‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 236 sur 389 · S56 ENTRE-CONNAITRE (S). — ENTRE-IHMOLER (S · texte numérisé non relu

S56 ENTRE-CONNAITRE (S). — ENTRE-IHMOLER (S

Signification autrefois très-usuelle, témoin ces exemples que nous avons cru inutile de multiplier davantage :

J'ai enêêndu par Boisse des noiiTelles de votre bleesore, qai m'est nD extrême deuil dans ces nécessités. [Uu, mûi. de Henri IV, t. ii, p. 284, i Lnbersae, 1587.]

— Yoas entendre* de mes nouvelles par Meninville. [Ibid., t. iv, p. 5, 5aoùtl595.)

— Par mes dernières lettres vous aurés entendu la réduction volontaire de eeste ville en mon obéissance. {Ibid., t. iv, p. 84, 5 janv. 1594.)

ENTRE-GONNAITRE [s'], se connaître mutuellement:

Quand il faut dire tout, on M'entre-connott bien.

Chacun sait son métier, et... {[m Gai, du Pai.^ iv, 14.)

Puisque ces quartiers doivent être si éloignés, l'un de l'autre, que les actears aient lieu de ne pas ientre-connoUre, {Exam, de MéL)

Le dernier éditeur de Corneille, M. Taschereau, fait cette observation :

c S^entre-eonnolire. Corneille, qui cherchait à enrichir la langue, et auquel sont dus beaucoup de mots utiles, s'est servi d'un grand nombre de verbes ainsi composés. Dans le jeu de scène qui ouvre la scène xii de ce même acte , la lingère et le mercier é^etitre-pouêsent une botte ; dans Clitandre, on a lu dans l'Argumeni: «'fnir'otmrr, et, acte 111, se. i : s'entre^devoir; dans ta Veuve : s*eHtre-payer y s'enirt^ donntr, s*entr'appeUr ; on trouvera plus tard Centre-dire dans l'Examen de, la Suivante f s'entre-choquer, acte V, se. ix de la même pièce, et s'entre" prodnirt^ au commencemeot de l'ËpItre dédicatoire de Cinna, L'Académie n'a sanctionné que quelques-unes de ces créations, qui ont toutes cependant au même degré la même raison d'être. »

Nous ajouterons qu*il est peu de ces verbes composés qui n* aient été employés avant Corneille.

ENTRÉE, DÈS L* ENTRÉE, DAiNS l' ENTRÉE, abs., commc rf en/rêf , dans le sens de d abord, tout aussitôt :

Résiste dèt t entrée aux inclinations. • {Inùt.t i, 11.)

Elle attaque dta Centrée (la tentation). (/6i(/., i, 13, éd. 1651.)

Quand dhs Centrée on lui fait tête. (/Mtf.)

Résiste dans Centrée aux inclinations

Que jettent danâ ton cœur tes folles passions. {tbid,, i, 11, éd. 1(170.)

— ENTRÉE d'un DESSEIN [Y] , pour désigner le début, le commencement d'une entreprise :

Daigne en la mort comme en la vie L'excès de sa bonté répondre à tes souhaits ;

El de tes desseins à jamais Favoriser Centrée, et bénir la sortie. [Trad. du P§. cxxi.)

ENTRE-IMMOLER (s'), s'immoler mutuellement :

Ils «'enfrc^imiRo/rfii tons au commun adversaire.

Tous pensent le percer, quand ils percent leur frère. {La Toû. d'or, v, 2.)

ENTRE-MESURER (S'). — ENTREPRENDRE. 257 BNTRE-HËSURER (s'], mesurer réciproquement ses forces :

Je vois de tons cdtés des partis et des ligues.

Ctiacan «'etifre-mefure, et forme ses intrigues. {Pulch., i, 1.)

ENTRE-PATER (s*), fig. s'entre-payer d'une même monnaie:

Il a beau m'accabler de protestations,

Je démêle aisément tontes ses Actions,

11 ne me prête rien que je ne lui renvoie,

Nous notu enirepayont dune même monnoie. (La Veuve, i, 3.)

ENTREPRENDRE quelqu'un , chercher à entrer adroitement dans son esprit, pour Tamener à ce que Von veut; tâcher de le gagner, de le séduire :

Attale à ce dessein entreprend 99l maîtresse. (Nicom., i, 5.)

« On entreprend de faire quelque chose, ou bien on entreprend quelque chose; mais on n'entreprend pas quelqu'un. Cela ne se pourrait dire à toute force que dans le bas comique , et encore c'est dans un autre sens; cela veut dire, « attaquer, demander < raison, embarrasser, faire querelle. » Ce vers n'est pas français. »

Ce jugement est encore démenti par toute la tradition de la langue :

Combien qu'il fast un très-grand flatteur pour se couler en la bonne grâce de quiconque il vouloit , il estoit néanmoins aisé à prendre luy-mesme , et à se laisser gagner par quiconque l'eust entrepris, par artifice de flatterie. ( Amtot, rie*. Crassus.) — 11 entreprit tout à la fois quatre curez et leurs quatre chambrières. (D'AUBiGici, le Baron de Fœnêtu, n, 14.) — J'atois le don de persuader les personnes que yentreprenoiSj et elles s'en trouvoient fort bien. ( M** oe La Oqbttb, Mim., éd. Jannet, p. 58.) — Toutes ces qualités si propres à donner de l'amour lui auroient rendu faciles d'autres victoires que celles des esclaves qu'il entreprenait, (St-Rbal., Épie.) — Il UïX entreprendre la porUôre du couvent, U sœur qui écoutoit aux parloirs, et celle qui avoil le soin d'éveiller les autres. (M-« OB yiiLED.,Ànn.gaL, ii.)— Si j'avois été la seule que \ous eussiez entreprise, j'aurois eu de la peine à me résoudre à faire ce que je fais. (Id., ibtd.)

Quand vieux seigneur entreprend jeune dame,

n ne doit qu'aplanir les chemins de son &me

Pour un plus jeune qui le suit. (Id., Journ. amour , 25' joum.)

Il avoit mis à mal toutes les femmes qu'il avoit entreprises, (Bossy, Hist, umour. des Gaules.) — Vous navei point U mine de vous rendre pour une élégie, et je crois que ce seroit étrangement commettre les Muses que d'entreprendre un cœur comme le vôtre sans aucun autre appui que celui qu'elles peuvent donner. (SÉNECB, Lett. à «■• •••.)

Sans perdre temps à m' entreprendre, Si vous avez des douceurs à conter.

Ma compagne est toujours en humeur d'écouter,

Et saura mieux que moi... fT* Corn., Circé, v, S,)

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