‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 249 sur 389 · ESSAI. — ESTIME · texte numérisé non relu

ESSAI. — ESTIME

ESSAI. FAIRE SES ESSAIS, comme faire ses preuves :

Ce n'est pas sur cecoup que jejaii met euah.

Je connais à tous deux où tient la maladie.

Et le mal sera grand si je n'y remédie [le Mmi., iv, 9.)

— EN FAIRE ESSAI , en essayer :

yen veax hien faire eBsaù {La PI. Hoy., i, 4.)

ESSAYER, mettre à Tépreuve :

D'abord par ce discours qui t'a semblé suspect.

Je voulois seulement égayer leur respect. (D. Hanche, ii, 1.)

— ESSAYER A , comme essayer de :

Ettayez sur ce point à la faire parler. [Hor., i, 1.)

C'est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des ruis, de ce qu'en essaye sans cesse à les divertir, et à leur procurer toutes sortes de plaisirs. (Pasc.» Pent.f éd^Louandre^ v.)

ESSOR, avec le pluriel, au fig. :

Je ne suis qu'inconstance, et qu'imbécillité,

Et quand je me demande un titre légitime

D'où prendre quelque gloire, et chercher quelque estime,

Je vois pour tout appui de mes plus hauts eêsort

Le néant que je suis, et le rien d'où je sors. (/im<., m, 40.)

Les dictionnaires ne donnent pas de pluriel à ce substantif; cependant on le trouve très-heureusement employé jusqu'à nos jours :

Son âme toute royale garde l'équilibre , même dans ses plus grands essor» ; ses élévations mêmes ont quelque chose de modéré dans le principe. ( SAiiNTE- Bsmri, Causer., 19 janv. 1852.)

ESTIME, gloire', réputation :

Vous pouviez vous passer de mes embrassements,

Et vous ne deviez pas envelopper d'un crime

Ce que votre victoire ajoute à votre estime, {Nicom., i, 2.)

'« Ajoute à votre estime » n'est pas français en ce sens, dit Voltaire. L'estime où nous sommes, n'est pas notre estime. On ne peut dire votre estime, comme votre gloire y votre vertu. »

U faut le délivrer du péril et du crime.

Assurer sa puissance, et sauver son esîime. {Pomp., i, 1.;

Suivant Voltaire, « sauver son estime ne forme aucun sens. » Le sens très-clair et très-correct est : sauver sa gloire, sa réputation.

m ESTIME.

Le commentateur répète encore la même critique à propos de ces autres vers :

Ainsi vous me rendrez l'innocence et VestinUf

Lorsque vous punirez la cause de mon crime. (^odog., u, 3.)

« Vous me rendez Testime, affirme-t-il, ne peut se dire comme vous me rendez l'innocence; car Tinnocence appartient à la personne, et l'estime est le sentiment d' autrui. Vous me rendez mon innocence, ma raison, mon repos, ma gloire; mais non pas mon estime. »

Vrai pour le dix-huitième siècle ; mais pour le dix-septième

siècle, qu'on en juge :

Jamais homme n'est entré dans la cour avec une plus grande et plus générale etitine de vertu. (Aaii. d'Andillt, Leu., zlv.) — La grande estime que vos bonnes qualités vous ont donnée a déjà fait le coup le plus important de cette affaire. (RiTz^ Conjur, de Fiesque.) — L'estime de modération qu'il avoit même parmi les noues. (Boss., Réjui, du Cat. de Ferry.)

Son eilime ne fait que trop bien éclater ;

Sa gloire va si bien qu'elle est à redouter. (Odin., Betiéroph., i, 3.)

Corneille parlait donc bon français dans les vers que Voltaire critique , et de môme dans ceux-ci :

Protecteur des grands rois» guerrier trop magnanime,

Puisse tout l'univers bruire de votre estime. {L'tltus, eom., m, 9.)

Dés lors, à cela prés vous étiez en estime

D'avoir une âme noble, et grande et magnanime. {Suite du Meut., ii, 4.)

Hé bien, deviens tyran, renonce à ton estime.

Renonce au nom de juste, au nom de magnanime. [Perth . it, 5.)

Je m'étois figuré que de tels déplaisirs

Pourroient ne me coûter que deux ou trois soupirs.

Et pour me consoler j'envisageois VestUne

£t d'ami généreux, et^de chef magnanime. {Sert., iv, i.)

Pour moi, comme pour vous, soyez plus magnanime,

Voyez mieux qu'il y va même de votre estime,

Que le choix d'un amant si peu digne de vous

Souilleroit cet honneur qui vous semble si doux. [Œd., i, 4.)

Et j'en dois prendre soin, pour éviter le crime

D'employer à te peindre un pinceau sans estime. (Aem. au roi, en 1663.)

Quelquefois im adjectif ajouté à estime, comme nous faisons à

réputation^ déterminait en mauvaise part le sens de ce mot :

Caliste, sourde au bruit d'une mauvaise estime*

(Thbopb., Êtigie, à M. de Pesé.)

— FAIRE ESTIME DE QUELQU'UN, Testimer :

Et vous offenseriez l'estime qu'elle en fait.

Si vous le laissiez vivre et mourir en sujet. {Rodog.)

Quoi que l'on dissimule, on en fait peu d'estime» (Malu., Stane,, ii, U.)

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