siècle, en, pour de lui, ou pour par lui, se rapportant à un substantif ou à un verbe, chez les prosateurs comme chez les poètes, employé sans aucune idée méprisante ni odieuse :

Celui qui est paysan et qui vit fort bien en paysan me semble plus louable qna celui qui est né gentilhomme et n'e»i fait pas les actions. (Sorbl, Franeion^ xi.) — Comment peut-on aimer Dieu, quand on n'en entend jamais parler? (M** db SÉy.,Leu,, 12 mars 1671.) — Il est bien difficile qu'on n'ait pas envie d'avertir ces sortes de gens qu'ils feroient bien de se dire à eux-mêmes ce qu ils disent des autres, et de se reconnoltre dans les portraits qu'ils en font. (Nicolb, EsMois,

De laconnoiss. de soi-même, vu.) — Chaque insunt qui m'en éloignoil effaçoit ioMosiblement son idée de mon souvenir, et dès les premiers moments que je vous ai vue, je ne m'en suis plus souvenue du tout. (Hamilt., Fleur dTépùw,)

C'est sa tante ; pourquoi ne la verroit-il pas?

Il en doit recueillir un fort gros héritage. (Dbstolch., Le Médis., u> ^-j

J'adore Adélaïde et jVit suis estimé. (PiaoN, G. Wasa, iv, 2.

Au roi que nous pleurons il laissa la couronne.

Constance en est la sœur. (Saubin» Rlanche et Cuiteard, i, 4.}

— EN, pour EN SA DÉFENSE, comme on dit en sa faveur :

J'obéis, et me tais ; mais de grâce encor, sire,

Deux mou en sa déjeme. {Le Cid, ii, 6.)

— EN, avec un nom de ville :

Avant qu'avec toute autre on me puisse engager,

Je serai marié, si l'on vent, en Alger. {Le Ment y v, 6.)

On pourrait dire q\x' Alger est ici pour Algérie ; mais dans nos anciens auteurs, et môme chez des écrivains plus rapprochés de nous, en se trouve très-souvent devant un nom de ville :

£n Amiens (Rabel.) — Ah ! Dieu ! est-ce la façon de faire en Paris f (Lariv., Le Marf., v, 1.) — Je vous feray le pl«s misérable homme qui toit aujourd'huy en Paris. (Id., Le laquais, ii, 3.) — Cest espagnol l'eust deshonorée et honnie en Naples. (Fn. d'Ambois., Les Napol., m, 11.) — On alloit, dit-on, aux autres villes de Grèce, chercher des rhetoriciens, des peintres, des musiciens; mais en Lacédémone des législateurs, des magistrats et empereurs d'armée. tMoNTAiGMB, £to. , 1, 24. } — Il mescontenta sa noblesse, qui l'alla, d'un coeur franc, saluer en Avignon. (Pasq., Leu., xiv, 2.) — J'ai aussi advis comme le sieur de Brèves, qui faisoit cy-devant mes affaires en Constantinople, et auquel j'ay donCié charge d'y résider pour mon ambassadeur, y a esté fort bien reçu de ce seigneur et de ses ministres. (Leu. miss, de Henri /K, 2 juillet 1578, t. ii, p. 852.) — Poge dit avoir «eu an cheval, qui entra en Constance durant qu'on y tenoit le concile. ( Bou- CHBT, «Serrée, xi. ) -- M'ayant appris que le petit prince estoit desja avec toute sa maison dans le navire qui devoit me passer en Alexandrie. (Gomberv., CyUiér., p. 44.) Manitez supplia le roy de Palmirenie de luy permettre de faire un voyage en Babylone. (Id., ibid., v.)

Un désir tout à fait éloigné De celui qu'en partant je vous ai témoigné, De Tauris en Alep a causé ma Tenue. (Maiaiff, Le Grand Soiman, t, 2.)

On le voit, jusque assez avant dans le dii-septiëme siècle c'était la préposition en qui se plaçait généralement devant les noms de ville.

Du reste, Molière dit comme Corneille en Alger :

^e voyant éloigné du port, il m'a fait mettre dans un esquif, et m'envoie vous dire que si vous ne lui envoyez par moi tout à l'heure cinq cents écus, il va vous emmener votre fils en Alger, (Fourtfer. de Scap,, ii, 11.} — Hélas! mon pauvre maître, pent-éire que je ne te verrai de ma vie, et qu'à l'heure que je parie on t'emmène esclave en Alger, [!tid,)

ENCENS. f47

A propos de remploi fait par Molière de la locution en Alger, M. Génin dit dans son Lexique :

« Cette façon de parler est née de Thorreur de nos pères poui rtiiatus, même en prose. A Alger leur paraissait intolérable. En pareil cas, ils appelaient à leur secours les consonnes euphoni- (|ues dont Yn était une des principales et disaient aller a(n] Alger. L'identité de prononciation a fait écrire par e, en Alger :

€ Je serai marié, si l'on veut, en Alger. » (CoaK., U Ueni*)

« Aujourd'hui que l'euphonie de notre langue a été détruite par rintrusioii des habitudes étrangères, tous les joufftaux éctiverft, et Ton prononce à Alger. Cela «'appelle tm perfectionnemenft logique. »

L'îngéntetti philologue a foit ici, comme dans beatteorup d'autres occasions, de l'esprit en pure perte. Tant d'exemi^es que nous avons ettés prouvent surabondamment que en, datm la locution en Alger, n'est pas tnie corruption de an employé par eu|9honie peur à» puisque em se mettait aussi bÎAB devant les noms de ville CQmsM»çant par une consoane qufi devant o«us qui commençaient par une voyelle : en Paris, en Naples, en Lacé-démone, en Constantinople, en Babylone.

En s'emploie encore avec les noms de villes, aussi bien qu'avec les noms de provinces, dans le cetïtre et dans le midi de la France.

— Corneille dit encore d'une manière analogue, en bellecour, pour à la place Belle-Cour :

Je loge en Belle-Cowr, environ au milieu.

Dans an grand pavillon. {Suite du Mem., m, 3.)

On dit encore aujourd'hui à Lyon, En Belle-Cour, pour à la place Bell&'Cour.

— EN, là-dessus :

M'en délibérons :ttas... {CèÊina, ii, 1.)

ENCENS, avec le pluriel, au propre ou au figui*é :

G» 4«e tu vaux est<en toHméiae,

ffo fw Um pria par lee vérins ; loM fM «H»M d'antmi aont «nemr Mipeofltts. {iak,, 4i, 6.)

Et eet hantes venus qnt de vous H hérllo Vous donnent votre part aux encens qu'il mérite. i^icL du Hoi, en 1667.)

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