‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 283 sur 389 · FORCE · texte numérisé non relu

FORCE

tience, n'est pas français. II faut ou : Modérez votre impatience, ou Mettez un frein à votre impatience, ou quelque autre tour.

« La force qu*on vous fait, » dit-il encore à propos du vers de SertoriuSf est un barbarisme. On dit : « Prendre à force, faire force de rames, dévoiles; céder à la force, employer la force; » mais non « faire force à quelqu'un. » Le terme propre est € faire aiolence ou forcer. »

Cependant on a dit d*une manière toute semblable :

Et parce que la /orce qu'elle se faisoit en cela esloit ires-graDde, el qu'elle ne pouvoit la supporter plus longuement, elle s'approcha de Philis, et.... (DX'bfî, Aitrée, i» l.) >^ Ce fut en ce temps que la bonne volonté qu'il me portoit augmeou de sorte qu'il n'y eut plus moyen de la celer, quelque Jorce qu'il se pust faire. (Id., ilfid,, I, C.)

Et Ton a parfaitement pu parler ainsi, parce que force a été très-anciennement et très-longtemps synonyme de violence :

Et le faicles bien travaillier, affin qu'il vous en prise mieulx; et dictes que vous crierez à la force, el me appeliez. (Lex quinie Joyes du mar,, la Quinte joye.) ^11 y en a de la cour, lesquels, quand ils ont des procez, usent de grandes forces. (L'HosPiT., Wor., 11 avr. 1565.) — J'ay ouy parler de beaucoup de meurtres, pilleries et forces publiques commises en ce ressort. (Id., ibid.) — Lesbaots justiciers qui souffriront ports d'armes , /orcex ou violence estre faictes en leurs Justices, et n'en feront poursuitle , seront privez de leursdites justices. {Ordonn. de Moulins sur le riglem, de la justice, fév. 1568, xxx.) — Pour la fréquence de^ /orce« publiques qui se commettent à présent en noslre royaume, voulons que. pour ceste année seulement, lesdits juges présidiaux puissent instruire et Juger sans appel au nombre de sept toutes matières d'excez commis avec foi ces, ports d'armes et assemblées illicites, contre toutes personnes de leur province, de quelque qualité qu'ils soient. {îbid., xlvii.) — Estant pour cela mon intention qu'il ne soit faict aucune force uy violence aux consciences de mes subjects. [Lett. miss, de Henri iV, t. iv, p. 824.) — Tout le changement qui y est venu depuis, je sçay que vous l'avés imputé, non à son vouloir, mais à leur /orc<; (J^ûl., t u, p. 175.} — Tu as beau joindre les prières aux menaces, les artifices et les stratagèmes aux forces ouvertes, tu n'arriveras jamais où tu pretens. (Gouberv., Cgth., V* p., 1. 1.) — Je t'atteste, luy dit^lle, par la divinité de celle que tu sers, de deffendre mon honneur et ma foy, d'une /orce à laquelle je ne puis résister. (Id., ilrid.)

— AVOIR FORCE , Rvoir uuc influence active :

Son exemple auroiiforce^ et feroit qu*à l'envi

Tons voudroient imiter le chef qu'ils ont suivi. (La Ibû. dtor, i, S')

— FORCE, avec le pluriel, en paillant de choses morales :

Que de ses mots savants les yoree< inconnues

Transportent les rochers, font descendre les nues. (Llllus. com., i, 1.)

L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces. (Sert.f ii, ^)

« On ne peut dire les forces d'un espoir; aucime langue ne peut

FORCENEMENT. — FORCENER. 317

admettre ce mot, parce que les forces ne peuvent pas être dans un espoir. C'est un barbarisme, » dit Voltaire.

— Corneille a dit les farces de sa vertu, les forces ffune flemme^ les forces (fun amour, comme il dit les forces de Vespoir :

Mais an lieu de goûter ces grossières amorces.

Sa vertu combattue a redoublé ses force», (Cin,, v, 3.)

Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces.

Que tu n'ignores pas comme on fait les divorces,

Que ton amour t'aveugle, et que pour l'épouser,

Rome n'a point de lois que tu n'oses briser. [Pompée, v,«4.)

Je tâche avec respect à vous faire connoltre

Les forces d'un amour que vous avez fait naître. [Rodog,, iv, 3.)

FORCENEMENT, fureur forcenée :

Et fuyez un lyian dont le foretnetnent

Joindroit votre supplice à mon bannissement. {Médée^ iv, 5.)

FORCENER, verbe neutre, être hors de sens, enrager :

Le désordre éclatant qu'on voit sur mon visage N'est que l'effet trop prompt d'une soudaine rage, Je forcené de voir que sur votre retour

Ce traître assure ainsi ma perte et son amour. {La Veuve, v, 10.)

Clarel l'entent, vif quide /ortrii^. * (Oimel, v. 1002.)

Dieu, que ceste femme demeure I Elle ne fait que babiller Çà et là : c'est pour forcener,

Par quoy j'ay toujours besoing d'aile. {Farce des femmes qui font r^ fondre leurs maris. Ane, th.fr,, t. i, p. 67.) De peaux il (Bacchus] les en tourna,

11 orna De pampre leur folle teste.

Et, trépignant au milieu,

Ce fol dieu Forsenoit après sa feste. (Rons., Od„ tu, 4.)

Qui me tient que je ne te tue, Pute? m'as-tu fait tel outrage?

Me fais-tu /orcfiier de rage? (Jod., Eugène, lu, 3.)

Il enrage, il forcené de se voir si Iftchement trompé. (J. db Schbl., TyretSid., Arg.) -> Suivant un party et désirant son advantage, ils foreennent, s'il en vient an rebours. (Charron, La Sag., ii, 2.)

Mot excellent dont Mercier, dans sa Néologie, conseillait justement la reprise , en en donnant Texemple lui-même dans cette phrase :

c C'est le propre de la faiblesse deforcener, dés qu'elle s'aperçoit elle-même.»

Observons qu'on devrait écrire forsener, selon l'orthographe ancienne, et non forcener , ce verbe étant formé de for ou fors.

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