‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 235 sur 389 · ENGAGER DANS DES SOUPÇONS · texte numérisé non relu

ENGAGER DANS DES SOUPÇONS

Et pressé des soupçons où j'ai su f engager ^

Lui-même, à ses yeux même, il l'a fait égorger. M m.» m, 1.)

— s'engager a, suivi d'un subst., prendre rengagement d'exécuter quelque chose, s'engager a la perte de quelqu'un :

Mes filles toutes deux contre moi se ranger.

Toutes deux à ma peru à l'envi s engager l {fji Tow. dtor, v, 6.)

— s'engager, pour signifier être engagé, être intéressé :

Et si ma passion cbercboit à s'excuser,

Mille exemples fameux ponrroient t'autoriier :

Mais je n'en veux point suivre où ma gloire s'engage. {Le Od.^ t, 3.)

ENHARDIR. — EiNLEVER. S53

On lit dans les Sentiments de l'Académie sur le Cid :

c Ce dernier mot ne dit pas assez, pour signifier ma gloire court fortune, »

Cependant on a dit excellemment, et d'une manière tout à fait analogue, à l'actif, avec le sens d'intéresser :

Un cœur qui nous oublie engage notre gloire ;

Il faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins. (Mol., Le Tart,t u, 4.)

Combaltons ce grand cœur par générosité;

Engageone sa vertu; ménageons sa fierté. (Quin., Pausan., ii, 5.)

ENHARDIR a (un infinitif) , donner la hardiesse de :

Ce discours favorable enhardira mes feux

A bien user du temps si propice à mes vœux. [Ullius, com.f u, 6.)

— FAIRE ENHARDIR QUELQU'UN, lui inspirer de la hardiesse :

Voyez-vous comme Othon sauroit encor se taire,

Si je ne Vavois/ait enhardir par mon frère? [Oth.t m, 1.)

— s'enhardir a, suivi d'tm infinitif, prendre la hardiesse de :

Je ne Tai pas traduit si fidèlement, que je ne me sois enhardi plus d'une fois A étendre ou resserrer ses pensées. {Poème sur Us viet. du Rot, Au lecteur.)

ENIVRÉ DE , nourri de , jusqu'à l'enivrement :

Un dragon, enivré des plus mortels poisons

Qu'enfantent les péchés de toutes les saisons. [Méd., ii, 3.)

ENJOUÉ, fig., UNE PIEGE ENJOUÉE, une pièce gaie :

Le cinquième est trop sérieux pour une pièce si enjouée. ( Exam, de la Suite du

Mem.)

ENLEVER VERS, comme ou dit conduire vers :

Scipion, ou l'obsède, ou le fait observer.

Dès demain vers Utique il le veut en/ever. [Sophon,, v« S.)

On disait de même enlever dans, pour signifier conduire et transporter dans :

Elle me fit dès le lendemain enlever dans un cloître, et elle défendit de m'y laisser voir à personne, jusqu'à ce que je me fusse résolue d'y prendre Thabit. (M"* 01 YiLLED., Vie de H, -S. de MoL, i.) — Ayant eu des avis certains de sa mauvaise volonté, et qu'il me devoit enlever en une de ses maisons pour m'y tenir enfermée, je résolus de ne pas attendre cette violence, {tbid.} A qui destinez-vous l'appareil qui vous suit?

Venez-vous m'en^er dans l'éternelle nuit? (Racine, Androm,, v, 5.) De cette oraison simple où elle était déjà, Dieu Venltve jusque dans la plus haute contemplation, (Fbn., Serm, pour lajête de S^ Thérèse.)

Sttè ENNBMI. — ENSEMBLE.

ENNEMI, a^i. hesfect ennbmi :

Quelque peu qu'on loi dise, on craint de lui troj^ dire.

A peine on se hasarde à jurer qu'on l'admire,

El pour apprivoîMr ee ruptêt «wkw,

11 faut qu'en dépit d'elle elle s'offie à demi. [Tïie et Bér., i, 3.1

ÉNORME, au sens mor., monstrueux :

Cette inorme action faite presqu'à nos yeux

Outrage la nature, et blesse jusqu'aux dieux. fHor., v, 3.»

ENRACINER des sentiments :

Parle toutefois, parle, et non plus pour me pUire,

Mais pour rendre la force à ma juste colère :

Parle pour m'arracber ces tendres «cfiitmenft,

Que l'amour enracine au cœur des vrais amants. [La Tois. d'or, iii, 3.)

Corneille dit encore : enraciner l'amour ^ enraciner la haine, Voy. Polyeuvte, eu particulier.

On a (Ut de môme, ou d'une manière analogue :

Nous ne devons pas faire grand état de tous les sentiments vifs que des mou> vements passagers nous peuvent donner, si nous n'avons soin de les enr^cmer dans notre cœur par un long exercice d'une vie vraiment chrétienne. (Nie, Coit> tilt, des Est. Sur l'évang. du 6* dim. de Peut.)— Le mépris et la baine de l'Eglise mère ne sont déjà que trop enracinés dans piesque toutes les nations. (Fén., Leu , au P. Daubent., 10 oct. 1714.)— Le tribunal des commissaires est odieux à la nation. C'est un préjugé qu'on a enraciné dans les esprits par les éludes. (Id., Ment, nurta voie de proeéd, contre les huit préL^ ni.) — L'inclination au bien sensible est née avec nous; nous V avons enracinée jusque dans nos moelles, si je puis parler de la sorte, par nos attachements criminels et nos mauvaises habitudes. (Boss.. 2* serm. pour te jour de l'âq , i.) — Partout où la monarchie est illimitée, il n'y a point et il ne saurait y avoir de liberté; il y a tout au plus des repos * momentanés qui produisent une sécurité funeste, enracinent robéissance passive et ne garantissent en aucun sens le peuple et les individus. (Miras., De« lAiUrr^de cachets 1, 8.)

— s'enraciner en, avec un nom de chose pour sujet :

Fais que par là ma foi d'autant mieux s'illumiue, Oue par là mon espoir d'autant mieux s'enradm

En la haute bouté. [twii , tv, U )

ENRICHISSEMENT d'éloquence , ornement d* éloquence :

J'ai pris pour m'expliquer un style simple et me contento d'une expression nue de mes opinions, bonnes ou mauvaises, sans y chercher aucun eiirîcA(f*<ment d'éloquence. [Prem, Disc)

ENSEMBLE, employé comme à la fois :

Mon àme en est ensembU et ravie et confuse. [Im Yeuv€, v, 7.}

Ta demande m'étonne ensembk et m'embarrasse. [laid», v, ^,)

BKS£VELIR. — ENTENDRE. W6

Clarimond ost bien vmo ememkk ei biea aâdola

De se persuader que Daphnis dissimule. [La Suiv., m, 5.)

Mes forces et ma voix cédeut à ma douleur;

fi«n vif eicis ne tae euêmèàieei dm console. {HUum. c«mi., v, 4.)

Lève les mains ememblt et les i égards aux cicax. \9*omp., m, 1.)

Je satisfais eiuemble cl peuple et courtisans,

Et mes vers en tous lieux sont mes seuls partisans. [ExcuâCM à An$te,)

Sut leurs hauls sentiments légions plutdt les nôtres;

Soyons feome de l'im ememkU el sœur des aitres. Hor., m. 1.)

Puissent- elle être un gage envers votre moitié,

De votre amoar ensemble et de mon amitié. {Hod,, v, 3.)

Jugez pour ressaisir votre main usurpée»

(juel scrupule on aura du plus noir attentat,

Contre un rival ensemble et d*amour et d'£tat. (OiA., m, 5.)

On a dit de même avant et après Corneille :

C'est être téméraire et malheureux en<em6/e. (Al. }lAKi}Y,Atcetteoula Fid,)

Sa beauté éluit entemble si puissante et si douce, qu'elle se faisoii également

aimer et respecter. ^Mkz&r.» UisL de tr,. Blanche, femme de Louis YIll.) — Far-

jau crut elle attaqué de iovn càiés entemble la première nuit. (Pelliss., LeuJtitt,,

26 août 1C73.)

Peut-oo être innocente eiMerN^^e et malheureuse? (Lan., Mak.tec,^ iv, G.) J'ai mon amant eimemhU et ma gloire à sauver. (Volt., AUire, iv, 4.)

— De même, tout ensemble :

Puisqu'ainsi ton amour rencoutie un double obstacle.

Et que ton froid silence et l'inégaiilé

S'opposeot toui entemble à ta témérité. (ta Veuve, i, 1.)

ENSEVELIR sous la poussière, à peu près comme on dit, ensevelir dam Voubli :

Je ne m'étendrai pas davantage sur ce puëme. Tout irrégulier qu'il est, il faut qu*ii ait quelque mérite, puisqu'il & surmonté l'injure des temps, et qu'il parott encore sur nos théâtres, bien qu'il y ail plus de \ingt-cinq années qu'il est au monde, et qu'une si longue révolution eu ait ttksevtU beaucoup eoue la pouênère qui sembloienl avoir plus de droit que lui de prétendre à une si houreuse durée. {Ks9m.d€ nilus.com.)

ENTENDRE, en parlant d'mi mouvement iutériem*, pour comprendre, qui, selon Voltaire, semblerait plus juste :

El, par un mouvement que je ne puis e/ifcHdre,

De ma fureur je passe au zèle de mon gendre. (l*o/., v, 5.)

— E>TENDRE, apprendre :

11 l'écoute sans y avoir aucun intérêt notable, et par simple curiosité d'apprendre ce qu'il pouvoit avoir su déjà en la cour d'Egypte, où il étoit eo aisez bonne posture, étant gouverneur des neveux du roi, pour entendre des nouvelles assurées de tout ce qui se passoit dans la Syrie qui en est voisine, (£«im. de Hod.)

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